Entreprendre / Tendance Commerce

L’information au coeur réussite commerciale

Attitude “S’informer est un gros travail qui prend du temps mais qui est essentiel si on veut se projeter à plusieurs années” (Michel Morin, coiffeur franchisé Intermède

Catherine Geffroy

- Photo : O.M.

Pas toujours facile pour un commerçant de prendre le temps de s’informer. La plupart ont de la peine à prendre du recul par rapport à la gestion quotidienne de leur point de vente et à chercher l’information dont ils ont besoin pour anticiper les tendances, qu’elles soient réglementaires ou économiques. A la lecture des quatre témoignages qui suivent, on s’aperçoit bien qu’il existe de multiples sources d’informations à exploiter. Encore faut-il les identifier et bien cibler les besoins. On rêve d’un système idéal qui permettrait de tout trouver en un seul endroit, mais, à notre connaissance, il demeure à inventer. Reste à s’organiser : accepter d’adhérer à un groupement, un syndicat professionnel, une enseigne, apprendre à utiliser les services d’un centre de gestion ou des organismes consulaires. Au final, on constate que la quête de l’information n’est pas tant une question de temps ou de budget qu’une attitude.

Un pas après l’autre : Murielle Bormans a ouvert à Tours, en mars 2006, un magasin de chaussures pour enfants en franchise : “Petits Petons”. Si l’enseigne lui a apporté un concept clé en main, cette toute nouvelle commerçante reconnaît “avoir beaucoup à apprendre” sur le plan juridique, fiscal et social. La réunion d’information hebdomadaire qu’organise la Chambre de Commerce et d’Industrie à l’intention des créateurs d’entreprise a répondu à certaines questions, mais pas à toutes ! “J’attends beaucoup de mon comptable. Mais je me rends compte aussi que chaque cas est particulier et qu’il faut, sans se fatiguer, frapper à toutes les portes. Parce qu’il est rare qu’à une question corresponde une réponse toute faite. Il faut expliquer son cas, chercher le bon interlocuteur.” D’entrée de jeu, Murielle Bormans s’est abonnée à “Chausser Magazine” : “pour s’informer sur les tendances du marché de la chaussure, les marques leader et celles qui émergent.” Après trois mois d’activité, elle éprouve maintenant le besoin d’approfondir ses connaissances sur le commerce tourangeau et son environnement économique. Elle souhaite se tenir informée sur les mouvements de commerces, les grands projets commerciaux de l’agglomération et tout ce qui pourra avoir un impact sur son activité. Consciente des inconvénients qu’il y a à rester isolée dans sa boutique, elle pense qu’il est important d’échanger entre professionnels, peut-être au sein d’une union commerciale.

Vouloir comprendre : Marie- France Mahajoub est une commerçante confirmée. Propriétaire du magasin de prêt à porter féminin “Jeanne Montaigne” depuis 1979 à Tours, elle n’en continue pas moins à se poser des questions et à vouloir savoir : “Malgré l’aide de mon expert comptable et les informations de ma fédération, je manque encore d’informations précises sur des questions comme les promotions et les prix. Rien de tel que des réunions avec des spécialistes pour faire le tour de la question”. Pour s’informer sur le marché et son évolution, il y a les revues professionnelles. Quoique... “on n’a pas le temps de tout lire. Il nous faudrait des résumés !” Les salons du prêtà- porter, les contacts avec les fournisseurs, le réseau de collègues hors département sont aussi des lieux d’échanges non négligeables, bien qu’informels. Mais comment accéder aux informations synthétiques qui permettent de comprendre l’évolution de l’environnement commercial ? Quelles sont les logiques d’implantation des enseignes nationales, où en est le rapport centres-villes et périphéries, quelles sont les tendances en matière de nouveaux concepts ? En tant que vice-présidente de l’Union commerciale de Tours, en relation avec la mairie et la CCI, elle reconnaît être déjà informée sur quantité de dossiers. Mais elle estime qu’il y a des progrès à faire : “Il manque des études de synthèse qui s’adressent aux commerçants. Par exemple, sur les évolutions récentes et à venir du comportement du consommateur.”

Anticiper. Michel Morin exploite en franchise deux salons de coiffure à l’enseigne Intermède, l’un à Saint-Pierre-des- Corps, l’autre à Château-Renault. Entre son cabinet d’expert comptable et la Chambre professionnelle de la coiffure, il déclare disposer de toutes les informations réglementaires et législatives nécessaires. Il suit régulièrement des formations (lecture des bilans, etc.) mais recherche celles qui lui permettront un jour de négocier son bail ou de se préparer à un contrôle fiscal : tout faire pour anticiper au maximum et ne pas se retrouver “le nez devant le problème”. “Ça n’évite pas toujours de se planter mais ça permet de se récupérer plus vite”, dit-il avec humour. Toujours dans ce souci de se projeter dans l’avenir, il s’informe sur les projets des municipalités : “la construction d’un parking, la venue (ou le départ) d’une enseigne attractive, le changement du plan de circulation s’accompagnent, explique-t-il, de changements importants sur les flux piétons et modifient la donne commerciale. Pour développer ma clientèle, il est capital que je sache où se situent les zones en développement et les nouveaux clients à atteindre et que j’analyse cette clientèle.” Cette culture, Michel Morin la possédait avant d’entrer dans le réseau Intermède mais le groupe lui a permis de l’approfondir : “Je bénéficie de l’expérience du réseau, des outils de gestion et d’analyse de la clientèle mis en place ainsi que des groupes de travail et de formation.” Quant à l’information sur les tendances de la coiffure et les nouveaux concepts de salons de coiffure, elle est véhiculée par les magazines des principaux fournisseurs et systématiquement communiquée à ses collaborateurs.

Echanger en réseau. Isabelle Duval a repris il y a quatre ans le salon ID Coiff à Joué-lès-Tours. Passée l’expérience de la reprise (c’est son premier salon de coiffure en propre), elle s’est vite aperçue de la nécessité de se former personnellement pour faire évoluer son entreprise : “J’ai fait des stages de gestion et de comptabilité auprès du CGA 37, puis d’informatique auprès de la Chambre de Métiers. Et, puisque c’est gratuit, j’ai poursuivi par des stages d’organisation (par exemple, « comment gérer son temps de travail ») et de management.” Parallèlement à ses formations, Isabelle Duval s’est engagée dans l’Union commerciale de Joué-lès-Tours. Elle en est aujourd’hui co-présidente. “Parce qu’on ne peut plus rester seul dans son entreprise : il faut échanger en réseau. Appartenir à une union commerciale permet d’écouter les expériences des uns et des autres et d’avancer ensemble.” Le bureau de l’union s’est rendu compte qu’ils avaient besoin d’informations économiques pour évaluer l’attractivité du commerce jocondien et analyser son potentiel : on parle d’organiser une soirée-débat en présence des organismes consulaires. En ce qui concerne les données sur l’évolution des marchés et les tendances de consommation, elle constate que “beaucoup de commerçants marchent à l’aveuglette, faute de trouver les sources d’information et les supports adéquats. Le marché pourtant est en perpétuel mouvement. Il y a toute une population de commerçants qui joue le jeu et qui a envie d’avancer mais qui ne sait pas où trouver réponse à ses questions”. Pour sa part, Isabelle Duval s’apprête à suivre une formation spécifique “coiffure homme” parce qu’elle voit la demande masculine évoluer et qu’elle veut être prête à y répondre. Rien que de naturel pour elle : “C’est dans ma nature de vouloir savoir”.