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Loisirs culturels : les professionnels savent se renouveler

Culture.
Le poids des achats de loisirs culturels dans les dépenses des ménages est passé de 9,2 % en 2002 à 12,6 % en 2006. De quoi susciter l’intérêt de toutes les formes de distribution.

Catherine Geffroy


La photo chez Thierry Germain - Photo : DR - Thierry Germain

Au printemps 2007, le magasin Cultura a ouvert ses portes à Chambray-lès-Tours sur 2 450 m2. Par son offre et son agencement, le magasin est en tout point identique aux autres magasins de la chaîne, tous implantés en périphérie de ville. De grandes allées moquettées promènent le client successivement dans les univers du livre, du support enregistré, des jeux, de la papeterie, des loisirs créatifs et de la presse : au final, un espace très accessible et convivial. Selon la presse spécialisée, l’enseigne Cultura réalise 40 % de ses ventes avec les livres. Avec une offre de 50 à 60 000 références, le client y trouve davantage de choix, d’écoute et de conseils qu’en hypermarché mais moins de prescription et d’animation que dans une grande librairie spécialisée.
De leur côté, certaines enseignes alimentaires ont opté pour le lancement d’une enseigne culturelle à part entière. Les Espaces Culturels Leclerc furent les pionniers : implantés essentiellement dans les villes de moins de 80 000 habitants, ils proposent en priorité un rayon livres, auquel ils ajoutent un rayon de supports enregistrés et un espace multimédia. Leurs référencements les situent à mi-chemin entre une Fnac et un hypermarché standard. A son tour, Système U entend faire progresser son activité “produits culturels” et vient de nouer un partenariat avec la Fnac afin de créer des univers culturels U. Le projet, en phase de test, propose sur des surfaces d’au moins 500 m2 quatre familles de produits : livres, musique, vidéo, jeux- vidéo. Face à ces grandes enseignes, il est pourtant des indépendants qui résistent et qui passent même (pour certains) à l’offensive.

Photographie.
Thierry Germain, photographe à Tours, tire les enseignements de sa restructuration. “Le marché de la photo a connu simultanément deux révolutions. Technique, avec l’avènement du numérique et le quasi-arrêt de l’argentique. Economique, avec la descente à vitesse grand V du tirage photo. Une quantité de confrères ont disparu dans les années 2001-2004. Nous, on s’est un peu recroquevillé pour laisser passer l’orage, on a fait des économies de charges sur tous les postes possibles et après on s’est restructuré. On a écouté les clients et on a compris qu’il nous fallait une offre et donc un stock qui soient en mesure de les faire rêver. Sinon, ils partaient sur Paris. Il nous a fallu oser reconstituer une offre en matériel photo digne de ce nom : alors, en deux ans, on a progressé d’une façon significative. Aujourd’hui, nous sommes dans le top des magasins Phox de province. Sur le plan du développement photo, on a pris de plein fouet la descente du marché. Mais on a toujours eu une clientèle avec une demande “sur mesure”. Notre chute a été amortie parce qu’on a décidé de répondre à tout et qu’on avait depuis longtemps un laboratoire numérique. Début 2007, on a osé ré-investir dans du matériel de développement nouveau ultra-performant et installer trois bornes au rez-de-chaussée qui acceptent tous les supports possibles. Ce matériel nous permet de répondre à toutes les demandes : des plus pressées au plus pointues. Par ailleurs, on fait toujours du portrait et de la photo de mariage. Et ce qui était un défaut dans le passé - associer le portrait, la vente de matériel et le tirage photo - est aujourd’hui un atout : on est dans le traitement de l’image au sens large. On se situe sur un créneau milieuhaut de gamme et on s’adresse à une clientèle d’amateurs avertis et passionnés, dont pas mal de clients qui font des expos photo. Le croisement de ces clients différents dans le magasin créé une ambiance particulière. On a une identité propre, une culture “photo” : il n’existe pas de magasin comme le nôtre dans un rayon de 60-100 km”.

