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Le bricolage sur le front du hard discount

Concurrence Après la distribution alimentaire, le modèle du “low cost” s’impose dans le bricolage. Un phénomène durable qui oblige toutes les enseignes traditionnelles à se repositionner

Catherine Geffroy

- Photo : D.R.

On connaît déjà les résultats du hard discount dans l’alimentaire : il représente en valeur 13 % du marché du libre-service et il touche de près ou de loin 72 % des Français. Selon une enquête du Cetelem, 45 % d’entre eux se déclarent prêts à acheter dans le circuit hard discount de bricolage. En dépit de la bonne note de satisfaction obtenue par les enseignes traditionnelles (7,33 sur 10), 80 % des acheteurs d’articles de bricolage sont favorables au hard discount : 10 % pour y effectuer tous leurs achats, 70 % en complément des autres magasins. Seuls 12 % n’envisagent absolument pas d’en devenir client. Ces chiffres révèlent la capacité des Français à tirer profit d’une nouvelle donne commerciale et prouvent que la formule peut encore gagner des parts de marché : à terme, les analystes situent son taux d’emprise entre 20 et 25 %. Pour autant, l’étude montre également qu’il existe encore des pistes à explorer pour les enseignes traditionnelles. En créant en 1994 un concept de vente basé sur le prix bas, Brico Dépôt a bousculé les règles d’un marché qui se développait jusque-là régulièrement. En douze ans, la filiale du groupe Kingfisher a pris près de 13 % du marché hexagonal. Un succès qui repose sur un assortiment court - on trouve moins de 15 000 références chez Brico Dépôt contre 28 000 références au Bricomarché de Pocé-sur- Cisse et 50 000 en moyenne dans un Leroy Merlin - centré sur des produits à forte rotation.

Concept “entrepôt”.
Les magasins, de style “entrepôt”, se positionnent sur le marché du bâti et des matériaux mais font l’impasse sur les rayons jardinerie et décoration. Peu prodigues de conseils et de services, ils s’adressent à des bricoleurs avertis et aux professionnels. La communication, axée uniquement sur un discours “prix”, est relayée par un catalogue produits qui permet au consommateur de comparer les tarifs. Toute ouverture de magasin crée une onde de choc dans un rayon d’une heure environ de trajet. Jean-Pierre Meunier, propriétaire du Bricomarché de Château- Renault, a vécu l’ouverture du Brico Dépôt de Blois. “Au d é b u t , l e consommateur est bluffé par le volume de l’offre du hard discount, il vient discuter dans nos magasins et argumenter sur les prix. Ensuite le phénomène se tasse. Mais sur des “arrivages”, des “promotions”, le consommateur se déplace : dans un sens comme dans l’autre, d’ailleurs.” Certains professionnels n’hésitent pas à dire que le hard discount n’est pas aussi performant qu’il paraît. D’abord, parce qu’en choisissant de réduire son offre aux produits les moins chers, il se donne automatiquement une image de prix bas. Ensuite, parce que l’effet prix résulte en partie d’une présentation de masse savamment orchestrée pour impressionner favorablement le client. Il n’empêche que le modèle a obligé toutes les enseignes à adapter leur offre, à modifier leur politique d’approvisionnement et à travailler sérieusement leur image prix. Deuxième au classement derrière Brico Dépôt, Bricomarché se positionne à l’égal sur certains premiers prix et affirme sa vocation à vendre des produits pas chers. Après avoir modifié son sourcing, Castorama est en mesure de soutenir la comparaison avec les prix des matériaux vendus en hard discount. Et de faire évoluer la perception de l’enseigne. En deux ans, l’enseigne est passée devant Leroy Merlin pour l’image prix, derrière Brico Dépôt et Bricomarché. Pourtant, les enseignes traditionnelles de bricolage ne souhaitent pas focaliser le débat uniquement sur le thème du prix. En adoptant cette stratégie, elles sont conscientes qu’elles courent le risque de dévaloriser le marché et de brouiller les repères du consommateur.

Répliques.
Pour conserver leur clientèle traditionnelle, les enseignes gardent leurs espaces matériaux en reprenant certains des codes de l’entrepôt. Pour prendre le contre-pied de Brico Dépôt, elles développent des concepts nouveaux et exploitent la dimension plaisir du bricolage. Leroy Merlin a augmenté la surface de ses magasins dédiée à l’univers décoration, mis ses produits en situation pour donner des idées au consommateur et l’inciter à passer à la réalisation. Il y a deux ans, Castorama a entrepris de revitaliser son magasin de Chambray-lès-Tours en privilégiant une approche par projet : salle de bain, dressing, et par thème, comme celui de l’air. L’enseigne a publié l’année dernière quatre catalogues thématiques : pour faire rêver le client autour de sa cuisine ou de son jardin. En septembre 2005, Mr Bricolage a annoncé qu’il abandonnait des références sur certains marchés, là où les hard discounters font plus de volume que le circuit traditionnel, pour mettre l’accent sur les produits à valeur ajoutée, là où le consommateur a besoin de conseils : l’aménagement, la décoration de la maison et le jardin. Depuis deux ans, le Groupement des Mousquetaires développe physiquement dans ses magasins la segmentation “achats utiles” (bricolage-construction) et “achats plaisir” (décoration, jardin). Sur un marché pléthorique et très concurrentiel, les enseignes font donc le pari de la différenciation, chacune en fonction de la taille de ses magasins et de son image. Dans ses colonnes, le magazine professionnel Bricomag incite les enseignes traditionnelles à mieux démontrer leur valeur ajoutée. Ce qui passe à la fois par un travail d’identification et de clarification de l’offre et d’explication sur la qualité des produits. La grande surface de bricolage, explique la rédaction du magazine, était un modèle économique qui fonctionnait très bien parce qu’il répondait à un marché de masse. Aujourd’hui, on est dans la segmentation, la multiplication des marchés de niche. Il est nécessaire d’identifier son offre, de faire des choix entre les produits, de ne pas se battre sur ceux qui sont en concurrence frontale avec le discount (ou alors il s’agit d’expliquer la valeur ajoutée du béton que l’on vend !) et d’exploiter les faiblesses du circuit discount en valorisant le conseil et les services. Après tout, les enseignes traditionnelles conservent quand même 80 % du marché et l’habitat est toujours un marché porteur. Et le bricolage, même s’il consiste à faire des économies en réalisant soi-même, demeure cependant une activité plaisir, largement tournée vers la décoration de la maison et l’amélioration des équipements : les marchés de l’avenir ?


EN CHIFFRES

Principaux critères de choix

On choisit une d’une enseigne de bricolage (hors hard discount) pour :
• la qualité : 81 % des réponses
• la compétence des vendeurs : 74 %
• le prix : 64 %
• le choix : 61 %
(Source : L’Observateur Cetelem 2006)


Une offre, trois pôles

En Touraine, l’offre éclate en trois pôles : le hard discount (Brico Dépôt à Saint- Cyr-sur-Loire), les grandes surfaces de bricolage qui vendent des projets et des solutions et qui sont situées sur des unités urbaines à attraction large (Leroy Merlin et Castorama à Tours Nord et Chambray-lès-Tours), les moyennes surfaces de bricolage qui jouent la proximité élargie dans des villes plus petites (Bricomarché, Mr Bricolage, Super Catena, Weldom).
Le bricolage dispose en Indre-et-Loire d’un réseau de 22 grandes surfaces spécialisées en bricolage (hors établissements de négoce et magasins spécialisés), soit 77 192 m2 de surface de vente. S’y ajoutent 7 087 m2 autorisés par la CDEC et non encore réalisés.