Dossier / Entreprendre
Cinq ans pour agir
Convictions.
Les cinq députés d’Indre-et-Loire, élus en juin 2007, ont bien voulu répondre aux questions de la CCI : que pensent-ils de l’activité économique en Touraine ? pourquoi et comment créer de la richesse, encourager les chefs d’entreprise, développer l’emploi sur l’ensemble du territoire ? qu’est-ce qui les motive ? Tour d’horizon parlementairePropos recueillis par Odile Ménard
Première circonscription
Jean-Patrick Gille
Photo : O.M. Identité
- Député PS - Membre de la commission des affaires sociales, culturelles et familiales
- A démissionné de son mandat de premier adjoint à la mairie de Tours, mais reste conseiller municipal et communautaire
- Président de la mission locale de Touraine, du CFA de la Ville de Tours, de l’AFPP (qui porte l’Ecole de la 2nde chance), de Régie + (chantier d’insertion)
- Président de l’Institut de Touraine pour deux ans (présidence tournante)
- Chargé de mission à la Région Centre (Direction de la formation professionnelle), en disponibilité depuis juin 2007.Vous estimez que la création de Tour(s) plus a amélioré l’ambiance de travail entre les différents partenaires du développement économique. Peut-on aller plus loin ?
Jean-Patrick Gille : La création de Tour(s)plus a effectivement constitué un tournant dans le développement local. La TPU a notamment apporté un changement radical. L’ambiance de travail en a étéprofondément modifiée. Tout le monde le reconnaît, je crois. Nous avons apprisànous connaître, à nous apprivoiser, même si des intérêts divergent - ne soyons pas naïfs ! Je suis favorable à ce que nous allions plus loin, vers une structure unique de développementéconomique - Roger Mahoudeau sait que je suis d’accord avec lui sur ce sujet -, qui associerait l’agglomération, le Conseil général, l’Agence de Développement de la Touraine et les chambres consulaires.
Comment se porte la Touraine, selon vous ?
J.-P.G : La Touraine a retrouvé un dynamisme : nous avons su exploiter le positionnement de Tours à une heure de Paris, la qualité de vie… J’en connais les effets, ayant notamment participéàl’implantation de Bouygues Telecom. Il faut continuer. La puissance publique a pour rôle de créer les infrastructures favorables : l’installation du tramway va contribuer au développement, bien au-delà de l’agglo, grâce à la très forte articulation avec la gare de Tours. Nous allons vers un “devenir métropole” qui bénéficiera à l’ensemble de la Touraine.
Nouveau député, avez-vous un projet économique pour la Touraine ?
J.-P.G : Il me semble important de poursuivre le rapprochement entre politiques et décideurs économiques. Dans ma vie professionnelle, je me suis déjà beaucoup impliqué dans l’insertion des jeunes. Elu à Tours, avec des entreprises, j’ai créé l’Ecole de la seconde chance pour des jeunes en difficulté : les entreprises ont su s’adapter. Les problèmes ne peuvent en effet se résoudre que par des rapprochements au niveau local, dans la confiance, ce qu’illustrent aussi les relations université-entreprises. Je vois aussi deux autres axes de progrès importants : la formation et le tourisme.
Faire en sorte que la Touraine soit la porte d’entrée de la “Loire Valley” , en renforçant ce concept, en travaillant sur les infrastructures hôtelières, sur de nouvelles attractions touristiques aux confins du loisir et du culturel. Un autre aspect du développement me tient à coeur, la création d’entreprises et notamment les TPE : accompagnement, accès facilité aux locaux, aux prêts, mais aussi modulation des cotisations sociales en fonction de la qualité de l’emploi offert.
Pour résumer, il y a beaucoup de choses à inventer, notamment autour de l’économie de la connaissance, pour laquelle la Touraine offre des conditions idéales avec un appareil de formation initiale et continue important, atout majeur de notre développement.
Deuxième circonscription
Claude Greff
Photo : D.R. Identité
- Député UMP
- Vice-présidente de la délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes à l’Assemblée nationale
- Membre de la commission des affaires culturelles, familiales et socialesEn ce début de second mandat, quelle évolution percevez-vous dans le paysage économique tourangeau ?
Claude Greff : Si la Touraine est connue pour son agriculture, sa viticulture, c’est également un département où les activités industrielles et de services sont très nombreuses. L’économie touristique est très importante pour notre département et permet de mieux faire connaître nos savoir-faire et la richesse de notre patrimoine. L’Indre-et-Loire bénéficie désormais de grandes infrastructures routières, autoroutières, ferroviaires et aériennes et les entreprises qui veulent se développer et créer de l’emploi sont soutenues par les institutionnels très présents.
