|
Vins, atouts
et opportunités
 |
| Photo : D.R. Interloire |
Engagement.
Le contexte difficile du marché du vin n’empêche pas
le vignoble du Val de Loire, troisième de l’Hexagone en volume, d’afficher
de bons résultats. Les efforts engagés par les acteurs de la filière
depuis plusieurs années semblent porter leurs fruits. Il en va de même
pour les actions menées en faveur du développement du tourisme viticole.
Annie Blanchet
 |
| Photo : D.R. Interloire - Gilles d’Anzac |
La performance mérite d’être soulignée.
Selon les chiffres communiqués
par Interloire sur la campagne viticole
2005-2006, les sorties de chais des vins de
l’Anjou, du Saumurois et de la Touraine
n’ont jamais été aussi élevées depuis quinze
ans avec 1,55 million d’hectolitres. La
croissance en volume (+3,6%) se poursuit
et atteint 6,5% sur les cinq dernières
campagnes. “A l’export, avec une progression
globale de 7% en volume et en valeur,
les résultats sont bons partout, sauf au
Royaume-Uni, le marché le plus compétitif
du monde ! Le bilan de la stratégie export
mise en place pourra être tiré fin 2008 et
2007 sera une année charnière”, commente
le chef de marché export au comité interprofessionnel, Pierre Pichot..
 |
| Photo : D.R. Interloire - Gilles d'Anzac |
Bien sûr, il s’agit là d’une vue générale.
Le tableau est plus nuancé lorsque l’on
s’approche de près pour l’étudier dans les
détails. Ainsi pour les vins rosés, le vignoble
affiche une évolution positive depuis 2000
grâce au Cabernet d’Anjou principalement.
Sur le marché intérieur où la consommation
des rosés est croissante, tant en grande
distribution que sur des marchés de niche,
des appellations aux faibles volumes
poursuivent leur essor comme par exemple
Chinon (+12%), Bourgueil (+10%),
Touraine Noble Joué (+28%), Touraine
Mesland (+41%) ou Saint-Nicolas-de
Bourgueil (+18%). Toutefois à l’export,
alors que les rosés deviennent “tendance”dans nombre de pays, le Rosé d’Anjou ne
perce pas au Royaume-Uni et le Rosé de
Loire stagne.
Retour à la croissance.
Après
une année 2005 difficile, les vins blancs
retrouvent la croissance (+7,1%), en particulier
pour le Touraine qui représente plus
du tiers des volumes produits. Mais pour
cette appellation, le dernier bilan de campagne
est cependant mitigé : si les sorties
de chais sont en hausse (+8%), le niveau
de commercialisation reste toutefois
inférieur à ce qu’il était auparavant. Quant
au Vouvray, il offre toujours un résultat
positif (+18%) alors que ses exportations
ont diminué.
| Les vins de fines bulles ont progressé de 46% en trois campagnes |
|
Autre moteur de croissance du vignoble,
les vins de fines bulles qui ont progressé de 46% en trois campagnes. Les deux
principales appellations, le Vouvray et le
Saumur, demeurent sur un niveau de
commercialisation identique à celui de
2004-2005 où elles avaient progressé respectivement de 36% et 20%. Quant au
Crémant, il connaît un véritable “boom” grâce au doublement des volumes pour le
Crémant de Loire (les quantités à l’international
ont triplé en moins de 4 ans) età la croissance (+30%) de l’appellation
Touraine qui atteint ainsi son meilleur
niveau de vente depuis 2000.
Enfin, les vins rouges, premier débouché du vignoble, se replient pour la 5e année
consécutive (-16% depuis 2000). On observe
cependant le retour à la croissance pour
les appellations les mieux valorisées comme
Saint-Nicolas-de-Bourgueil (+7%) et
Chinon (+1%). Et si les volumes à l’export
ont effectivement tendance à progresser, ils
restent toutefois insuffisants pour contrecarrer
la baisse du marché français sur lequel
sont consommés 95% des vins rouges de
l’Anjou-Saumur-Touraine.
Choix d’un positionnement.
“Essentiellement composé de très petites
entreprises, le monde de la viticulture en
France n’a pas perçu ces quinze dernières
années les évolutions nécessaires pour
affronter la compétition mondiale. Les
viticulteurs ont été bien formés dans les
lycées viticoles, mais sur la variable produit
essentiellement”, commente Philippe
Callot, professeur de marketing à l’Escem.
Il livre plusieurs pistes de solutions pour
faire face à la nouvelle donne globale du
marché du vin et pour profiter de la
croissance de la demande mondiale. Mais
l’essentiel en marketing consiste d’abord à hiérarchiser ses priorités pour se donner
les moyens d’agir. Ainsi, privilégier le
couple produit-marché lorsque “la cible
du marché visé est identifiée, en adéquation
avec ce qu’on élabore ; une seule cible est
dans ce cas travaillée pour éviter toute
dispersion.” Une autre stratégie est la
spécialisation par marché : “Le marché est
en phase avec la production. On propose
alors la gamme complète de ses produits.”
Al’opposé, peut être retenue la spécialisation
par produit : “On se focalise sur
un style de vin, car on a observé que tels
pays le recherchent ardemment. Un seul
produit est proposé pour des marchés
similaires. Ce qui suppose de produire un
vin difficilement imitable et suffisamment
homogène.” Enfin, faire le choix de la
spécialisation sélective pour se positionner
sur des segments de clientèle différents.
