Réflexions autour des 35 heures
et de la valorisation du travail
Le comportement des salariés face aux
35 heures peut s’analyser de la façon suivante
: il y a tout d’abord ceux qui ressemblent
étrangement aux mercenaires. Ils
n’ont qu’un seul but ; réaliser le maximum
de profit en un minimum de temps et de
moyens. Pour y parvenir, rien ne les arrête,
même pas la législation du travail. Ils n’ont
pas de patrie, pas de religion, pas de
sentiments et ne respectent rien, surtout
pas la qualité. Il n’est donc pas question de
leur faire appliquer les 35 heures.
En second lieu, il y a les personnes qui
ont pris leur sort en main. Elles ont
choisi leur métier, leur filière, leur
employeur, leur environnement, leurs
tâches, leurs objectifs et se soucient de
leurs résultats, qu’ils soient qualitatifs
ou quantitatifs. Leur référence
n’est
donc pas le temps de travail mais la
motivation, le goût du travail bien fait,
la collaboration, le respect des objectifs.
Leur polygone de sustentation est
constitué par l’appartenance, l’apprenance
et la performance. En obligeant
l’application des 35 heures à tous ces
salariés, Martine Aubry a voulu leur
greffer une pendule dans le cerveau ;
c’est un acte criminel ! Heureusement,
leur discernement a évité l’opération
chirurgicale et leur autonomie
a légitimé
leur temps de travail.
La dernière catégorie est constituée par
les gens qui respectent très scrupuleusement
les 35 heures. Certains d’entre
eux anticipent même une future et
probable diminution d’horaire. Tous les
matins au petit déjeuner, ils fêtent la
Sainte Martine et n’ont que pour horizon
la débauche et la fin du mois. Leur sort
est entre les mains de l’Etat qui bien sûr
ne fait rien pour eux. Ils sont reconnaissables
car ils vont au travail en traînant la
semelle et ils en sortent en courant. Ils
parlent entre eux de conditions de travail,
de salaires, de revendications diverses et
variées et de loisirs. Comme l’employeur
est par principe un exploiteur, les
syndicats font élection de domicile à leurs
côtés et transforment les situations
conflictuelles en choux gras.
Une vieille règle de management
rappelle que l’on a les collaborateurs que
l’on mérite. Peut-on en déduire qu’il y a
aussi trois catégories d’employeurs ?
Rappelons que la lutte contre le chômage
était la finalité de cette loi. Le but a-t-il
été atteint ? Et bien non ! Paradoxalement,
ce serait plutôt le contraire. Par hantise du
surcoût généré par les 35 heures, une
campagne drastique d’économies a été
réalisée et une analyse systémique de
l’amélioration de la productivité a été
entreprise ; la délocalisation a sauvé la
mise de ceux qui n’y sont pas parvenus.
Comme quoi la thèse et l’antithèse sont
parfois génératrices de foutaise
Yves Massot
Vice-président de la CCI de Touraine
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