Stragégie / Association

Chefs d’entreprise Parrains de l’emploi

Initiative. En Touraine, des femmes et hommes d’entreprise ont décidé d’agir pour enrayer la spirale infernale de l’exclusion par la difficulté d’accès à l’emploi, et son corollaire, la violence. Ils ont créé l’association “Les Parrains de l’emploi”, que préside François-Xavier Beuzon, lui-même chef d’entreprise, éditeur de La Lettre Valloire

Propos recueillis par Odile Ménard


François-Xavier Beuzon - Photo : D.R.

Vous présidez l’association “Les Parrains de l’emploi”. Quel en est l’objectif ?
François-Xavier Beuzon : Nous voulons démontrer qu’il est possible à des jeunes diplômés ou non, habitants de quartiers dits “sensibles” et souvent issus de minorités visibles, de trouver un emploi.

Comment est-elle née ?
F.-X.B : La crise des banlieues, en novembre dernier, a été l’élément déclencheur. Le sentiment diffus d’exclusion d’une bonne partie des habitants, alimenté par les difficultés d’accès à l’emploi, s’est exprimé violemment. Soit on laisse les gens à la porte de la société, et celle-ci court à la catastrophe, soit on fait en sorte qu’ils s’insèrent. Il est vrai que toutes les entreprises ne sont pas ouvertes aux jeunes des “quartiers sensibles”. S’il peut exister à la marge, je récuse pour autant le terme d’ostracisme de la part des employeurs. Une méconnaissance, d’ailleurs mutuelle, est principalement à l’origine de ce blocage. Les citoyens, et notamment ceux issus de l’entreprise, doivent s’attacher à renouer les liens avec toute une frange de la population. Sinon, c’est l’Etat qui l’imposera à coup de quotas d’embauches et de CV anonymes. Nous croyons qu’il est préférable de convaincre plutôt que de contraindre. De nombreux partenaires soutiennent notre démarche, la SNCF, la Caisse d’Epargne Centre-Val de Loire, la Chambre de commerce et d’industrie de Touraine, le Fonds interministériel à la Ville. Notre initiative a même été saluée officiellement par le ministre de la Promotion et de l’Egalité des chances, Azouz Begag.

Les actions d’insertion ne sont pas nouvelles... Comment les “Parrains de l’emploi” peuvent-ils réussir ?
F.-X.B : Ce qui nous distingue des acteurs classiques de l’insertion, c’est le profil même des Parrains de l’Emploi, majoritairement chefs d’entreprise ou cadres. C’est notre valeur ajoutée, le regard et l’expérience de gens qui ont recruté pour leur propre compte, qui ont pris des risques. Les “filleuls” que nous identifions (une quinzaine actuellement) sont employables et motivés. Nous nous en assurons avant de les présenter à des employeurs potentiels. Parallèlement, nous voulons également aider les porteurs de projet à créer leur entreprise. Outre les conseils de praticiens que nous pouvons leur apporter, nous envisageons de mettre en place un fonds de cautionnement des prêts à la création ou à la reprise de micro-entreprise, qui abondera les dispositifs existants.

Comment allez-vous trouver parrains et employeurs ?
F.-X.B : Pour le moment, les parrains sont des membres de l’association. Pour amplifier l’effet, nous en recherchons effectivement d’autres. Si toutes les associations économiques s’intéressaient à cette action – je lance ici un appel –, elles pourraient, chacune, désigner un parrain potentiel, prêt à assister un filleul dans ses démarches et surtout à lui ouvrir son carnet d’adresses. Nous recherchons aussi, évidemment, des employeurs disposés à les embaucher ou à les parrainer. Dans ce but, nous organiserons prochainement un premier Forum de l’emploi dans un quartier sensible de Saint-Pierredes- Corps. Nous ferons venir sur place des employeurs, afin d’organiser une mise en relation avec nos filleuls lors de courts rendez-vous (job dating). Il faut que les jeunes en soient persuadés : les entreprises ont besoin d’eux, de leur jeunesse et de leur motivation.

Contact : 06 20 69 08 48.
fx.beuzon@wanadoo.fr