Sur la deuxième circonscription, les différents bassins économiques ont connu un bon essor grâce à un maillage des entreprises de toutes tailles et à la diversification de leurs activités. Cette complémentarité a donné des résultats plus qu’encourageants : cela leur a permis de mieux répondre aux différents besoins de leurs clients. A noter : le taux de chômage en Indre-et-Loire est en dessous de la moyenne nationale.
En quoi les premières mesures gouvernementales peuvent-elles aider au développement ?
C.G : La relance de l’emploi et de l’investissement dans les PME est soutenue par la loi que nous avons votée en juillet dernier sur le travail, l’emploi et le pouvoir d’achat. La défiscalisation des heures supplémentaires, comme les incitations à l’investissement dans le tissu économique local, sont des atouts majeurs pour une croissance forte.
Qu’est-ce qui vous tient le plus à coeur dans votre mission ?
C.G : Vice-présidente de la délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes à l’Assemblée nationale, je reste vigilante à la place faite aux femmes dans l’entreprise, et ceci à tous les niveaux de responsabilité. La question de l’égalité salariale mais également de la progression de carrière est pour moi un véritable enjeu. De plus, en tant que membre de la commission des affaires culturelles, familiales et sociales, je soutiendrai une politique équilibrée qui prendra en compte l’ouverture des marchés vers l’Europe et le reste du monde, tout en garantissant la protection sociale des salariés de notre pays. Par ailleurs, j’ai beaucoup visité et visiterai encore de nombreuses entreprises sur ma circonscription aux fins de les accompagner dans leur volonté de se développer, mais aussi pour les soutenir dans les périodes parfois plus difficiles. Plus que jamais, demain, les secteurs économiques du tourisme, des services, de l’industrie et de l’agriculture seront les valeurs sûres de notre économie française. C’est également vrai pour notre circonscription.
Troisième circonscription
Marisol Touraine
Photo : O.M. Identité
- Députée PS
- Vice-présidente du groupe socialiste, en charge de la protection sociale, présidente du groupe de travail sur les retraites
- Conseillère générale du canton de Montbazon
- Membre du groupe d’amitié France- Chili
- Profession : Conseillère d’EtatVous êtes en charge de la protection sociale au sein du groupe socialiste, assurant que “pour avoir une politique sociale, il faut être en mesure de créer de la richesse”. Comment conciliezvous ces préoccupations ?
Marisol Touraine : Sans production de richesse, il n’y a pas de politique sociale possible ! Mais l’activité économique ne garantit pas une juste répartition des richesses, et c’est l’enjeu des politiques sociales. L’activité économique, c’est le coeur de la vie d’un territoire, ce sont des familles qui s’installent, des écoles qui demeurent, des réseaux d’échange qui se tissent. Il ne s’agit pas, pour moi, socialiste, de rester sourde aux contraintes mais de permettre à chacun de gagner sa vie là où il habite et d’être attentive à la relation entre employeur et salarié, de sorte que ce dernier puisse faire part de ses préoccupations : conditions de travail, santé au travail, niveau de salaire..
Pour créer de la richesse, quels leviers actionner ?
M.T : En Touraine, le niveau de formation des salariés est un peu plus bas que la moyenne nationale. Investir sur la formation, via le public ou le privé, est une priorité. Cela représente un coût, mais il y aura des retours : développement des entreprises, création de nouveaux emplois et meilleure qualification des salariés. La répartition des entreprises sur le territoire est également essentielle.
Si la concentration dans l’agglomération est compréhensible - les zones de Sorigny et de Tauxigny s’inscrivent dans le développement de la seconde couronne tourangelle - elle pose problème ailleurs. Il faut maintenant - c’est un enjeu majeur du Département - faire en sorte qu’il existe des pôles économiques autour des chefs-lieux d’arrondissement.
Concrètement, quelles solutions proposez-vous ?
M.T : Les politiques nationales - mais, je suis très sceptique sur les choix actuels - doivent profiter aux territoires. A nous, élus locaux, de déverrouiller localement ce qui peut l’être.
Il est ainsi nécessaire d’aider les entreprises, mais seulement celles qui en ont besoin, et non pas celles qui peuvent s’installer là où elles le veulent. Les ressources n’étant pas extensibles, il est important de concentrer les aides sur les territoires qui ne sont pas spontanément attractifs. Il se trouve, justement, que ces territoires souffrent d’une main-d’oeuvre non qualifiée. Je suis convaincue que le développement économique passe par l’implantation de lieux de formation, notamment autour de filières spécifiques ; dans le Sud Lochois, par exemple, une filière de formation aux métiers de la santé me semble une piste à creuser : les besoins en aide à la personne vont augmenter. Afin de maintenir les habitants sur place et d’attirer des actifs, nous devons en particulier réfléchirà une articulation entre offre de travail et formation.
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