Dossier - Vins : atouts et opportunités

VINS DU VAL DE LOIRE

L’innovation au centre de nouvelles stratégies

A l’instar de la filière viticole française, celle du Val de Loire doit relever plusieurs défis pour contrecarrer la chute de la consommation nationale et se développer à l’export avec une offre adaptée, particulièrement pour les vins rouges. Jacques Couly, dirigeant de l’entreprise Couly-Dutheil, président de la commission communication à Interloire et membre de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Touraine, revient sur les spécificités, les évolutions et les réponses concrètes du vignoble ligérien

2 - Sam Harrop ; Photo : D.R.

L'effritement des parts de marché des vins rouges du Val de Loire est une problématique sur laquelle travaille beaucoup Interloire. Conscient de la nécessité d’aller davantage à l’export, une opération sans précédent a été lancée sur l’ensemble du vignoble avec la création d’un réseau expérimental pour le millésime 2005. Le but : élaborer des rouges de Cabernet franc qui correspondent aux évolutions de goût et de comportement des consommateurs. Pour mieux vendre à l’étranger, nous avons en effet intérêtà modifier notre attitude et à savoir notamment ce que veut le Royaume-Uni, premier marché viticole. D’où l’idée d’aller chercher l’expertise ailleurs en faisant appel au néo-zélandais Sam Harrop, ex-acheteur chez Mark & Spencer, consultant Master of Wine et expert des marchés anglo-saxons. Ainsi, depuis deux ans, ce spécialiste international collabore avec le réseau composé de vignerons, des chefs de centre Tours et Angers de l’INAO (Institut National des Appellations d’Origine), des Chambres d’agriculture Anjou et Touraine et de membres élus d’Interloire. Dans cette démarche nouvelle, démarrée avec le millésime 2005, les vignerons ont appliqué les grandes règles en matière de maîtrise de la vinification ; il ne s’agit pas de remettre en cause leur savoir-faire, mais de leur mettre le doigt sur les points essentiels en type et style de vin pour être en phase avec les attentes de la clientèle..

Changement de philosophie.
Il faut retenir que l’influence des pays commercialisant les vins du “nouveau monde” s’est traduite sur le marché anglais par des vins plus sucrés et plus fruités ; ils sont par ailleurs consommés en dehors des repas et, donc, capables de séduire seuls. Leur statut est ainsi bien différent du vin français qui est, lui, un complément, “une harmonie avec”.
D’où la nécessité de le modifier profondément afin de mieux le vendre à l’export. La problématique est relativement simpleàrégler pour les rosés ou pour certain blancs, car ces derniers offrent déjà une certaine teneur en sucre. En revanche, cela est beaucoup plus compliqué pour les rouges. Pour y parvenir, il faut avoir des vendanges plus mûres, des vins davantage sur le charnu et le fruité, moins sur le tanin, et de consommation plus rapide.
Autant d’aspects qui impliquent évidemment un changement radical de philosophie. La mission confiée à Sam Harrop est claire : elle est de nous conseiller pour être en phase avec les nouvelles attentes des clients, notamment des Anglais.
Une quinzaine de viticulteurs se sont prêtésà l’expérience en 2006. La presse anglaise ainsi que les opérateurs britanniques ont été étonnés de la remise en cause effectuée par les vignerons ligériens. Les résultats obtenus avec le millésime 2005 ont permis de séduire. C’est un premier essai réussi. Mais il doit être transformé avec le millésime 2006, qui est moins facile.
Parallèlement, le “Club Cabernet” a été créé, ouvert à tous ceux qui estiment que leur vin peut être éligible à l’export. Actuellement, il est procédé à une présélection de ceux qui semblent aptes à être des ambassadeurs. Au travers de cette action, une seconde révolution est en marche en personnalisant les vins qui sont produits. En effet, traditionnellement lors des dégustations, les vins sont anonymes. Là, ils sont clairement identifiés au moment de tester leséchantillons. Il s’agit d’une manière plus positive d’attaquer le marché.
En ce qui concerne les Etats-Unis, l’action est essentiellement collective. Des mini -expositions sont organisées à San Francisco, Seattle et Los Angeles, en mai. La finalitéest de faire connaître les vins du Val de Loire, de les commercialiser chez les restaurateurs et de trouver des distributeurs.

Vers deux univers.
Certes, dans cette conquête commerciale hors des frontières hexagonales, le Val de Loire démarre avec un double handicap lié, d’une part, au retard pris par rapport à d’autres régions, d’autre part, aux structures des entreprises viticoles peu ou pas adaptées. A titre d’exemple, chez Couly-Dutheil, si tout est bien organisépour le marché français, l’équivalent n’existe pas pour les ventes à l’étranger. Pour notamment y remédier, un commercial pour l’export a été embauché, ainsi qu’un collaborateur en VIE (Volontariat International en Entreprise) en commun pour la Chine.
Mais le vignoble ligérien dispose aussi d’atouts importants grâce à toute une palette de vins permettant une offre large et un bon rapport qualité/prix. Petit à petit, les professionnels de la filière comprennent tout l’intérêt qu’il existe à communiquer d’une seule voix.
Chacun est aujourd’hui conscient de l’importance de la marque pour réussir tant sur le plan du marketing que de la communication. Ainsi, à partir de juin 2007, le pays du Muscadet va rejoindre l’Interprofession des vins du Val de Loire. Prochainement, une nouvelle appellation pour un vin de pays du Val de Loire va voir le jour - l’appellation regroupera les vins de pays et des productions aujourd’hui sous AOC qui souhaitent, au regard de leur marché, disposer de conditions de fabrication plus souples, laissant place notamment à l’utilisation des innovations technologiques, Ndlr.
Globalement, le marché vini-viticole s’oriente vers deux univers ; dans l’un, le vin demeurera un particularisme, une rareté, dans l’autre, il sera une boisson adaptée au plus grand nombre de consommateurs. Deux types de produits seront ainsi à terme proposés sur le marché, les vins commerciaux d’un côté et les vins plus rares de l’autre, qu’il faudra gérer de façon pointue.


Naissance d’un Club export

“Parce que bien adaptés à la demande, les vins du Val de Loire - historiquement vendus sur le marché parisien - n’ont jamais eu vraiment la nécessité d’aller chercher de nouveaux débouchés hors frontières avant la crise de la consommation du vin en France.

Christian Brault, dirigeant de la Bouchonnerie La Jocondienne à Joué-les-Tours et vice-président de la CCI de Touraine - Photo : A.B.

Pour autant, il existe au sein de la filière ligérienne des professionnels parfaitement rompus aux techniques de l’export. Des appellations connaissent un succès bien réel à l’international et les nouvelles générations de viticulteurs qui s’installent ont beaucoup voyagéet maîtrisent les règles du marketing. C’est ce constat qui a donnéà Jacques Couly l’idée de créer, avec l’aide de la CCI de Touraine, un Club pour ouvrir l’export au plus grand nombre. Le but est de profiter de l’élan pris dans le domaine par le vignoble du Val de Loire pour faire face à la concurrence mondiale, puissante et structurée. Le club en est à ses prémices.
Pour l’instant, un appel est lancéà tous ceux qui, en Touraine, ont la volonté d’exporter et un audit est en cours auprès de ceux qui exportent. Il s’agira ensuite de fédérer viticulteurs et négociants pour constituer uneéquipe de professionnels à la fois soudés et dotés d’une culture de l’export. Le club accompagnera ses membres dans des actions aussi variées que les expositions et salons, la recherche de distributeurs, la connaissance des zones de chalandise et des us et coutumes des pays cibles…”


 
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