Dossier d'opinion

Le point de vue de...

Interview Hervé Novelli,
Secrétaire d’Etat au Commerce, à l’Artisanat,aux PME, au Tourisme et aux Services, qui a défendu le volet “entrepreneur” de la loi.

Hervé Novelli
Photo :D.R.

La loi de modernisation de l’économie (LME) a été adoptée en juillet.Quels sont les objectifs du texte ?

Hervé Novelli : La loi de modernisation de l’économie poursuit trois objectifs essentiels : créer plus de croissance, plus d’emploi et plus de pouvoir d’achat. Pour les atteindre, nous avons besoin de plus d’entreprises et de plus de concurrence. Cela suppose de donner aux Français les moyens d’entreprendre et de se lancer car les entrepreneurs sont les moteurs de la croissance. C’est la raison pour laquelle la loi va leur rendre la vie plus facile en simplifiant la création et la gestion d’entreprises.

Une grande partie de la loi est consacrée au statut de l’entrepreneur, notamment les entrepreneurs individuels avec la création d’un régime simplifié. Qu’apporte ce nouveau statut ?

H.N : Une simplicité inédite ! Tout dans le régime de l’autoentrepreneur a été conçu pour faciliter au maximum le lancement et la gestion d’activités. C’est bien souvent la complexité des démarches qui freine les français dans leur désir d’entreprendre.Avec le régime de l’auto-entrepreneur, la création d’entreprise est enfin à la portée du plus grand nombre. Car ce texte s’adresse à tous : étudiants, salariés, professions libérales, retraités, demandeurs d’emploi, entrepreneurs... la conception du régime de l’auto-entrepreneur a été guidée par un seul impératif : faire simple. Et on peut le retrouver à toutes les étapes de la vie d’une activité: sa création, sa gestion, sa cessation et la protection de l’autoentrepreneur. En effet, pour lancer son activité, comme pour y mettre un terme, l’auto-entrepreneur n’a qu’un simple formulaire à remplir. La protection de son patrimoine foncier est maximale, ce qui limite considérablement la prise de risque.
Enfin, l’ensemble des charges sociales et des impôts se résume à un prélèvement unique, lisible et équitable. Ce taux ne prendra en compte qu’un seul facteur : le chiffre d’affaires. Il sera de 13% pour les activités d’achat/vente et de 23% pour les activités de service. Prendre en compte le chiffre d’affaires a une conséquence directe : sans activité, il n’y a rien à payer ! Encore une fois, la prise de risque est minimale. La philosophie du régime de l’auto-entrepreneur, la voici : si j’ai un projet, je peux me lancer, simplement et sans risque. Mon ambition, avec ce régime, est de faire de la France une terre d’entrepreneurs !

Quelles sont les autres mesures phares destinées à simplifier la vie de l’entrepreneur et des PME ?

H.N : Elles sont nombreuses et destinées à supprimer tous les freins au développement économique des entreprises. D’abord en simplifiant le droit des sociétés pour les PME et les très petites entreprises afin d’en alléger la gestion, notamment comptable. La LME va également mettre en place d’autres mesures très attendues par les professionnels, comme la réduction à 60 jours des délais de paiement. Les délais de paiement en France étaient en effet nettement supérieurs à ceux de la moyenne européenne, et ils pesaient sur la trésorerie des entreprises. En les réduisant, ce sont quelques 4 milliards d’euros de trésorerie supplémentaire qui seront dégagés et pourront être investis directement dans la production.
La LME favorise également les entreprises dans leur développement, s’agissant notamment de l’augmentation du nombre de salariés. Jusqu’à maintenant, le franchissement de la barrière des 10 et des 20 salariés entraînait un alourdissement des charges financières pour les entreprises qui recrutaient. Avec la LME, les effets de seuils financiers seront considérablement atténués puisque leur dépassement n’entraînera pas d’augmentation des cotisations sociales.
Autre mesure de la LME, qui me tient particulièrement à coeur: la facilitation de la reprise et de la transmission d’entreprises. Et c’est un enjeu majeur puisque ce sont entre 500 et 700 000 entreprises qui changeront de mains dans les 10 ans à venir. Pour accompagner ce mouvement, les droits de mutation seront baissés et l’impôt sur le revenu du repreneur réduit. Je souhaite également favoriser la reprise d’entreprises par des salariés ou des membres de la famille du propriétaire, qui est nettement plus faible en France que chez nos voisins. C’est pourtant le mode de reprise qui fonctionne le mieux et comporte le moins de risque pour l’entreprise. Pour le favoriser, les droits de mutation à titre onéreux seront totalement exonérés ou feront l’objet d’un abattement, en fonction de la valeur de l’entreprise.
La LME introduit d’autres mesures destinées à faciliter le développement d’activité, en encourageant notamment l’usage du micro-crédit pour la création de très petites entreprises ou encore en favorisant l’accès des entreprises innovantes à la commande publique.

Le texte favorise l’installation de plus de supermarchés avec un relèvement du seuil de déclenchement de la procédure d’autorisation d’implantation commerciale. Cette nouvelle liberté d’implantation ne pourrait-elle être aussi une menace pour le petit commerce...

H.N : Non, je ne le crois pas car la loi de modernisation de l’économie a été conçue dans le souci de préserver l’équilibre de l’offre commerciale dans les territoires. Les Français sont attachés à leurs commerces de proximité qui jouent un rôle essentiel de cohésion sociale. Mais parce que les demandes et les attentes des consommateurs changent, le commerce de proximité doit également évoluer, en s’organisant, en innovant, et plus généralement, en se réinventant.
Il faut bien entendu les accompagner dans cette démarche, et la LME s’y emploie.Tout d’abord, parce que les commerçants sont également des entrepreneurs, ils bénéficieront des mesures que je viens d’évoquer, et notamment de la baisse des délais de paiement et des mesures en faveur de la transmission. Mais d’autres mesures les concernent plus spécifiquement, comme le renforcement du FISAC et la réforme de la TACA.
J’ai également lancé un grand plan « commerce, coeur de vie », axé sur 10 mesures destinées à dynamiser le commerce de proximité. Parmi ses principales orientations, il y a d’abord l’amélioration de la connaissance du commerce de proximité, qui permettra d’identifier les bonnes pratiques et de les diffuser au niveau national et local. Pour y parvenir, je mettrai en place un Conseil d’orientation du commerce de proximité qui, à partir de nouveaux outils statistiques d’orientation et d’analyse mettra à disposition des professionnels un guide de savoir faire sur la conduite de projet de développement du commerce de proximité.
Ce plan de dynamisation favorisera également la mise en réseau et la diffusion des bonnes pratiques. Nous lancerons d’ailleurs dès l’automne des appels à projet nationaux pour promouvoir des formes innovantes de commerce de proximité. Le plan « commerce, coeur de vie » sera enfin l’occasion de lancer une grande campagne de communication pour valoriser ce secteur.


La loi de modernisation de l’économie poursuit trois objectifs essentiels : créer plus de croissance, plus d’emploi et plus de pouvoir d’achat.


 
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