Enseignement Supérieur /
Entreprise
un rapprochement
nécessaire
Compréhension.
L’université et l’entreprise doivent-elles changer pour que tous les étudiants
puissent accéder à l’emploi ? C’est ce que semblent peu à peu admettre les acteurs
des deux univers d’ailleurs de plus en plus perméables l’un à l’autre. Les partenariats existant
déjà entre la CCI de Touraine, l’Escem Tours-Poitiers et l’université François-Rabelais
tendraient à le prouver. Même s’il reste encore beaucoup à faire
Patrick Chateau
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1. François Duvergé - Photo : P.C.
2. Michel Lussault - Photo : D.R. |
Les diplômes à l’épreuve du chômage” : sur ce thème, en
novembre dernier, la CCI de Touraine et la CRCI Centre
accueillaient le 12e Carrefour de la formation, organisée par
l’Assemblée des chambres françaises de commerce et d’industrie.
En faisant le choix de retenir un thème d’actualité, le réseau
des CCI - 2e opérateur de formation* en France après l’Education
nationale - entend participer à la réflexion sur la pertinence du
système d’orientation professionnelle des jeunes, le renforcement
des liens écoles-entreprises, la professionnalisation de l’université
ou encore le nouveau concept de “sécurisation des parcours”.
La qualité de la formation des étudiants est justement au centre de
la réflexion engagée par François Duvergé, directeur de l’ESCEM
Tours-Poitiers. Ses conclusions ont fait l’objet d’un livre blanc
destiné à réduire les faiblesses de l’enseignement supérieur français.
“Je souhaitais rendre justice aux grandes écoles trop souvent
affublées de clichés et montrer la richesse pédagogique d’établissements
qui ont extraordinairement évolué sous la pression de la
concurrence”. Selon François Duvergé, ce livre les a aidées à
mieux prendre conscience de ce qu’elles représentent. Il avait également
pour objectif de rappeler la dimension “professionnalisante”
qui fait leur succès ; notamment grâce à leurs formations en lien
étroit avec les besoins du marché... “Je tiens tout de même à
préciser que ce ne sont pas les entreprises qui commandent.
Néanmoins, nos relations sont très étroites : nous discutons ensemble
de l’adéquation au marché de chaque spécialité enseignée et des
professionnels interviennent régulièrement dans nos cours.”
Liens étroits.
Un rapprochement que revendique Michel
Lussault, président de l’université François-Rabelais. “Voilà une
quinzaine d’années qu’il s’étoffe, explique-t-il. La pertinence
pédagogique de chaque nouveau diplôme professionnel habilité
au niveau national est certifiée par des entreprises du secteur
concerné. De plus, nous réservons entre 20 et 30 % des cours aux
personnels qui en sont issus”. Sur 8 000 étudiants diplômés de
l’université, 3 500 détiennent un titre professionnel. “De ce point
de vue, nous répondons nécessairement aux attentes du milieu
économique. Pour autant, n’ayons pas une vision trop linéaire
entre formation et besoins supposés des entreprises.” Grosse
structure offrant une grande variété de filières, l’université et son
président défendent les enseignements “généraux” davantage
appuyés sur le savoir académique. “Certains seraient tentés de
dire qu’ils ne servent à rien, ajoute Michel Lussault. Pourtant, ils
mènent vers les concours permettant d’enseigner, de travailler dans les métiers de services à la personne, voire dans la fonction
publique territoriale ; un secteur qui sera gros pourvoyeur d’emplois
au cours des dix prochaines années”. Lieu de capitalisation et de
transmission des savoirs, l’université devrait, selon lui, trouver
son équilibre entre ces deux exigences. “Je suis volontaire pour
accroître ce rapprochement avec le milieu économique : nous en
avons besoin pour éclaircir de nombreux malentendus existant
de part et d’autre, explique-t-il. Néanmoins, il ne doit pas nous
rendre soluble dans ses préoccupations”.
Centres de recherche intégrés.
Il suffit de citer les
noms d’entreprises telles que STMicroelectronics, Vermon,
Hutchinson, Safety... pour s’apercevoir que cette collaboration
est bien engagée au travers de centres de recherche communs. “On
ne peut imaginer de développement économique autre que
s’appuyant sur la formation supérieure de haut niveau, commente
Serge Babary, vice-président de la CCI de Touraine, en rappelant
les nombreux échanges engagés avec l’université (Sésame stages,
coordinations recherche-application dans les PME, journées portes
ouvertes, conférences...). Il est important de protéger cette matière
grise qui assure des retombées positives sur l’ensemble de notre
économie locale et régionale”.