Animateur.
La Boite à livres - Photo : DR - La Boite à livres
La Boîte à livres n’est pas une librairie ordinaire : en plein centre-ville de Tours, elle bénéficie d’une forte identité locale, dispose d’une surface de vente importante (959 m2) et d’une large zone de chalandise. Figurant parmi les premières librairies de France, elle a l’écoute des éditeurs. Il y a six mois, Marcelline Langlois a agrandi l’espace jeunesse et élargi son offre : “On a ajouté des jeux pour la petite enfance, y compris des jeux vidéo avec une borne de démonstration, pour répondre à une demande nouvelle”. La librairie n’en est pas à sa première extension : “Les clients ont besoin de voir les produits sur les tables et non en rayon. Pour mettre en avant les livres dont on parle et ceux qu’on promotionne, il nous faut de l’espace.” Elle en est persuadée : “La véritable différence avec les grandes surfaces spécialisées ne se fait pas tant sur le fonds, mis à part des rayons spécifiques comme les beaux-arts, que sur l’animation, la communication, et surtout les libraires”. Au chapitre de l’animation, la Boîte à livres propose chaque mois un programme de 5 à 6 rencontres avec des auteurs ainsi que des expositions dans le magasin. Parmi ces rencontres, certaines ne réunissent pas plus de 20 personnes : “c’est aussi notre rôle de faire connaître des auteurs peu connus”. Au chapitre de la communication, “15 000 programmes d’animation sont envoyés aux clients chaque année. Et nous venons de réaliser une enquête clientèle pour être mieux à l’écoute de nos clients”. Chapitre libraires, enfin : “Si on n’a pas de libraires de talent, avoir une librairie de 1000 m2 ne sert à rien. Le travail de libraire, c’est de mettre en avant les livres qu’on aime, de faire partager ses coups de coeur et de surprendre le public avec des auteurs moins connus”. A ce jour, l’activité de la librairie n’a pas souffert de l’ouverture de Cultura.

Efficacité.
Librairie Plein Ciel - Photo : DR - Gérard Colasse : LEGO AGENCEMENT
Depuis 1991, Pascal et Edith Richard exploitent à Loches une libraire-papeterie à l’enseigne Plein Ciel. En 2006, ils agrandissent leur magasin à 120 m2 et le remettent totalement à neuf. “Nous avons décidé d’installer le concept Plein Ciel dans son intégralité : tout est en libre-service. Les livres sont exposés sur des tables autour de podiums et des « arches » nous permettent de réaliser des « mises en avant »”. L’agenceur auquel ils se sont adressés leur a donné les clés pour exploiter au mieux ce nouveau concept de magasin via une formation-merchandising. “Nous avons compris que ce n’est pas la quantité qui fait vendre, mais la mise en situation. Tout l’enjeu consiste à mettre le bon produit au bon endroit. Désormais, nous faisons tourner beaucoup plus les livres et nous développons les mises en avant. Le but, c’est que le consommateur se sente libre et trouve ce qu’il cherche. Ça ne nous empêche pas de continuer à donner des conseils. Nos habitudes en ont été bouleversées mais nous sommes satisfaits du résultat. Le magasin a énormément gagné en clarté et en visibilité. Les clients sont ravis : beaucoup ont ressenti cette transformation comme une marque de respect envers eux et nous ont remerciés”.

Différence.
Malgré les complexités du livre, le métier attire encore des passionnés. Pascale Delaveau a sauté le pas en 2006 à Amboise en ouvrant une librairie à l’enseigne “C’est la faute à Voltaire”. Sa surface de vente très réduite (40 m2) l’oblige à faire des choix - de la littérature française et étrangère mais pas de science fiction, pas de rayon pratique, un beau rayon jeunesse mais pas de BD - et à compenser par beaucoup de commandes individuelles.
Par manque de place, la libraire est amenée en plus à trier ses achats : “un tri subjectif certes, mais fait en fonction de ma clientèle”. Résultat ? “Les clients me disent qu’ils voient dans ma librairie des livres qu’ils ne voient pas ailleurs. Ça vient de ma façon de les mettre en avant. Et puis, les gens viennent ici chercher un contact, un conseil.”. Prudente, elle attend de voir comment le marché va évoluer quand les deux Espaces Culturels Leclerc prévus sur Amboise auront été réalisés. Mais elle capitalise sur sa différence.