Les Prix de Transfert
Un enjeu
majeur
Anticiper.
Les prix de transfert sont les prix de cession portant
sur des transactions d'échange de biens de services ou de licence
de propriétés incorporelles entre sociétés et entités apparentées
à un même groupe et établies dans différents pays.
Eric Evreux
 |
| Eric Evreux - Photo : M.A.T. |
Les prix de
transfert
font l’objet d’une
attention toute
particulière des
autorités fiscales.
Ceux-ci peuvent
en effet permettre
des transferts
de bénéfices
transfrontaliers
artificiels, c’est-à-dire ne reflétant pas
les conditions économiques et commerciales
des transactions auxquelles ils se
rapportent.
Dans un contexte de
mondialisation des échanges et de
concurrence fiscale accrue, les Etats
sont contraints de les contrôler s’ils
veulent conserver la base imposable qui
leur revient. Ainsi, l’Administration
fiscale française a-t-elle procédé en
2004 sur la problématique des prix de
transfert à des redressements de l’impôt
sur les sociétés s’élevant à plus de
1 milliard d’euros. L’évolution des
montants redressés au cours de la
demière décennie ainsi que la répartition
des redressements par type de transaction
sont présentés ci-dessus.
Face à ce mouvement de délocalisation
des capitaux, les entreprises se voient
dans l’obligation de démontrer que leurs
prix de transfert n’ont pas eu pour effet
de transférer artificiellement une partie
de leurs bénéfices auprès d’entités
étrangères apparentées. Elles sont ainsi
tenues de fournir des informations aux
administrations fiscales sous forme d’une
documentation présentant leur structure
et activités dans le contexte de leur secteur
industriel, ainsi que détaillant les méthodes de détermination de leurs prix
de transfert et les éléments de comparaison
intervenus lors de cette
détermination.
Si les entreprises contrôlées jusqu’à
présent ont essentiellement été les grands
groupes multinationaux, les PME sont
concernées également dès lors qu’elles
sont implantées à la fois en France et à
l’étranger. L’administration française
s’apprête en outre à éditer un guide
destiné aux PME et marquant la fin de la
période pédagogique pour celles-ci
concernant les modes de détermination
de leurs prix de transfert.
 |
| Types de redressements des prix de transfert
(effectués par l’administration fiscale française entre 1995 et 2000) |
Exemple d’une société
contrôlée
Prenons par exemple le cas d’une PME
internationale implantée en France,
“FrenchCo”, faisant l’objet d’une vérification
de comptabilité.
L’administration a considéré que les
redevances versées par “FrenchCo” à sa
société mère japonaise étaient excessives.
Elle a en effet considéré que ces redevances
n’étaient ni cohérentes avec la
valorisation du prix d’achat des marchandises
auprès de la société mère ni avec
l’activité de promotion de “FrenchCo”
qui contribue à développer la marque du
groupe. Elle a donc considéré que le taux
était excessif compte tenu du fait qu’il
portait sur une activité non exercée par
“FrenchCo”, la fabrication, puisque
“FrenchCo” se contente de promouvoir
et distribuer les produits de la société
mère japonaise.
Au cours de la vérification, faute d’informations
suffisantes sur les méthodes de
prix de transfert de “FrenchCo”, l’Administration
fiscale la met en demeure dans
un délai de soixante jours d’apporter une
réponse écrite à ses questions, cette
réponse devant être accompagnée des
justificatifs demandés. Les informations
demandées par l’administration sont
particulièrement lourdes et portent sur
les méthodes de détermination des prix
transfert, ainsi que le secteur d’activité
(marché, concurrence, conditions
économiques), le groupe (structure,
stratégie, biens matériels ou immatériels
et services transferés), et ses activités
(fonctions, risques, actifs).
“FrenchCo” répond dans le délai à la
demande d’informations et de documents
justificatifs de l’administration mais sa
réponse est insuffisante en raison de
l’importance des détails demandés et des
délais exigés. “FrenchCo” est alors pénalisée
d’une amende fiscale de 7 500 €
pour chaque exercice visé par cette
demande et par des redressements sommaires
effectués par l’Administration sur
la base des informations à sa disposition.
L’administration redresse en effet le taux
de redevance, le réduisant de 4 % à 1 %,
soit de 3 % du chiffre d’affaires de
“FrenchCo”, en jugeant que les redevances
réglées par “FrenchCo” n’ont pas été
engagées dans son intérêt et ne comportent
pas de contreparties suffisantes.
Outre des intérêts de retard, l’administration
applique des pénalités de mauvaise foi à
“FrenchCo”, à savoir une majoration de 40%
des suppléments de droits notifiés.
Faute d’avoir préparé une politique de
prix de transfert clairement argumentée
dans une documentation écrite et suivie
d’effets en comptabilité, “FrenchCo” s’est
vue infliger un réhaussement d’impôt sur
les sociétés pour un montant total équivalent
à près de 2 % de son chiffre
d’affaires (droits et penalités) !
La documentation des prix de transfert
est primordiale en cas de contrôle des
prix de transfert car elle permet d’éviter
un redressement de grande ampleur ainsi
que des pénalités de mauvaise foi.
Elle permet, en outre, de ne pas avoir à
répondre aux questionnaires de l’administration,
qui comprennent le plus
souvent des dizaines, voire des centaines
de questions, concernant non seulement
l’entité française mais également les
entités étrangères apparentées.
Les entreprises multinationales qui n’ont
pas été contrôlées depuis plusieurs années
ou qui viennent d’être contrôlées ont donc
forcément interêt à préparer une
documentation des prix de transfert pour
assurer leur défense en France et dans
leurs autres pays d’implantation.
La documentation pourra également être
utile à l’aménagement d’un dispositif
douanier pour les entreprises importatrices
lorsque la valeur des biens importés a été
modifiée à l’initiative de l’administration
fiscale ou douanière.
Contact :
Eric Evreux,
partenaire du groupe HELIEE,
evreux.avocat@wanadoo.fr
|