Entreprendre / Tendance Commerce

Des magasins pas ordinaires

Nouveaux concepts. Comment crée-t-on de nouveaux concepts de magasins ? Des magasins qui font découvrir, rêver, acheter ? Visite de quatre points de vente tourangeaux.

Catherine Geffroy

Hardouin Boulanger joue la carte de l’authenticité. - Photo : O.M.

Face à des clients à la fois blasés et de plus en plus exigeants, à une offre abondante et bien souvent comparable, et à des prix relativement similaires, le commerçant indépendant doit se différencier et faire preuve d’inventivité. Certains rejoignent une enseigne forte qui leur donne accès immédiatement à une identité reconnue dans le paysage commercial (c’est le cas d’Oliviers & Co), d’autres font le choix de créer leur propre concept de magasin. Ces créations sont plus ou moins innovantes et ne se situent pas forcément sur des marchés totalement nouveaux. Elles ne demandent pas toujours de recourir à une construction architecturale complexe. Les exemples apportés par quatre commerces tourangeaux prouvent que le plus important est de savoir où l’on va : il faut d’abord se pencher sur l’offre, la clarifier, lui donner du sens. Trouver le bon emplacement. Imaginer une décoration identifiable et mémorisable. La recette magique n’existe pas mais il faut arriver à la bonne adéquation entre le produit, le lieu, l’espace, le décor, et la présentation.

Hardouin Boulanger :
un concept qui valorise le métier de boulanger. Compagnon du Devoir, Willy Hardouin (aucun lien de parenté avec les charcutiers de Vouvray) crée de toute pièce sa boulangerie fin 2005 place du Grand-Marché à Tours. Avec un concept bien défini dès le départ : le fait d’avoir travaillé dans une quinzaine de boulangeries pendant son Tour de France, d’avoir observé les points forts et les points faibles de chacun, lui avait permis de dessiner précisément son projet. “J’ai choisi de me démarquer : je ne vends pas de baguette classique mais du pain traditionnel de qualité, une douzaine de sortes de pains spéciaux et du bio pour les grosses pièces. Je fais de la viennoiserie mais pas de pâtisserie”. Son magasin, il l’a voulu à l’image de son produit : authentique. “J’ai demandé à mon agenceur de n’employer que des produits nobles, tels que le bois, la pierre, l’osier. J’ai couru moi-même les brocantes pour dénicher les éléments du décor”. Le métier de boulanger, c’est aussi du spectacle : tout le processus de fabrication du pain se déroule donc sous les yeux du client, du pétrissage à la mise dans le four en passant par le façonnage. Le point de vente instaure enfin beaucoup de proximité avec le client : larges portes vitrées sur la rue, portes ouvertes, pains directement exposés à la vue du client dans des corbeilles. “Et le client peut goûter librement tous les produits sans exception. Il achète en toute connaissance de cause”. Pour renforcer l’image du point de vente auprès de la clientèle, tous les vêtements de travail des boulangers et des vendeurs sont “logotés” Hardouin Boulanger. Depuis son ouverture, la boulangerie a su fidéliser une clientèle qui n’est pas du quartier.

