Les Hénokiens
dirigent des entreprises
bicentenaires
Responsabilité.
Etre en mesure de s’effacer devant l’intérêt
de l’entreprise, prendre cet héritage comme un bien
à transmettre... Les trente-huit entreprises réunies au sein
de l’association “Les Hénokiens” savent ce que “pérennité”
signifie : des familles en tiennent les rênes depuis
deux siècles au moins. Deux cents ans de remise en question
permanente et d’esprit d’innovation. Un message fort
pour les créateurs et repreneurs d’aujourd’hui...
Patrick Chateau
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Que partagent donc la société
Akafuku, grand nom de la pâtisserie
nipponne, et la banque suisse Pictet et
Compagnie, première banque privée au
monde, fondée en 1805 ? Tout simplement
le fait d’être membres de l’association
Les Hénokiens, en référence à Hénok,
ce patriarche qui vécut 365 années et fut
enlevé dans les cieux. En 1981, les fondateurs
– français – de l’association présidée
par l’Allemand Peter Von Möller, de
Möller Group, ont ainsi marqué leur
souhait de mettre en lumière la pérennité
des entreprises familiales. Avant de compter
au nombre des 38 adhérents, les deux
nouveaux promus cités précédemment ont
dû répondre aux quatre stricts critères de
sélection : l’ancienneté de l’entreprise (au
moins deux cents ans d’existence), la filiation
(un membre de la famille du fondateur
doit être à la direction générale ou au
conseil d’administration), au moins 50 %
du capital détenu par la famille et, enfin,
dynamisme et bonne santé financière (être
un acteur du tissu économique de son pays
et de son marché). Pour autant, cumuler
près de 90 siècles d’existence et faire
partie de l’une des associations les plus
fermées au monde n’empêchent pas les
membres de marier tradition bicentenaire
et esprit d’innovation.
Longévité. D’ailleurs, c’est probablement
cette capacité à se remettre en cause
au fil des générations qui explique, notamment,
leur longévité. On ne devient pas un
modèle de l’entreprise familiale européenne
ou d’Asie du sud-est par hasard, et
ce, dans des domaines très différents les
uns des autres... “Ces sociétés n’auraient
eu aucun avenir si elles n’avaient pas été
en avance sur leur temps, affirme Gérard
Lipovitch, responsable du secrétariat
général de l’association. Au travers de leur
association, elles font moins la promotion
de la tradition que de leur solidité et de la
confiance qu’elles inspirent à leurs
clients.” Le message est on ne peut plus
clair : pour durer, pas question de s’endormir
sur ses lauriers. Il est donc impératif
de se remettre en cause en permanence. Il
semblerait alors que les Hénokiens ont su
échapper à cette sentence qui voudrait que
la première génération d’entrepreneurs
crée, la seconde fait croître, et la troisième
dilapide ? “Cela tient un peu du miracle
d’être encore là après avoir traversé les
siècles et leurs soubresauts, s’étonne
François Mellerio, président directeurgénéral
de la Joaillerie parisienne Mellerio
dits Meller. Plus concrètement, je crois
que notre longévité tient au fait que l’intérêt
de l’entreprise a toujours primé sur
l’intérêt personnel”. On serait tenté de le
croire en découvrant cette “maison” familiale
qui a vu défiler quatorze générations
de Mellerio à sa tête ; l’une des dernières
100 % familiales dans un secteur où la
plupart des concurrents sont tombés dans
le giron de grands groupes.
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| Peter Von Möller - Photo : D.R. |
Stabilité sociale. Finalement, en
s’adaptant à tous les soubresauts des
mouvements de l’économie, les
Hénokiens se posent comme garants de la
stabilité sociale. Ne se situeraient-ils pas à
contre-courant d’une pensée économique
qui ne voit dans l’entreprise qu’une
source de profits immédiats ? “Etant les
seuls actionnaires, nous ne subissons pas
de contraintes extérieures, explique Jean
Hugel, viticulteur alsacien de la maison
Hugel & fils et l’un des membres fondateurs de l’association. Pour nous donc, le
bénéfice immédiat n’est pas l’essentiel.
Fatalement, nous résistons mieux aux
aléas. Encore faut-il trouver la personne
capable de s’investir quotidiennement, de
tenir durant les années difficiles, bref de
faire des sacrifices. Jusque-là, nous y
sommes parvenus, et je suis optimiste en
ce qui concerne la douzième génération.”
