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Automobile - stratégies pour une filière
S'adapter. Mondialisation, concurrence, pression sur les prix, délocalisation...
sont autant de défis que relèvent, au travers de différentes
stratégies, les nombreuses entreprises tourangelles qui travaillent
tout au long de la filière industrielle automobile. Filiales
de grands groupes ou PMI, elles font preuve de leur capacité
à s’adapter aux mutations économiques.
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1 - Atelier d’assemblage Farman
2 - Jean-François Marette, directeur de Farman à
Tours
3 - Eri Automation - Ligne de production - Photo : D.R. |
Propos recueillis par Annie Blanchet
Delahaye, Rolland-Pilain et Facel
Vega sont trois marques illustres à
avoir eu leurs ateliers de production
implantés en Touraine. Aujourd’hui, si
plus aucun constructeur n’y est présent,
elle a su néanmoins conserver une importante
activité liée à l’automobile. Pour s’en
convaincre, une donnée souvent méconnue
: la Touraine rassemble à elle seule
plus de 20 % des entreprises de la filière
régionale. Avec un chiffre d’affaires de six
milliards d’euros et un effectif de 40 000
personnes (soit 20 % de l’emploi salarié
industriel global), la région Centre occupe
le cinquième rang pour l’activité industrielle
automobile française et le troisième
pour le nombre d’équipementiers (source
FIEV 2004).
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| Michelin - Photo : D.R. |
Sur ce marché hautement concurrentiel, fournisseurs
et sous-traitants
doivent offrir
compétitivité, performance
industrielle,
mais aussi créativité.
Afin de consolider sa
position, la société Farman (filiale du
groupe allemand IWKA), partenaire de
premier rang des constructeurs automobiles
et de leurs équipementiers, a repositionné
ses activités en 2006 avec deux
nouvelles filiales, Farman Industries et
Farman Produits standards, notamment
regroupées sur son site de Tours (77 salariés
- CA : 20,5M€). Les nouvelles entités
prennent en charge la conception, la
fabrication, l’assemblage sur site, et la
mise en oeuvre d’installations de soudage
et d’assemblage de carrosseries. “Nous
fournissons aux équipementiers les
process d’assemblage de modules :
traverses de tableaux de bord, armatures
de sièges, essieux, lignes d’échappement...,
explique le directeur Jean-
François Marette. Nous concevons et
fabriquons les outils pour produire ces
sous-ensembles. Constamment, nous
recherchons de nouvelles solutions pour
réduire les coûts de fabrication de nos
clients”. Autres savoir-faire : le développement
d’une gamme complète de
produits standards (convoyeurs à accumulation,
rideaux de sécurité pour tout
système de production...). “L’entreprise
est organisée en équipes projets, avec, au
bureau d’études, un pôle d’experts. Les
outils CAO 3D, simulation robotique...
permettent de gérer les évolutions techniques
et de valider rapidement une réponse
à notre clientèle.”
Défi technologique.
Fleuron de
l’industrie française à travers le monde, le
groupe Michelin, leader mondial du pneumatique
(19,4 % de part de marché,
CA : 15,6 milliards d’euros en 2005,
125 000 collaborateurs, dont 63 % en
Europe) a restructuré son site de Joué-lès-
Tours en 2000. But : le positionner comme
le grand centre européen de la production
de pneus pour les véhicules poids lourds.
“Le site de Joué (1 400 salariés) est la
seule usine en Europe à fabriquer le
“Michelin X One”, produit de haute
technicité qui remplace les doubles pneus
sur l’essieu moteur. Sa fabrication a
démarré en septembre 2004. L’objectif est
d’atteindre le million d’unités par an et
d’offrir le meilleur coût d’usage aux transporteurs”,
commente le responsable de la
communication, Serge Sassano. Autre
prouesse du site tourangeau : la production
de pneumatiques pour le métro parisien
depuis juin 2005. “Cette fabrication
répond à des règles draconiennes imposées
pour la sécurité”.
La re-spécialisation de l’usine a bien sûr
nécessité d’immenses investissements en
nouvelles machines. Rappelons que plus
de deux cents matériaux sont nécessaires
pour la fabrication de ce bien d’équipement.
