Points de vue


Points de vue

Robert Frémont a exercé la médecine jusqu’en 1949, avant de reprendre les rênes de l’entreprise familiale Gault & Frémont. Il a présidé la CCI de Touraine de 1971 à 1976, fondé l’IDIL et créé le magazine Touraine Economique en 1972. 250 numéros plus tard, il livre son regard sur l’évolution, la mondialisation, la société.

Photo : O.M.

L’évolution : “J’ai eu beaucoup de chance. Aucun être humain n’a vécu tout ce que ma génération a connu : une explosion de nouveautés techniques. Parmi toutes ces conquêtes, la plus importante de l’histoire du monde vivant est certainement la possibilité pour une femme de maîtriser sa grossesse, une avancée dont on n’a pas encore tiré toutes les conséquences.”

La mondialisation : “Deux phénomènes contradictoires caractérisent la population française : nous sommes très en retard sur le plan intellectuel par rapport aux avancées sur le plan technique. Rien ne peut empêcher la mondialisation. Il est utopique de prétendre le contraire. Mais ce n’est pas encore entré dans le crâne des gens ! Alors, on en constate les conséquences et l’on assimile tout cela très mal. Ainsi, c’est la même personne qui va manifester contre la mondialisation et qui, deux heures plus tard, va au supermarché acheter le produit le moins cher fabriqué à Singapour ! Je suis convaincu qu’à la fin du siècle, le niveau de vie des pays émergents (la Chine et l’Inde, notamment) sera comparable au nôtre, leurs produits seront de plus en plus chers et, ce niveau de vie augmentant, les habitants feront moins d’enfants. C’est automatique. Quant à nos entreprises, elles sont déjà mondiales.”

La société : “L’homme est complètement perdu : les enfants, par exemple, n’obéissent plus… mais ce sont leurs parents qui traversent la rue avec la poussette alors que le feu est rouge… Et l’être humain produit pendant la moitié de sa vie, étant à la charge de la société l’autre moitié. Il va bien falloir trouver une solution ! La morosité des gens me frappe, tous habillés de noir, au comportement grégaire et en même temps farouchement individualiste. Ils sont pessimistes et je me dis qu’ils n’ont pas vraiment de raison de l’être : j’avais 18 ans en 1933 quand Hitler a pris le pouvoir. Nous ne nous posions pas de question, alors : nous savions que nous allions nous faire casser la figure ! Aujourd’hui, je crois que nous sommes aux prémices d’une société nouvelle en train de se créer : d’une part, la très forte participation aux élections prouve que les gens sont conscients qu’un problème existe, d’autre part, il est positif de voir qu’une nouvelle génération se présente avec des idées nouvelles. Je suis optimiste : les choses vont s’arranger. C’est une question de temps.”

Robert Frémont

Propos recueillis par Odile Ménard


Photo : D.R. ESCEM

L’intrication des logiques d’entreprises et de territoires mise en relief par le rapport Carayon, a poussé l’Etat à initier une véritable politique publique en matière d’Intelligence Territoriale. Néanmoins c’est à chacun, au niveau local, de redéfinir ses priorités et les actions qui lui permettront de se développer. Aune époque où la mondialisation se ressent parfois fortement au niveau local, un territoire a besoin, pour exister sur le plan économique, de se différencier. Si les atouts naturels ne suffisent plus, il faut donc innover.
L’Intelligence Territoriale peut être une solution. Celà suppose que les acteurs locaux utilisent les techniques de l’Intelligence Economique comme pourrait le faire une entreprise (démarche stratégique, veilles ciblées, actions d’influence…) et cela de manière coordonnée, c’est-à-dire en mutualisant ses réseaux et compétences. Les pôles de compétitivité ou les rapprochements publics/privés (Université-entreprises) en sont des exemples. Il faut poursuivre dans cette voie.
La culture de coopération (donner pour recevoir) est une des clés de cette créativité qui nous manque parfois pour être innovant. Etre intelligent c’est tout d’abord le reconnaître et ainsi permettre à chaque partie prenante de participer activement à la compréhension et à la dynamique durable de son environnement. Les initiatives prises localement nous permettront-elles de parler bientôt de l’Intelligence de la Touraine ?

Pierre Larrat, Directeur Atelis