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Bien dans ses meubles : le marché du jeune habitat

Dynamique.
Design et prix bas, magasins très travaillés : les enseignes "jeune habitat" n’ont pas fini de bousculer le marché du meuble.

Catherine Geffroy


Photo : D.R. - IPhotodisc

Jeune habitat : le terme est apparu au début des années 80 suite à un bouleversement profond du marché. Avant 1980, quand un couple “s’installait”, il achetait ses meubles pour la vie. Après 1980, les générations post-68 ont commencé à se dire qu’un meuble pouvait parfaitement se remplacer, selon la mode ou les âges de la vie. Un raisonnement qui, tout compte fait, est plutôt rassurant pour les professionnels du meuble et que l’enseigne Ikea n’a pas manqué d’exploiter en affirmant “qu’un meuble ne meurt pas, il se change”. “Dès lors, explique Marc Bisch, patron de Fly, les jeunes ont plébiscité des meubles sans prétention, contemporains, basiques, accessibles en termes de prix. Les produits d’une part, la manière de les vendre d’autre part, ont muté pour accompagner les changements sociologiques.” Tant et si bien qu’aujourd’hui, l’expression “jeune habitat” fait référence à la fois à un style de meubles mais surtout à un trio de marques enseignes : Fly (créée en 1978), Ikea (premier magasin français créé en 1981) et Alinéa (enseigne du groupe Mulliez, née en 1989). Les trois enseignes fonctionnent sur les mêmes principes de base : un positionnement d’entrée et milieu de gamme, une offre très large, des prix accessibles, une vente en libre-service. Selon l’Observateur Cetelem 2007, les Français les apprécient à la fois pour l’ambiance des magasins, leur capacité à donner au visiteur des idées d’aménagement et de décoration, la clarté de leur présentation, l’importance du choix et la modernité de l’offre. Sur un secteur français du meuble qui demeure en faible croissance, elles affichent les meilleurs taux de progression. Bien sûr, l’évolution démographique française leur est favorable : essor des familles recomposées, multiplication des déménagements et réduction de la surface des logements sont autant d’éléments qui incitent à l’achat de meubles faciles à vivre et abordables. Mais elles se situent aussi dans une tendance de fond qui se caractérise par une demande de meubles plus modernes en style et une déstructuration des achats. Même chez les 50 ans et plus. Tant et si bien que leur succès a poussé certaines enseignes généralistes à développer une offre de style jeune habitat en l’intégrant à leurs autres collections.

Les concepts marketing développés par Ikea, Fly et Alinea possèdent de nombreux points communs. Sur son site internet, Ikea affiche son “idée des affaires” : “proposer une vaste gamme d’articles d’ameublement, esthétiques et fonctionnels, à de si bas prix que le plus grand nombre pourra les acheter”. Fly se positionne en tant que “distributeur de tendances”. L’enseigne entend démocratiser l’accès aux tendances de la décoration, avec des produits jeunes, bien dessinés, de bonne qualité à des prix attractifs. Le concept d’Alinea part de l’idée de proposer au plus grand nombre - autrement dit à des prix sages - des meubles, du luminaire, du textile, des arts de la table et des objets de décoration glanés aux quatre coins du monde. Tous trois s’adressent au même coeur de cible : les 20-40 ans. Mais le concept devient “transgénérationnel”, comme l’explique Marianne Meyer, directrice marketing et communication de Fly. “Fly vient du meuble et propose du premier équipement. Mais aujourd’hui, on va vers du deuxième équipement quand les clients accèdent à la propriété ou qu’ils sont un peu plus installés : en fait, on accompagne nos clients dans leur vie. Si notre ligne “Pop” s’adresse aux jeunes, les collections “Nature” et “Design” s’adressent à une clientèle plus mature.” Quant aux magasins Ikea, il suffit de se rendre dans leurs magasins pour voir que 1 6 Design et prix bas, magasins très travaillés : les enseignes "jeune habitat" n’ont pas fini de bousculer le marché du meuble. J °Ω Catherine Geffroy Bien dans ses meubles : le marché du jeune habitat Dynamique. Photo : D.R. - IPhotodisc Touraine-Eco No249 • MAI 2007 1 7 leur clientèle vieillit avec eux. Tous les magasins ont adopté le système du parcours organisé qui oriente le cheminement du client et qui permet de lui montrer toute l’étendue de l’offre. Tous travaillent la mise en situation de leur offre, offre qu’ils renouvellent régulièrement en passant constamment au crible l’évolution des modes de vie des consommateurs. Ikea a la particularité de dessiner en interne ses propres collections : les produits ont le design Ikea. Chez Fly, les services marketing et achat sont très liés : “On a des designers intégrés chez nos fournisseurs. Un certain nombre de produits de décoration sont des exclusivités Fly.” Tous, enfin, affichent le souci constant de proposer des produits accessibles et sont dans un discours prix. Ikea baisse ses tarifs de 2,5 % par an depuis cinq ans et annonce le prix de ses produits dans ses communications. “Fly a des premiers prix très repérables sur les meubles et sur la boutique déco, explique Marianne Meyer, avec une signalétique précise. Ça attire une clientèle discount et matérialise l’accessibilité . Comme tous les produits deviennent plus design, plus modernes et plus beaux, nous devons toujours faire en sorte de garder notre image d’accessibilité.”

