Dossier / Leur consommation d’eau a baissé


Leur consommation d’eau a baissé

Lagune ­ Cartonnerie Oudin
(Photo : D.R.)

Contrôle.
Réduire sa consommation d’eau, c’est possible. Du simple contrôle à l’implantation de systèmes d’économie plus conséquents, il existe un large panel d’interventions possibles. Elles sont synonymes d’économie financière et de préservation de la ressource. Voici, à titre d’exemples, les initiatives prises dans quatre secteurs d’activités grosses consommatrices d’eau

Propos recueillis par Patrick Chateau


2 - Catherine de Colbert – Cartonnerie Oudin
(Photo : P.C.)
3 - Cycle d’assainissement
(Photo : D.R.)
4 et 5 - Guy-Pascal Pornet – Multisigne
(Photo : P.C.)

La cartonnerie Oudin assume sa part de responsabilité au regard de l’environnement : réduction de la consommation d’eau, qualité et maîtrise des rejets.” De la trituration et du broyage de vieux papiers avec de l’eau jusqu’à l’expédition des cartons plats ou en bobines, rien n’est laissé au hasard. Entreprise familiale et indépendante implantée en Touraine depuis 1870, à Truyes, cette entité de 90 salariés produit 26 000 tonnes de carton à base de fibres cellulosiques de récupération. “L’eau prend toute son importance dès cette première étape, précise Catherine de Colbert, directeur administratif et financier. Sans elle, pas question de défibrer cette matière première, ni donc de la transformer en pâte.” Une source d’un débit d’environ 100 m3/heure provenant d’une nappe superficielle traverse le site et permet de faire face aux 600 m3 consommés chaque jour à destination du process, le reste étant utilisé pour le nettoyage, le refroidissement des garnitures et la production de vapeur. “L’eau représente une donnée stratégique et culturelle car le respect de l’environnement est viscéralement ancré dans notre démarche, ajoutet- elle. Nous investissons régulièrement pour préserver et améliorer cette ressource.” En 1964, Oudin employait 80m3 pour fabriquer une tonne de carton (soit 1 600 m3/j). En 2005, 25 m3 - majoritairement issus d’opérations de recyclage - suffisaient pour cinq tonnes par heure. En octobre 2003, un groupe de travail a été chargé de réduire la consommation et de détecter les fuites. Un contrôle régulièrement effectué depuis. Et le personnel a été sensibilisé à l’économie d’eau ; notamment pour penser à fermer les vannes. La responsabilisation passe par le calcul de la quantité consommée lors de chaque changement d’équipe. Sur les coupeuses et dévidoirs à bobines, certaines garnitures de frein ont été changées par d’autres refroidies à l’air et non à l’eau. Entre 2003 et fin 2005, la consommation a diminué de 30 %. Le réseau des eaux industrielles aboutit dans une lagune de traitement creusée en 1996. Un premier bassin de 600 m3 est fortement aéré par huit hydro injecteurs alimentés par deux pompes. Un second bassin tampon de 3 000m3 est équipé d’un piston et de quatre hydro injecteurs avec lesquels les effluents sont réoxygénés... et régulièrement analysés par la DRIRE. “Grâce à cette lagune, la DCO, ou demande chimique en oxygène, a été réduite de 80 %”, conclut Catherine de Colbert.

Les bactéries au travail. Au chapitre Environnement de sa plaquette, l’entreprise de sérigraphie Multisigne à Joué-lès-Tours évoque “une station d’épuration des rejets par bactéries qui lui confère une avance environnementale.” Voilà qui semble évident aujourd’hui. Mais sa mise en place fut moins aisée qu’il n’y paraît. Pourtant, l’installation était indispensable pour gérer les 20 à 27 m3/jour servant à laver quelque 200 écrans (ou plaques offset) de grande taille. La cinquantaine de salariés les emploie pour créer des affiches de 4 m x 3 m, de la PLV, des autocollants, des faces avant de machines... “Allions-nous continuer à utiliser de 160 à 200 m3 quotidiens pompés dans la nappe phréatique ? interroge Guy-Pascal Pornet, le créateur de cette entreprise. Et, comme souvent dans la profession, respecterionsnous le taux de DCO exigé en augmentant cette consommation plutôt qu’en traitant nos rejets ?” Multisigne a donc fait appel à Philippe Brylinski, ingénieur du cabinet Thérius, pour réduire sa facture d’eau tout en traitant ses rejets. Un système devenu opérationnel lors de la prise de possession de ses nouveaux locaux de la Liodière en avril 2005. L’idée : mettre en place une chaîne de lavage en cascade. Ainsi, seulement 60 litres d’eau propre sont injectés en bout de processus pour le dernier rinçage, contre 800 à 1 000 litres précédemment. L’eau utilisée pour le dépouillage (avant impression) est filtrée et revient dans le circuit pour le dégravage (troisième lavage avant impression). Les deux premiers lavages se déroulent en circuit fermé avec un mélange eaulessive. L’excédent coule dans un décanteur avant d’être stocké puis retraité. L’eau du dégravage est également filtrée pour servir au quatrième lavage. Enfin, c’est l’eau propre ayant servi au dernier rinçage qui est réinjectée en cascade dans les étapes précédentes. Parallèlement, la maîtrise de consommation d’eau a été assurée par des compteurs placés sur chaque alimentation, ainsi que des boutons poussoirs et des doubles-chasses sur les installations sanitaires.