“On va élaborer une gamme de produits
qui va parfaitement convenir à la réalité de chaque marché identifié. Dans cette
approche, il faut s’appuyer sur les réseaux :
Interloire, CCIT… afin de bien adapter
l’offre aux goûts de la clientèle La clé est
la connaissance du consommateur.”
Et vers quels pays exporter aujourd’hui ?
Selon Philippe Callot, outre ceux traditionnellement
importateurs (Royaume-Uni,
Etats-Unis…), l’élargissement de l’Union
européenne ouvre de nouvelles perspectives.
 |
| Vignoble d'Anjou-Saumur-Touraine :
La palette de couleurs |
Aussi est-il intéressant d’anticiper sur
des marchés comme la Roumanie, les pays
baltes ou scandinaves où les vins du Val de
Loire peuvent s’adapter à la demande. “Les
enjeux sont là, mais pas forcément en
Europe : en Chine, par exemple, où160 millions de Chinois ont un revenu
équivalent aux Européens.”
Enfin, une autre idée, déjà appliquée,
consiste à s’implanter dans les pays où la
consommation de vin est à la hausse, Chine,
Chili, USA… “La solution est d’y faire du
business seul ou en rapprochement avec
l’entreprise locale qui apporte ses surfaces
de vignes, ses structures…”
Attractivité touristique..
Les
rendez-vous de Fontevraud, organisés en
juin dernier par Interloire et auxquels s’est
associée la CCIT, ont confirmé la volonté de renforcer l’attractivité du vignoble du
Val de Loire par une offre structurée et
qualitative. “80 sites de vignerons ont été depuis inventoriés et labellisés « Caves
touristiques » en Indre-et-Loire. Ces
professionnels se sont engagés en signant
une charte qualité, et certains proposent
des services supplémentaires : hébergement,
camping-cars, musée…”, explique Anne-
Sophie Lerouge, chef de projet tourisme
d’Interloire. Les escapades dans le vignoble
sont une autre opération pertinente menée
par le secteur viticole. Onze circuits sont
programmés, dont celui de Vouvray, Chinon
et Azay-le-Rideau, pour le premier weekend
de septembre 2007. Enfin, Interloire et
la Mission Val de Loire poursuivent dans
le cadre du programme Vitour la création
d’une offre touristique réunissant les sept
vignobles européens inscrits au Patrimoine
mondial de l’Unesco. Des parcours est et
ouest sont en cours de réalisation avec des
visites ponctuées de vignobles pour associer
découverte de paysages et moments festifs.
“Ce sont autant d’actions qui contribuent à créer cette image de vignoble touristique
que l’on n’a pas en Val de Loire.”
Dans le même esprit, Odile et Jean Ligeard,
viticulteurs à Sainte-Maure-de-Touraine
(7 hectares de vignes de Cabernet franc
vendu en direct) concrétisent leur projet
d’aménagement dans le site troglodytique
de la Peuvrie. Celui-ci a la forme, rare, d’une
grande cave à ciel ouvert. Les galeries de
cette ancienne carrière de pierre ont été par
le passé transformées en caveaux et en four à pain. Du lierre, des buis et des lilas se
sont développés sur le sommet de ce puits
de 10 mètres de diamètre et 8 mètres de
profondeur, renforçant ainsi son originalité.
“Depuis 1993, nous l’utilisons pour des
réceptions, expositions portes ouvertes et
dégustations de vins pour les touristes.
Tous les ans, La Commanderie du fromage
AOC de Sainte-Maure-de-Touraine y tient plusieurs chapitres”, racontent Odile et
Jean. Les travaux vont notamment
permettre de doter le site d’une couverture
mobile, sorte de parapluie inversé, pour
parer aux intempéries. “L’objectif est de
développer un espace d’accueil et de
production culturelle en rapport avec
l’image touristique du pays du Chinonais
et du terroir de Sainte-Maure-de-Touraine.” Le Département, la commune de Sainte-
Maure et le Pays du Chinonais financent
pour partie l’investissement d’un montant
de 47 000 €HT.
 |
| L'Auberge de Jable - Photo : D.R. |
Pédagogie à la clé.
Douze hectares
de vignes d’appellation Touraine, un de
bois, un autre clos de murs, et le reste en
terres agricoles, c’est le lieu exceptionnel
choisi par Carol et Philip Schilling,àLémeré (entre l’Ile-Bouchard et Richelieu),
pour y installer et ouvrir l’Auberge de Jable
en août 2005. Ils se sont lancés en
“plaquant” Paris et leur métier de
décoratrice et photographe publicitaire.
“Nous avons aménagé et décoré la salle
à manger - avec vue imprenable sur les
vignes - pour donner l’impression aux
clients d’être comme chez des amis”,
expliquent-ils. Produits de terroir et vins
de Loire accompagnent les plats classiques
et sophistiqués concoctés par Philip. Pas
de menu, mais une carte qui change chaque
week-end. Et déjà, un autre projet est en
cours : “La transformation des bâtiments
anciens en un complexe touristique pour
offrir hébergement, repas à l’auberge,
séminaires, cinéma en plein air… et, ce
qui n’existe pour l’instant nulle part
ailleurs, la possibilité d’avoir la jouissance
et l’entretien d’une vigne. Pendant une
année, le client assure le suivi d’un rang
de vigne jusqu’à la bouteille. L’opération,
qui impose de faire de la pédagogie sur un
produit culturel, sera menée avec un
vigneron.” Les devis sont calés, les artisans
sont prêts pour effectuer les cinq mois de
travaux nécessaires, affirment Carol et
Philip Schilling.
 |
| Photo : D.R. |
|