Dossier / Tourisme : l’environnement en question


Tourisme : l’environnement en question

Comportement.
L’impact de l’activité touristique sur l’environnement des sites visités n’est plus à prouver. A charge pour les acteurs de ce secteur économique - producteurs et clients - d’apprendre à modifier leurs comportements en faveur d’un tourisme durable. Mais comment rester concurrentiel tout en s’inscrivant dans la durabilité ? Tel est le défi à relever

Propos recueillis par Patrick Chateau


Canoë à Rillé (Hutoppia) - R.Etienne/Item-Huttopia

Selon la conférence mondiale du tourisme durable de Lanzarote en 1990 : “Le développement touristique doit reposer sur les critères de durabilité : il doit être supportable à long terme sur le plan écologique, viable sur le plan éthique, et social pour les populations locales.” Car le tourisme peut avoir un impact réellement majeur sur notre environnement. Tel est l’avis de la Commission européenne qui avance le chiffre de 440 millions de visiteurs sur le continent en 2005. Directement ou indirectement, ce secteur d’activité représente environ 10 % du PIB européen et quelque vingt millions d’emplois. On comprendra donc que, s’il est mal planifié, le tourisme peut être un destructeur pour un environnement de qualité, les particularités culturelles ou les interactions sociales ; autant d’éléments essentiels pour le développement durable. Les membres de la Commission remarquent que la réponse de l’industrie touristique a été très variable. Certaines grandes sociétés ont introduit des stratégies sociales de responsabilité. Et seule une faible proportion de petites entreprises a cherché à être reconnue pour ses pratiques environnementales et sociales. Dans la plupart des cas, l’action positive a découlé de l’intérêt et de l’engagement personnel du chef d’entreprise.

Des implications importantes pour le tourisme.
Photo : D.R. - Goodshoot Philippe Callot - Photo : D.R. Philippe François - François Tourisme Consultant - Photo : D.R.
Mais les temps changent... La prise en compte de l’environnement dans la pratique touristique évolue. Pour la Commission européenne, ce changement a été favorisé par le travail des associations commerciales et par des contacts d’entreprise à entreprise dans la chaîne d’approvision nement. Ainsi, on commence à voir certains voyagistes qui cherchent spécifiquement des fournisseurs de services adhérant aux critères de durabilité. “Je connais de grandes agences de voyage en Lettonie qui commencent à s'interroger sur l’engagement des hôtels parisiens en matière de protection de l’environnement avant d’y envoyer leurs clients, souligne Philippe François, responsable d’un cabinet conseil au service des professionnels de l’hôtellerie et des territoires touristiques. De plus en plus de clients adhèrent à cette préoccupation et n’hésitent pas, par exemple, à délaisser tel camping pour un autre engagé dans une démarche environnementale.” Le changement climatique est de plus en plus perçu comme ayant des implications importantes pour le tourisme. L’opinion publique ira-t-elle jusqu’à exiger que le secteur réduise sa contribution aux émissions de gaz à effet de serre ? que les destinations s’adaptent aux changements dans les formes de demande et dans le type de tourisme qu’elles peuvent offrir ? Comment le secteur touristique va-t-il relever le défi majeur consistant à rester concurrentiel tout en s’inscrivant dans la durabilité. Ce qui revient à dire qu’à long terme, la compétitivité dépend de la capacité de ces professionnels à respecter leur environnement. Si l’on suit ce raisonnement, on constate que la consommation et les modèles de production du tourisme doivent évoluer sans pour autant freiner l’augmentation des revenus.

Dans la plupart des cas, l’action positive a découlé de l’intérêt et de l’engagement personnel du chef d’entreprise
Imaginer le tourisme de demain.
Les dits professionnels peuvent se référer au plan d’action établi par la Commission européenne en février 2007. Il définit les orientations et les actions stratégiques pour la durabilité du tourisme européen. Philippe Callot est plus directif. “Il faut travailler collégialement pour imaginer un autre tourisme de demain, affirme l’auteur - avec Isabel Babou - de l’ouvrage“Les dilemmes du tourisme” (Vuibert). Au risque d’être très vite affecté par l’image que véhiculera cette industrie aux yeux de l’opinion publique. Le voyage montré comme source de pollution pourrait entraîner une forme de culpabilité, voire de renoncement préjudiciable au secteur. Un rapprochement entre élus et professionnels est donc indispensable afin d’élaborer des actions applicables dans un délai raisonnable, d’évaluer leur coûts et les aides à obtenir.”

Responsabilisation.
Ce membre de l’Association internationale d’experts scientifiques du tourisme (AIEST) ne se contente pas de tirer la sonnette d’alarme. Il avance également quelques propositions prenant en compte notre rapport au temps, à l’espace, à l’argent et au CO2 ; et surtout favorisant la responsabilisation de l’ensemble des acteurs. “Pourquoi ne pas imaginer un tourisme de proximité permettant de réduire les émissions en gaz à effet de serre ? Un tourisme plus lent privilégiant des modes de transport doux ou alternatifs ? On peut également imaginer un hôtelier proposant une offre dédiée à cette clientèle responsable lui donnant droit à des avantages à définir.” Selon Philippe Callot, le consommateur est prêt à fournir cet effort. Et les professionnels ? “L’évolution sera sans doute longue et difficile, conclut-il. Mais je reste optimiste en constatant, par exemple, le rapprochement orchestré par le Conseil général depuis le lancement de la première convention des acteurs du tourisme. Il nous faut capitaliser sur ce type de démarche créative.” Pour faire écho à ce souhait, le parc naturel Loire-Anjou-Touraine expérimentera bientôt sa nouvelle charte 2008-2020. Son volet environnemental concernera évidemment les professionnels du tourisme présents sur son territoire. “Nous proposerons une liste de préconisations à certains opérateurs qui auront la volonté de s’engager dans cette démarche qui sera la plus simple possible à mettre en place, précise Virginie Belhanafi. “Si nous parvenons à aider les professionnels dans cette voie du tourisme durable reposant d’abord sur la conviction personnelle, il y aura de belles pistes à explorer”, conclut Philippe Callot.


 
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