Saperlipopette et Le Roi Zigolo :
l’enfance pour univers. Le hasard a voulu qu’ils ouvrent au même moment, chacun de leur côté mais à 500 m de distance, un magasin autour du thème de l’enfance. Elisabeth Marot était responsable marketing dans une entreprise textile, Guy Lepoutre était issu de la grande distribution spécialisée. La première désirait créer un univers autour de l’enfant, du jouet traditionnel et d’éveil, mais aussi de la décoration : un univers un peu magique qui fasse rêver le client. Guy et Florence Lepoutre se sont focalisés sur l’univers de la chambre d’enfant. L’une a réalisé, au 1 de la rue de Châteauneuf, un magasin qui fait penser à un grenier imaginaire : parquet brut, couleurs douces et meubles patinés, chinés dans les brocantes. Tous les produits y sont déconditionnés et mis en situation. L’impact de la mise en scène est tel que la vitrine déclenche à elle seule 80 % du chiffre d’affaires. Renouvelée chaque mois ou chaque fête, elle est l’occasion de raconter une histoire : comme Mardi Gras et ses déguisements en février ou le petit jardinier au printemps. Quant au Roi Zigolo, il a établi son royaume au 20 de la rue Marceau, dans un magasin tout blanc et aménagé simplement : “Les produits sont chargés de mettre la couleur”. Le point de vente est segmenté en cinq grands thèmes afin d’en faciliter la lecture : Petit rêveur (la chambre et le bain), Petit câlin (les “doudous”), Petit malin (les jeux), Petit gourmet (la vaisselle) et Petit bricoleur.
Chacun a gardé de son expérience professionnelle antérieure la rigueur et la méthodologie indispensables pour construire une offre commerciale homogène. Quand on lui demande quelle est la partie la plus intéressante de son métier, Elisabeth Marot répond sans hésitation : “C’est sélectionner, acheter mes articles et arriver à créer cette alchimie qui met de la cohérence entre plusieurs produits”. Depuis son ouverture, le Roi Zigolo s’attache à développer une offre originale, dans une large gamme de prix, avec des produits de créateurs en exclusivité sur Tours. Mais toujours avec le souci de la cohérence de l’offre : “Il est essentiel de rester en harmonie avec son univers. Il ne faut pas acheter sous prétexte que c’est la mode : s’il y a mélange de styles, les clients ne s’y retrouvent pas”.
Saperlipopette comme le Roi Zigolo se sont construit un fort capital sympathie chez leurs clients. Atel point qu’ils ont chacun poursuivi leur aventure en ouvrant deux autres magasins : Saperlipopette a désormais un homonyme qui donne dans la puériculture et le vêtement d’enfant, le Roi Zigolo s’est doublé d’un “Drôle de zèbre”, un magasin de déco qui s’adresse aux 20-30 ans qui ne veulent pas perdre leur enfance de vue.

Oliviers & Co. : le choix d’un indépendant pour un concept d’envergure nationale. - Photo : D.R.
Oliviers & Co. :
un vrai concept d’envergure nationale. Le pain a ses boulangeries, le vin ses cavistes. Un peu comme le vin, il existe quantité d’huiles d’olive différentes selon les terrains et les cépages, avec des goûts très différents. Depuis 1998, l’huile d’olive a son enseigne : Oliviers & Co. et trente-huit magasins franchisés qui déclinent aujourd’hui l’olive et l’huile d’olive, sous toutes leurs formes, de l’alimentation (huiles mais aussi vinaigres, sauces, biscuits, pâtes) à la cosmétique. L’enseigne exploite la tendance hédoniste des consommateurs qui recherchent des produits gourmands de qualité (le phénomène se retrouve également sur d’autres marchés comme le thé), en acceptant d’y mettre le prix. Oliviers & Co. vend non seulement un produit, l’olive et ce qui en découle, mais aussi une ambiance, un imaginaire autour de l’olivier et de ses richesses. Son fondateur, Olivier Baussan (déjà créateur de l’Occitane), a passé deux ans à faire le tour de la Méditerranée pour repérer les différents producteurs et régler son concept. C’est parce qu’il a eu un coup de coeur pour l’enseigne et la démarche de son fondateur que Rachmi Monany, pharmacien de formation, a ouvert le point de vente de la rue de la Scellerie : “C’est un concept global, explique-t-il, cohérent tant au niveau du magasin que des produits et du discours, très simple en apparence mais très élaboré : le magasin constitue un atelier de découverte du monde de l’olivier en Méditerranée. Tous les codes de l’atelier sont là : sol de caractère en béton, murs carrelés, lampes avec abat-jour de métal. Un magasin authentique pour des produits sélectionnés, dont l’enseigne garantit la qualité et l’origine. Comme dans un atelier de fabrication, les vendeurs racontent, expliquent et proposent de déguster les produits.” Ce genre de magasin s’adresse à trois types de clientèle : les “exigeants” ou “véritables connaisseurs”, minoritaires, les “gourmets”, et les “curieux”. Son propriétaire est satisfait d’avoir réussi à fidéliser une clientèle tourangelle prudente mais sensible à la démarche authentique de l’enseigne.