En couverture / Dossier technique de fond

Rapport Attali : quelles propositions pour la Touraine ?

La CCI de Touraine, la CGPME, le MEDEF et l’UIMM ont passé au crible les 316 décisions du rapport de la commission Attali. Si le groupe de travail souscrit à la majorité d’entre elles, il regrette l’emploi récurrent des verbes « imposer » et « obliger » qui, selon lui, s’accordent mal avec l’intitulé du rapport « pour la libération de la croissance ». Seules sont présentées dans l’article les décisions qui ont particulièrement retenu son attention.
316 décisions réunies au sein d’un rapport constitué de quatre parties comprenant chacune entre trois et six chapitres... Par souci de clarté, les prises de position des organisations professionnelles et de la CCI sont regroupées autour des huit ambitions prônées par le rapport Attali dans son résumé :

Ambition 1 : Préparer la jeunesse à l’économie du savoir et de la prise de risque
Le groupe de travail réagit à la décision 9 de lancer des concours d’innovation en proposant sa mise en application immédiate en Indre-et-Loire. La décision 15 de mieux organiser avec les entreprises de la région des bourses d’emploi et de stages décrit précisément ce que propose déjà SESAME Emploi et SESAME Stage. Le dispositif devra être développé et davantage médiatisé.
La décision 24 de distinguer dix pôles universitaires de taille mondiale alliant pluridisciplinarité et excellence invite à renforcer la coopération entre l’Escem et l’Université. En réponse aux décisions 29 et 31 d’aider la recherche publique à davantage valoriser et appliquer ses découvertes est proposée la création d’un comité de pilotage en Indre-et-Loire,qui examinerait les projets de recherche des laboratoires de l’Université pouvant intéresser de près ou de loin les entreprises. La visite par une délégation de la CCI de Touraine le 20 mai du « Bleu » (Bureau de liaison entreprises-Université) de Sherbrooke au Québec pourrait donner corps au projet.

Ambition 2 : Participer pleinement à la croissance mondiale et devenir champion de la nouvelle croissance
Réaliser l’accès pour tous au très haut débit en 2016, que ce soit à domicile, dans les entreprises ou dans l’administration (décisions 50 à 61) remporte l’adhésion. Le salon des TIC le 4 novembre prochain verra le lancement d’un plan départemental en faveur du numérique.
Oui également à l’objectif d’affirmer une politique énergétique moins dépendante et plus durable (de 80 à 89). En Touraine, des partenariats entre la recherche (CEA), l’industrie et la formation sont tendus vers ce but.C’est le cas du pôle Alhyance Innovation en faveur de la filière hydrogène.Le 50 ème anniversaire de la centrale nucléaire de Chinon est l’occasion de les valoriser.
Autre révolution à ne pas manquer selon le rapport : la mise en place d’infrastructures plaçant la France au coeur du monde. Le low-cost aérien devra être développé (104) : ce à quoi s’engage le groupe de travail pour l’aéroport de Tours. A l’objectif de développer le tourisme (107 à 109) et en particulier l’écotourisme (110), la réponse en Indre-et-Loire est de poursuivre l’opération qualité « Destination Touraine », de prendre les moyens pour que l’anglais soit parlé dans toutes les structures d’accueil, et que la classification des hôtels s’aligne sur la classification internationale.Un plan départemental est suggéré pour satisfaire la décision 111 d’adapter les horaires d’ouverture des musées et monuments en soirée et de développer l’autonomie de gestion des musées.

Ambition 3 : Améliorer la compétitivité des entreprises françaises en particulier des PME
Oui à un statut fiscal simplifié pour les entreprises qui réalisent un chiffre d’affaires annuel inférieur à 100 000 €. En revanche, la création d’une agence de service aux petites entreprises de moins de 20 salariés (33) ne convainc pas. S’il en reconnaît la pertinence, le Groupe de Travail met en garde contre le risque d’une instance supplémentaire, qui irait à l’encontre de la simplification recherchée. Il propose d’y réfléchir avec la chambre de métiers et de l’artisanat d’Indre-et-Loire, sachant qu’en Indre-et-Loire 5 500 entreprises sont inscrites aux deux chambres consulaires. Un forum de croissance externe est organisé par la CCI,dans le but d’aider à concrétiser la décision 41 d’attirer les financements des fonds et des banques vers les PME le 25 septembre 2008 à l’Escem.

Ambition 4 : Construire une société de plein emploi
Toutes les décisions consacrées à la modernisation du dialogue social (115 à 121) largement engagées pour la plupart sont approuvées.
Oui à la mobilisation générale des entreprises pour l’emploi des jeunes (décisions 122 à 127).Le groupe de travail s’inquiète cependant du relèvement de 52 % à 70 % de la part de la taxe d’apprentissage réservée à la formation par alternance (125), préférant que soit laissé à l’entreprise le choix des modalités d’affectation.La décision 130 de permettre aux jeunes de bénéficier de l’accompagnement du service public de l’emploi même quand ils n’ont pas accès aux allocations chômage pourrait selon lui aller encore plus loin dans la clarification : tous les organismes d’insertion pourraient être supprimés au profit de cette approche globale.
Oui à l’activité facilitée des seniors en laissant à chacun le choix de retarder son départ à la retraite (133) et en levant toutes les interdictions de cumul emploi-retraite (134). L’accord pour l’élargissement du travail le dimanche est timide (137). Il faut a minima un accord par branche et par secteur d’activité.