Le succès de Michelin est étroitement
lié à sa capacité d’innovation. Pour
la recherche et le développement, l’équipementier
dispose de trois centres technologiques
implantés dans trois grands
pays, les Etats-Unis, le Japon et la France
(près de Clermont-Ferrand).
La recherche est également permanente
chez ERI Automation, PMI de
110 personnes (CA : 12 M€) basée à
Joué-lès-Tours. Sa vocation est de fournir,
clés en main, des machines spéciales
conçues à la mesure des besoins des
entreprises de tous secteurs industriels.
Outre une réponse sur mesure, adaptée
aux exigences de process ou d’assemblage
de la clientèle, le bureau d’études mécanique et automatisme, composé de
quarante ingénieurs et techniciens, est à
même d’étudier la machine au moment
où le produit du client est en cours de
développement.
Le tiers des ventes ERI Automation est
réalisé avec les équipementiers automobiles.
“Concurrentiel, compétitif en prix,
ce secteur d’activité tire les exigences du
marché vers le haut, explique le Pdg,
Michel Gaumet. D’où la nécessité d’être
toujours en quête d’innovation pour
trouver les équipements performants,
susceptibles d’améliorer la qualité et la
productivité. Grâce au développement
de méthodes de travail rigoureuses et de
moyens pour la simulation, nous apportons
la garantie d’une machine unique,
sur mesure, fonctionnant avec la fiabilité
d’un produit de série.” Formateur agréé,
l’entreprise assure systématiquement la
formation de ses clients à l’utilisation
des machines, y compris à l’étranger, sur
les sites de production.
Amélioration de la compétitivité.
ANazelles, l’usine du groupe international
TI Automotive (20 000 personnes),
fournisseur des constructeurs automobiles
en composants et systèmes,
fabrique et commercialise des circuits de
freinage avec le support de quatre sites
implantés à proximité de Renault et PSA. Elle produit annuellement 150 000 kilomètres
de tubes droits, dont les caractéristiques
mécaniques en font un produit utilisable
pour des applications de sécurité.
Revêtues de zinc, d’aluminium, d’époxy,
de polyamide... ces canalisations sont
ensuite coupées et équipées avant d’être
expédiées vers l’un des ateliers satellites
ou l’un des autres sites européens du
Groupe, pour y subir les opérations finales
de cintrage et assemblage. “Outre une
réponse aux besoins spécifiques de nos
clients, cette organisation permet de limiter
les coûts de logistique et de livrer les
constructeurs sur appel synchrone”,
explique Jean-François Denis, le directeur
de l’entreprise tourangelle (450 salariés).
“La réduction des coûts est indispensable
pour demeurer compétitif sur le marché
automobile. Cela implique pour nous une
conception des produits optimale, une
productivité tout au long de nos procédés
de fabrication et dans l’organisation de la
société, l’atteinte du niveau de qualité
requis.” C’est sur cette compétitivité que
Jean-François Denis entend également
s’appuyer pour à la fois obtenir les nouveaux
développements produits de ses
clients et assurer sa présence sur des marchés
potentiels.
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1 - TI Automotive - Photo : A.B.
2 - Moteur Asiatech qui a équipé des voitures de Formule 1 Jordan, usiné chez Mécachrome
(Silméca à l’époque) à Amboise.- Photo : D.R.
3 - Gruau, compagnon transformant un véhicule - Photo : A.B.
4 - Aérazur, ligne de production airbags - Photo : A.B. |
C’est à la fin des années 1990 qu’à Jouélès-
Tours, le centre de production Aérazur
de la branche aéronautique du groupe
Zodiac a fait sont entrée dans le monde de
l’automobile en se lançant dans la fabrication
d’airbags. Il devient alors équipementier
de second rang pour le groupe
suédois, Autoliv, implanté partout en
Europe. Mais, très vite, le coût élevé de la
main-d’oeuvre implique de délocaliser la
production des gros sacs (sacs passagers
et rideaux) en Espagne, puis en Tunisie.
Les petits sacs (thorax), qui se couplent
avec les rideaux, sont maintenus sur le
site tourangeau. Ils sont confectionnés en
moins de 40 secondes grâce à un process
élaboré et à l’automatisation des lignes de
production : 20 000 pièces sont produites
quotidiennement, en 3x8, par 65 des
200 salariés que compte l’usine. “Ces
emplois conservés sont le fruit d’une
délocalisation réussie parce que bien
accompagnée, analyse le responsable de
production Jérôme Jacques.