Les eaux des différents postes industriels parviennent à une station de prétraitement de type biologique. Une première cuve tampon de 35 m3 homogénéise les effluents par brassage. Ils poursuivent leur périple dans un réacteur biologique de 55 m3. Enfin, ils se retrouvent dans un décanteur de 7 m3 (débit 1,5 m3/heure) avant de partir vers la station d’épuration intercommunale. Une caractérisation des effluents est aussi réalisée en continu avant le rejet dans le réseau intercommunal. La DCO a pu être réduite de 84 %, et la consommation d’eau, de 73 % Investissement total : 900 000 €, avec une aide de l’agence de l’eau.

Investir pour réduire la consommation en eau peut aussi entraîner un gain de productivité.
 
Productivité en hausse. L’économie d’eau a également guidé les dirigeants de la laiterie-fromagerie La Cloche d’Or à Pont-de-Ruan. Une cinquantaine de personnes y fabriquent des fromages de chèvres traditionnels, dont le Sainte-Maure AOC. Ici, tradition rime avec respect de l’environnement : l’entreprise a commencé par réduire son stock de gaz ammoniac (nécessaire à la production d’eau glacée pour la climatisation et régulation de d’hygrométrie nécessaire à l’affinage) avant d’entamer son nouveau chantier portant sur l’économie d’eau. “Avec le concours de l’agence de l’eau, nous avons investi environ 140 000 € en 2005 pour ramener notre consommation de 32 000 m3/an à 22 000 m3/an et, dans le même temps, améliorer notre productivité de 7 %, confie Michel Carcaillon, directeur général. Aujourd’hui, nous stockons l’eau de fin de rinçage de nos machines, bien évidemment bactériologiquement irréprochable, pour effectuer l’opération de prélavage.” Au terme de sa deuxième utilisation, le liquide va poursuivre son cheminement dans la station d’épuration intercommunale via le réseau d’eau usée. Autre intérêt de cet investissement : l’économie d’énergie. En effet, l’eau de stockage est déjà chaude, évitant ainsi de la porter de 16 à 70°. Très prochainement (entre décembre et janvier), La Cloche d’Or investira pour équiper un second atelier avec un système de nettoyage équivalent. “Nous comptons encore sur une économie de 8 000 m3 en année pleine”, souligne Michel Carcaillon qui vient de se voir décerner le prix de l’Environnement par la Jeune chambre économique de Touraine.

Guy Houdayer et Jean-Luc Delporte. - Photo : P.C.
Une diminution régulière. A Chambray-lès-Tours, la motivation de Saft Power Systems est équivalente. “Voilà plusieurs années que nous réduisons régulièrement notre consommation d’eau”, affirme Jean-Luc Delporte, directeur général France de cette entreprise spécialisée dans la conversion d’énergie. Tout a commencé en 1998 par l’arrêt d’un process de refroidissement entrant dans la fabrication de circuits imprimés. “Cela a permis de supprimer la phase de nettoyage des cartes, et donc la consommation d’eau, ajoute Guy Houdayer, responsable hygiène, sécurité, environnement. Nous avons également éliminé l’étape du soudage par point qui nécessitait un système de refroidissement.”Actuellement, les quelque 600m3 d’eau employés dans l’usine servent essentiellement aux installations sanitaires, ainsi qu’à l’emploi de climatiseurs. Mais les modèles à eau (1 500 m3/ an à l’origine) sont peu à peu remplacés par des climatiseurs à air. “Nous avons atteint nos objectifs à 80 %”, confirment-t-ils. Ainsi, c’est pour éviter de possibles surconsommations que SPS effectue la vérification régulière de l’état de ses compteurs (trois au total), de ses factures d’eau, de son circuit sanitaire (une fois par semaine), ainsi que de la plomberie au niveau des chauffages lors de la remise en fonctionnement. En 2000, l’entreprise consommait 4 000 m3/an. Elle est parvenue à réduire sa consommation d’eau de 86 %.



 
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