Photo : D.R. - Images source

Répliques.
Le futur magasin Ikea dont l’ouverture est annoncée pour le printemps 2008 à Tours disposera d’une surface de vente de 17 000m2. Comme dans les autres magasins de l’enseigne, le visiteur y trouvera un plateau d’exposition avec mise en situation de meubles, un restaurant, une zone dite “Marché” de vaisselle, textile, luminaires et objets de décoration et un libre-service où les meubles sont stockés en paquets plats dans des casiers. Sur sa zone primaire, il trouvera en face de lui une quarantaine de grandes surfaces spécialisées dans le meuble et la cuisine, totalisant quelque 40 000 m2 de surface de vente. Une concurrence qui s’attend à ce qu’Ikea modifie en partie les comportements d’achat locaux mais qui pèse aussi les avantages d’une telle implantation. Alain Doré, responsable de Mobilier de France, positive : “L’intérêt, c’est qu’on va parler meubles, susciter de l’intérêt pour le meuble. Tout le monde n’achète pas Ikea. Dans la mode, il y a Zara et George Rech. Dans notre niveau de gamme, le client n’est pas dans le coup de coeur et il est capable d’investir.” Chez Conforama, on a pris les devants, comme l’explique son directeur, Philippe Lévêque : “Nous avons profité de notre agrandissement fin 2005 pour rénover le magasin et mettre en place le nouveau concept Conforama : création d’un parcours client avec regroupement des produits par univers, mise en ambiance accrue des produits, agrandissement de l’espace décoration. Par ailleurs, au niveau national, Conforama affirme son identité propre et communique sur les valeurs qui caractérisent l’enseigne : discount permanent, offre multi-styles et politique promotionnelle forte”. Philippe Lévêque espère bien, au passage, profiter de l’élargissement de zone de chalandise attendu et capter une population venant des départements limitrophes. Quant à Fly, l’enseigne entend miser sur ses avantages : “La taille de nos magasins (2 000 à 2 500 m2 en moyenne) nous permet à la fois d’être plus réactifs à la mode et plus proches de nos clients. Notre axe de développement, et on n’en déroge pas, c’est la distribution de tendances. Afin de les rendre accessibles au plus grand nombre.” S’il est encore trop tôt pour en tirer des conclusions définitives, l’exemple de Dijon, qui a connu l’implantation d’un magasin Ikea en août 2005, prouve en tout cas que l’enseigne suédoise élargit de façon notable la zone de chalandise du meuble et de ses accessoires et qu’elle conduit les intervenants du marché à affiner en permanence leur positionnement


Trois chiffres

Part de marché 2006 dans le meuble : 16 % (+ 1,4 %)
Evolution du CA entre 2005 et 2006 : + 14,3 %
Panier moyen 2005 : 735 € (-0,7 %)