En couverture / Dossier technique de fond


Étienne Rouxel : “Retrouver la confiance"

Si la politique est l’art du possible, mettons rapidement en oeuvre des mesures simples, peu onéreuses, et qui auraient le mérite de redonner la confiance qui manque à notre pays. Certes, le frein est structurel, mais surtout psychologique. Tel est l’avis d’Étienne Rouxel, expert-comptable, président d’honneur du Medef Touraine et du Medef de la Région Centre, président de l’Escem et membre de la CCI de Touraine.


Étienne Rouxel - Photo : D.R.

Le dynamisme d’une société est à la hauteur de la confiance que les hommes éprouvent les uns envers les autres. De ce point de vue, le constat est alarmant : depuis près d’un siècle, la France est divisée, en conflit avec ellemême. Les entrepreneurs ne sont pas des « vampires assoiffés de sang » et les agents de nos services publics sont dans leur très grande majorité consciencieux et compétents. Dans toute entreprise, les dirigeants ne pourraient rien sans leurs salariés, et les salariés n’auraient pas d’emploi sans entrepreneurs qui prennent des risques... Quelle évidence et quel gâchis donc que de voir entretenue cette excitation permanente : salariés contre actionnaires, public contre privé et bien d’autres encore ! De ce point de vue, nous avons vraiment une guerre de retard, si ce n’est deux ou trois... « Nous ne réussirons que tous ensemble » disons-nous au Medef Touraine. Ou encore, pour paraphraser Matthieu, « Si nous cherchons d’abord le royaume de Dieu et sa justice, tout le reste nous sera donné par surcroît. ». Oui, nous devons réformer les structures, pour les rendre plus justes et donc plus humaines. Et tout le reste suivra naturellement.

Un rapport très complet
Le « rapport Attali » a le mérite de présenter un catalogue très complet de mesures (316 au total), dans des domaines touchant à de multiples aspects de la société française (diffusion du savoir, efficacité économique, présence dans les secteurs de pointe, développement durable, dialogue social, modernisation et gouvernance du secteur public....). Il est en revanche trop discret sur les moyens de parvenir à la mise en place « urgente » de cet ensemble qui forme un « tout indissociable » aux dires de ses auteurs. J’en veux pour preuve la partie du chapitre 1 consacrée au développement des stages en entreprises : comment faire pour que les entreprises absorbent une classe d’âge d’environ 700 000 jeunes par an quand on sait que 45% des entreprises ne comptent aucun salarié, 48% d’entre elles en emploient de 1 à 10 et que moins de 5 000 en comptent plus de 250 ? Nous accueillons des stagiaires en notre cabinet pour l’équivalent de 10% de notre effectif chaque année et c’est une très lourde charge !

Priorité aux TPE et aux PME
Dans l’état actuel des finances françaises, il paraît impossible de lancer l’intégralité des réformes proposées par le rapport Attali. En revanche, on peut retenir un certain nombre d’actions rapides à mettre en place, par exemple, pour aider les TPE et les PME. Leur application dépend de décisions de l’appareil législatif et coûterait peu à l’Etat : simplification drastique des obligations fiscales, sociales et comptables, interlocuteur administratif unique, réduction des délais de règlement interentreprises à 30 jours maximum... Plus généralement, libérons les énergies en supprimant les textes trop contraignants, mettons-les à la portée du citoyen (les américains disent : « Make it simple »). Oui, comme le dit clairement le rapport, revoyons la gouvernance de notre pays et de nos administrations : « La France est sur-administrée et sous-gouvernée » disait un politique il y a déjà plus de 30 ans ! Car en un siècle où la dynamique se fonde sur l’existence de réseaux souples et adaptables, la structure pyramidale héritée de siècles où la communication était nécessairement verticale n’est plus de mise aujourd’hui. L’interventionnisme est mort : impulser l’action puis la réguler, telle est aujourd’hui la responsabilité qui incombe à nos gouvernants et nos administrations. Le diagnostic est connu depuis bien longtemps et le rapport Attali en est une synthèse. N’attendons pas que le malade soit à l’agonie pour lui prescrire les remèdes nécessaires. Et le plus efficace d’entre eux est certainement celui de la CONFIANCE !

Étienne Rouxel


 
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