A Tours, Antoinette Roze partage
également ce point de vue :
“L’entreprise a une autre finalité que
celle de cracher le maximum de liquidités
en un minimum de temps, assure-telle.
Prendre les rênes d’une telle
affaire, c’est d’abord être détenteur d’un
usage. Notre devoir consiste à la transmettre
au suivant avec les moyens dont
nous disposons. Pour passer les caps
difficiles, il faut la bonne personne au
bon moment pour prendre les bonnes
décisions ; sans oublier cette capacité à
avoir une vision à long terme...”
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| Bertrand Passot - Photo : D.R. |
Course de relais. Bertrand Passot
revendique cette notion de “course de
relais” entre les générations. Président de
la société Revol depuis 1980, il passera
justement les rênes de l’entreprise familiale
à son fils l’an prochain. “Enfant, j’ai
couru en culottes-courtes dans l’usine, et
mes parents, ma famille, en parlaient
quotidiennement, se souvient-il. Quand
j’y suis entré en 1972, j’avais l’impression
d’arriver chez moi. Mes fils et les
leurs partagent également ce sentiment.”
Néanmoins, le passage du flambeau doit
se préparer consciencieusement.
“L’anticipation participe de la pérennité
de l’entreprise, insiste-t-il. A 54 ans, j’ai
donc transmis la nue-propriété de mes
parts. La réduction de droits lors d’une
transmission anticipée est suffisamment
attractive pour que l’on s’y intéresse”.
Pourtant, avant d’en arriver là, Bertrand
Passot pense aux créateurs d’aujourd’hui
en leur soumettant ce conseil :
“Outre un projet solide, il faut s’entourer
d’une bonne équipe et savoir écouter
ce qu’elle a à vous dire, car seul, un
patron n’est rien”.
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Quelques exemples de longévité ...
Roze, la soierie tourangelle
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| Antoinette Roze - Photo : P.C. |
L’arrivée de Jean-Baptiste Roze à Tours remonte au milieu du
XVIIe siècle. Dès lors, la passion de cette famille pour le métier
de la soierie ne va jamais s’interrompre. Pas plus les révolutions
que les guerres ou les crises économiques ne parviendront à
rompre le fil reliant douze générations jusqu’à l’actuelle détentrice
de la destinée de cette entreprise : Antoinette Roze. Celle-ci
continue à développer sa spécificité dans le tissage de soierie
d’ameublement pour une clientèle de professionnels français
et étrangers.
Hugel & fils, viticulteurs depuis 1639
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| Jean Hugel - Photo : D.R. |
La famille Hugel possède 28 hectares de vignes sur le territoire
de Riquewihr. Les premiers ceps ont été travaillés par Hans en
1639. En 1918, le retour de l’Alsace dans le giron français coïncide
avec le désir des Hugel de miser sur la qualité. Les années suivantes
seront synonymes d’accroissement régulier des ventes à l’export
(actuellement 85 %). Avant tout viticulteurs, les Hugel ont également
appris à développer une activité de négoce, sous forme de raisins
uniquement, provenant de viticulteurs sous contrat.
Revol, la porcelaine culinaire
Revol Porcelaine est considérée comme le spécialiste français
des articles à façon et se positionne comme le leader de la
porcelaine culinaire auprès des cafés, hôtels, restaurants. Depuis
1789, l’entreprise innove sur les pas de François et de son frère
Joseph Revol qui ont fondé la première manufacture de poterie
artisanale à Saint-Uze dans la Drôme. Aujourd’hui, Revol est
l’un des derniers porcelainiers à fabriquer lui-même sa pâte pour
gagner en souplesse de production.
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| François Mellerio - Photo : D.R. |
Mellerio dits Meller, quatre siècles de joaillerie
Le joaillier Mellerio dits Meller est installé rue de la Paix à Paris
depuis 1815. Mais c’est en 1613 que Marie de Médicis accorda
à Jean-Marie Mellerio et à la colonie lombarde le privilège de
“porter et vendre du cristal taillé, de la quincaillerie et autres menues
marchandises” sur tout le royaume de France. Aujourd’hui,
l’entreprise est présente à Paris, au Luxembourg et au Japon,
où les amateurs peuvent admirer et acquérir les créations de
joaillerie, d’horlogerie et d’orfèvrerie du plus français des joailliers,
qui est aussi le plus ancien.
Site : www.henokiens.com
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