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Serge Babary
Photo : P.C. |
Cependant, Serge Babary milite
pour un système de formation fort et adapté aux attentes de
l’entreprise. “A l’image d’une
grande école comme l’ESCEM,
parfaitement connectée au
terrain, l’université doit pouvoir
bénéficier d’un partenariat
bien compris entre ceux qui
offrent l’emploi et les formateurs.
Le système est perfectible
par évolution réciproque :
l’entreprise doit admettre l’universalité
de l’enseignement
universitaire et l’université
comprendre la nécessité pour
les étudiants de trouver un
emploi et un bon salaire”.
Plan Marshall. Où réside alors cette différence entre université
et grandes écoles présentée comme fondamentale par nombre
d’observateurs de l’enseignement supérieur ? D’après François
Duvergé, l’université française pâtirait moins d’un problème de
positionnement que de moyens, “car elle gère des flux sans
commune mesure avec les nôtres”. Il préconise donc d’orienter
les élèves très en amont du système éducatif afin de réduire les
inégalités culturelles. Autre piste : proposer un “Plan Marshall”
de l’enseignement supérieur pour lui octroyer des moyens
supplémentaires. Et enfin donner l’autonomie indispensable au
président d’université qui ne doit plus rester un arbitre.
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| Photo : DR - EyeWire
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“L’argent
sans la gouvernance n’est rien”, ajoute-t-il. Plus clairement, les
présidents d’université doivent-ils disposer des pouvoirs leur
permettant, par exemple, de créer des filières offrant des débouchés
et de fermer celles aboutissant au chômage ? “Je suis convaincu
que nos universités ont la capacité d’évoluer et de faire face à
une concurrence
internationale
de plus
en plus féroce,
conclut
François
Duvergé. Une
fois évacués
les discours de
façade, nous
pourrons de plus
en plus fréquemment
travailler ensemble. Au
final, les étudiants ont tout
à y gagner”.
* 500 établissements, 30 000 enseignants et formateurs, 500 000 personnes
formées dont près de 100 000 apprentis et 100 000 étudiants de
l’enseignement supérieur.
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Les propositions des CCI
“La France fait partie des mauvais élèves de l’Union européenne
en matière de chômage des jeunes (15/24 ans) entrés
dans la vie active ; avec 22 %, elle est largement au-dessus
de la moyenne européenne”. L’Assemblée des chambres
françaises de commerce et d’industrie (ACFCI) s’est d’abord
interrogée sur les freins qui empêchent le système éducatif
et d’enseignement supérieur français d’être efficace dans sa
globalité - en dépit de l’excellence de certaines filières (grandes
écoles et universitaires). Elle a donc émis un certain nombre
de propositions pour “réussir enfin l’insertion professionnelle
des jeunes”. Ainsi, selon elle, pour éviter le parcours d’échec,
trois voies d’actions majeures s’imposent.
- Repenser et réorganiser profondément l’orientation. Il
s’agit de : décloisonner les systèmes d’orientation en un
lieu virtuel unique ; d’évaluer l’adaptation des formations
aux compétences du jeune “pour mettre fin à la raison
première d’échec en première année d’enseignement supérieur”
; d’orienter en s’assurant de la motivation de l’intéressé
“premier moteur d’un parcours réussi”.
- Professionnaliser et adapter l’offre de formation aux
évolutions de son temps. L’ACFCI souhaite : renforcer la
professionnalisation des études en densifiant l’offre en alternance/
apprentissage et en clôturant tout cursus par une
année en alternance ; donner aux universités l’autonomie
nécessaire dans la gestion de leurs diplômes et de leurs
capacités d’accueil ; améliorer la connaissance réciproque
entre monde de l’enseignement et univers économique.
- Renforcer la formation tout au long de la vie. Il serait question
de : réintégrer la formation comme un instrument de la
construction des parcours professionnels permettant les
réorientations et formations complémentaires successives ;
renforcer l’accompagnement des entreprises pour systématiser
le recours à la formation tout au long de la vie.
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