Ambition 5 : Supprimer les rentes, libérer les privilèges et favoriser les mobilités.
Le tutorat des élèves des Zep par des étudiants ou des enseignants retraités (151) est déjà expérimenté par des étudiants de l’Escem et de l’école d’ingénieurs Polytech’Tours,qui s’engagent aux côtés de lycéens de Jean Monnet et de Paul Louis Courier pour favoriser leur accès aux études supérieures. La création d’une association sera étudiée pour satisfaire la décision 156 de développer les sociétés de capital-risque et les fonds d’investissement en capital dans les micro-entreprises, en les incluant dans le droit à la déduction de l’impôt de solidarité sur la fortune.
La traduction des décisions 184 et 185 dans le parc financé par le 1 % patronal est une réponse proposée à l’objectif de permettre aux plus modestes d’accéder à la propriété. La décision 187 d’attribuer à la seule autorité de la concurrence le contrôle concurrentiel des opérations de concentration a suscité une levée de boucliers contre le pouvoir de la DGCCRF.Pour bénéficier d’un recours en cas de décisions ressenties comme injustes, les sanctions devraient, selon le groupe,dépendre d’une instance juridictionnelle plutôt qu’administrative. Introduire les actions de groupe dans le droit français (191) pour donner plus de pouvoir aux consommateurs est acceptable à condition de ne pas faire coexister un double système (celui de l’administration avec celui des consommateurs), et de limiter le pouvoir de décision des actions de groupe. Oui à une capacité concurrentielle renforcée du commerce de détail :
1) En concédant aux commerçants isolés la gestion de certains services publics de proximité (194) : en Touraine la politique des PMS (points multi-services) sera poursuivie et valorisée.
2) En augmentant et en déconcentrant les aides allouées au commerce de proximité (196) : La gestion déconcentrée du FISAC et de la TACA pourrait alors être confiée aux chambres consulaires.
Oui à la coopération entre fournisseurs indépendants en facilitant la constitution d’organisations économiques de producteurs (OEP) (201) qui permettraient aux petites entreprises d’accroître leur compétitivité et leur pouvoir de négociation vis à vis de la grande distribution et, ajoute le groupe de travail, d’aplanir leurs difficultés de logistique avec la grande distribution.
Oui à l’assouplissement des règles d’implantation commerciale par la suppression des lois Royer-Raffarin (205), à la condition qu’il soit accompagné de contraintes urbanistiques. Sur le point litigieux d’ouvrir les professions réglementées (209 à 217), le groupe de travail répond par un oui de principe à condition que les dévalorisations de charges et de fonds engendrées soient justement dédommagées.

Ambition 6 : Créer de nouvelles sécurités à la mesure des instabilités croissantes
Outre la création du contrat d’évolution rémunérant la recherche d’emploi (142), les décisions 140 et 141 ont été particulièrement bien accueillies : la première consiste à ouvrir un DUF (droit universel de formation) qui permettrait de former en priorité ceux qui ont une qualification initiale faible. La seconde exhorte à ce que les agents du service public de l’emploi (France Emploi) soient intéressés à leurs performances en matière de reclassement. Les organisations professionnelles adhèrent à la préconisation d’un troisième mode de rupture du contrat de travail : la rupture à l’amiable (145).

Ambition 7 : Instaurer une nouvelle gouvernance au service de la croissance
Le groupe de travail est pour mettre en pratique à la CCI de Touraine l’évaluation systématique du coût et de l’impact de l’action publique (228 à 230).
Il soutient toutes les décisions visant à simplifier les normes (231 à 236). Il propose l’instauration expérimentale en Touraine d’un comité de pilotage chargé d’évaluer les politiques publiques engagées.
Il adhère à tout ce qui peut simplifier l’administration et la rendre plus efficace (242 à 257). Il propose que la CCI de Touraine finance une enquête en Indre-et-loire pour apprécier le montant des économies générées par la décision 251, visant à éviter que doublonnent les actions de l’Etat avec celles des collectivités territoriales.
Si la décentralisation mérite d’être clarifiée (258 à 261) - deux à trois niveaux d’administration seraient suffisants - le groupe de travail préfère une refonte totale de l’organisation territoriale fondée sur la réalité des flux économiques, à une simple modification.

Ambition 8 : Ne pas mettre le niveau de vie d’aujourd’hui à la charge des générations futures
Oui à ce qui rend plus performante la gestion budgétaire des collectivités territoriales.
A cet égard la CCI de Touraine a déjà défini un objectif de croissance pour ses dépenses (264), commence à développer des indicateurs de performance de ses services (265), et prend l’engagement de rendre publics les coûts moyens des chambres consulaires pour mettre en évidence des dérapages éventuels (266). Elle acquiesce à la décision 297 de réduire à une cinquantaine le nombre de CCI, au lieu de 175. Pour la CCIT, la logique voudrait que le regroupement des CCI tienne compte des échanges commerciaux et des coopérations déjà engagées, ce qui, en Touraine, est le cas avec Poitiers et Angers.Avec le patronat tourangeau, la CCIT soutient la nécessité de réduire la part des dépenses publiques dans le PIB dès 2008.Cette réduction devra atteindre 1% du PIB par an à partir de 2009 soit 20 milliards d’euros de réduction par rapport à la tendance par an pendant cinq ans. (Décision fondamentale 20).

A-C Bécard

 
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