Polyvalence et réactivité.
Afin de renforcer son positionnement sur
le marché de l’ambulance, le groupe
Gruau, leader français de la carrosserie
sur véhicule utilitaire léger, rassemble en
2001, sur la ZI n°1 de Joué-lès-Tours, les
entreprises familiales Petit et Picot
(45 personnes - CA 2005 : 8 M€). La
première est un prestataire référencé des
transporteurs médicaux publics et privés.
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| Christine Dehaudt, Cotodec - Photo : A.B. |
La seconde est un fournisseur des
services d’incendie et de secours français,
et de nombreux services d’urgence dans
le monde. Sur le site tourangeau, vingtcinq
compagnons carrossiers interviennent
sur des véhicules de toutes marques.
“Généralistes, nous savons transformer
tout type de véhicule en ambulance. Pour
cela, 250 à 300 pièces sont nécessaires,
explique le directeur, Sylvain Senet. Ce
sont surtout des heures directes de transformation
qui sont facturées. Alors que le
marché est inscrit dans une logique de
baisse des prix, donc des coûts, nous nous
battons pour rester des acteurs majeurs
sur nos secteurs d’activité en offrant polyvalence
et réactivité”. Deux atouts qui, en
fonction du segment de marché et de l’expression
du besoin du client, permettent
une organisation soit en poste unique, soit
en équipe autonome de trois à quatre
compagnons, soit en lignes de production.
Occuper une niche est également le choix
de l’entreprise familiale Cotodec (25
personnes - CA : 3,5 M€), basée à La
Riche, spécialisée dans le découpage et
l’emboutissage. Son chiffre d’affaires a
été multiplié par deux sur ces deux
dernières années. “Notre force est d’offrir
un temps de réponse très court à nos
donneurs d’ordres, pour lesquels nous
fabriquons des pièces qui n’intéressent
pas les gros emboutisseurs”, explique la
directrice, Christine Dehaudt. Sa société
s’est récemment dotée de nouveaux outils,
dont une presse 400 tonnes. “Pour rester
dans la filière automobile, il faut impérativement
investir dans de nouvelles
machines et moyens de contrôle.”
Chaque mois, quelque 600 tonnes d’acier
et d’inox arrivent dans les ateliers, sous
forme de bobines. Chaque mois, entre
500 et 700 000 pièces en sortent pour être
livrées en France, en Turquie ou en
Espagne. Ici, pas de conception, les plans
étant envoyés par le constructeur, mais un
partenariat étroit entre l’outilleur et le
bureau d’études dirigé par Valérie Buchet,
fille de Christine Dehaudt. “Dix-huit
mois sont nécessaires pour l’étude et la
fabrication de la pièce. Nous n’avons pas
le droit à l’erreur. Si les méthodes de
travail sont rigoureuses, une grande
confiance est également accordée à
chaque collaborateur.”
Haut niveau d’innovation.
Parmi les 75 sites de production que
compte dans le monde le groupe SKF
(CA : 5 milliards € - 40 000 personnes),
celui de Saint-Cyr-sur-Loire (1 400
personnes) occupe une place majeure.
Organisé autour de trois usines, il fournit à
l’industrie automobile des roulements à
billes, ainsi que des roulements spéciaux
pour moteur, colonnes de direction ou les
suspensions. “Saint-Cyr est une plateforme
qui sert le monde entier, résume le
responsable du Business Development,
François Michel. Il constitue, au niveau
mondial, le Centre d’excellence pour toutes
les applications dont nous avons la
charge : moteur, suspension et direction”.
Pour autant, le site doit faire face à la
concurrence, asiatique notamment, caractérisée
par des produits à faible valeur ajoutée.
“Nous nous battons et gagnons des
parts de marché sur tout ce qui est difficile
à maîtriser techniquement. En outre, nous
maintenons un haut niveau d’innovation,
notamment en proposant de nouvelles solutions
pour réduire les émissions CO2.”
Enfin, grâce à la politique du groupe de
concentration des compétences, la
croissance actuelle de SKF en Asie
(12 % du CA) profite pleinement à l’entreprise
tourangelle.
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