Stragégie / Solutions

Formation préventive aux risques liés à l’activité physique

Innovation.
La formation du personnel pour faire face aux risques liés à l’activité physique peut constituer une réelle solution de prévention pour le salarié et d’économies pour l’employeur. A l’instar de celle, novatrice, initiée par un chef d’entreprise tourangeau avec l’aide de formateurs-kinésithérapeutes. Elle est applicable à toutes les professions

Annie Blanchet


Jean-Claude Brossier - Photo : A.B.

Certes, selon les secteurs d’activité, les entreprises sont plus ou moins touchées par les problématiques de santé au travail. Pour autant, quel que soit le métier, certains efforts ou gestes répétés plusieurs fois par jour et dans une position déconseillée pour le corps provoquent les mêmes symptômes : inflammations de tendons, pathologies musculaires, compressions nerveuses, dégénérescence de la colonne vertébrale... Sont ainsi touchés le technicien transportant des matériaux ou travaillant à la chaîne de production jusqu’au cadre ou la secrétaire lisant sur l’écran de son ordinateur. La grande majorité de ces troubles conduit le plus souvent à l’arrêt maladie. Sur ce point, les chiffres de la Caisse nationale d’assurance- maladie (CNAM) sont particulièrement éloquents. En 2005, plus de 28 000 cas de troubles musculo-squelettiques (TMS), ont été indemnisés. Ils sont, de plus, en constante évolution : en 2001, ils n’étaient que 15 900. Une progression qui place la pathologie au premier rang des maladies professionnelles en France.

Education posturale et comportementale : les entreprises ne doivent plus fermer les yeux sur le phénomène dont les conséquences peuvent être lourdes, absentéisme, désorganisation des services en interne, frais de remplacement et de réinsertion du salarié à son retour, sans oublier, bien sûr, le coût financier des arrêts maladie, des cotisations accidents du travail (AT) et de la redoutée maladie professionnelle. Les employeurs sont encore peu nombreux à se pencher réellement sur les maladies professionnelles. “Une formation préventive est pourtant aussi indispensable que celle mise en place pour les risques aux accidents du travail. Il y a dix ans, la démarche sécurité était perçue comme une charge supplémentaire pénalisante. Aujourd’hui, plus personne ne pense ainsi”, observe Jean-Claude Brossier qui dirige la société indépendante Jérôme basée à Tours, spécialisée dans les travaux publics et le génie civil (170 salariés). Avec le concours de formateurskinésithérapeutes libéraux, il a contribué à mettre au point une formation originale pour prévenir les risques inhérents à l’activité physique. Il l’a testée sur l’ensemble de son personnel - chantier et administratif, exécution et encadrement - début 2006. “Dans notre secteur d’activité, la majorité des salariés a mal au dos. L’exercice de métiers très physiques fait considérer le fait comme une fatalité. Or, il faut absolument sortir de cette logique. Il y a trop d’employés cassés, usés, fatigués, trop de pathologies qui conduisent à des inaptitudes au travail”, explique l’entrepreneur tourangeau. “Les sportifs s’échauffent, s’entraînent, se ménagent. Pas nos professionnels !” Plutôt que de formation, Jean-Claude Brossier préfère la notion d’éducation posturale et comportementale au travail. La solution qu’il soutient se distingue du traditionnel, et surtout technique, stage gestes et postures visant à éviter le mal au dos, “qui a fait la preuve de son inefficacité au moment de la mise en pratique sur les chantiers.”

Séance de formation des salariés dans les entreprises - Photo : D.R.


Retour sur investissement.
En 2006, six PME se sont lancées dans la démarche. Quelque trois cents personnes ont bénéficié de la formation d’une durée de deux jours, temps minimum pour leur donner la possibilité d’intégrer et d’appliquer la gestuelle spécifique et permettre un comportement plus conscient. Dans le même temps, l’employeur se met en règle avec la loi (décret du 03/09/92) qui impose de former tout salarié effectuant régulièrement de la manutention. Parmi les entreprises ayant mis en place le dispositif, figurent celles qui oeuvrent dans le secteur du bâtiment. Ces dernières sont sensibilisées à la problématique de prévention par l’AREF, organisme de formation dont Jean- Claude Brossier est un des administrateurs pour la région. Cette année, l’Aforproba de Tours, centre de formation des jeunes apprentis du BTP, devrait intégrer ce module spécifique. Dans tous les cas, les objectifs poursuivis sont les mêmes : la diminution des maladies professionnelles et des AT, donc des absences, et par voie de conséquence, la baisse des cotisations, ainsi que le développement d’une image plus positive des métiers physiques. Le Centre a été choisi comme région pilote pour mener cette action de prévention. “La formation est applicable à l’ensemble des activités professionnelles.” Si la prise de conscience se fait jour, des freins existent cependant, entre autres, pour des raisons économiques. “Cela a bien sûr un coût : de 200 à 300 euros par personne tout compris (coût pédagogique, salaire et visites avant et après les journées de formation). Mais il faut le comparer à celui, direct et indirect, d’un arrêt de travail”, précise encore Jean-Claude Brossier.

L’évolution des cas de troubles musculosquelettiques (MST) indemnisés par la CNAM Source : CNAMTS.


Une formation inscrite dans la durée

Paul Durix est l’un des formateurs-kinésithérapeutes sélectionnés par Jean-Claude Brossier pour assurer la formation “Education posturale et comportementale au travail”. Programmée sur deux journées, son intervention s’articule autour de la découverte du corps, de l’écoute du ressenti, des étirements et de la récupération après l’effort. La visite préparatoire est fondamentale pour que le formateur s’imprègne des différents métiers et s’adapte au contexte spécifique de l’entreprise. “La direction, les ressources humaines, le médecin du travail, le CHSCT, mais aussi les salariés sont consultés, les statistiques d’accidents examinées. La formation proprement dite commence par une écoute de chacun, une interrogation sur les douleurs ressenties... Une place importante est laissée au dialogue”, explique Paul Durix. “Tout est tourné vers le salarié, qui bénéficie d’un bilan personnalisé de ses risques. Ce bilan sert de fil directeur tout au long de la formation et constitue un audit pour l’entreprise en matière de risques lombalgiques ou TMS.” Le recueil de tous ces éléments permet de procéder à une analyse fine des différentes situations de travail et de construire la formation. “L’éducation posturale consiste d’abord à faire sentir puis à expliquer comment fonctionne son corps, à quels efforts il est soumis, et à alerter sur les comportements inadéquats. La formation est essentiellement pratique. Il s’agit d’apprendre à changer son comportement, de savoir gérer ses efforts, se détendre ou s’étirer au moment des pauses, jours de repos... et, au final, de se responsabiliser.” Les deux jours s’achèvent par une importante application sur site et une réflexion sur la gestion du stress, l’hygiène de vie, la pratique sportive... Et après ? Quelques mois plus tard, le formateur-kinésithérapeute se rend de nouveau sur les chantiers et dans les bureaux pour continuer ses observations, confirmer les conseils et la pratique. Plusieurs jours sont consacrés à ces retours sur expériences. Un bilan de l’action est fait avec la direction. “Evidemment, faire évoluer les comportements et les statistiques de l’entreprise ne se fait pas d’un coup de baguette magique. Des journées « piqûre de rappel » seront nécessaires !”