En couverture / Créateurs, repreneurs, cédants


Créateurs, repreneurs, cédants - Reprendre, c'est programmer l'aventure

Reprendre une entreprise ne s’improvise pas. Ceux qui l’ont fait en ont pris le temps, se sont entourés de conseils. L’accompagnement du cédant est un atout pour la réussite du projet, quand le contexte de la cession s’y prête

Yves et Christine Conrad
Conrad/Ettel

Yves et Christine Conrad ont repris l’affaire de Dominique Ettel (à droite). - Photo : AB
Outre leur jeunesse, 35 ans, Yves et Christine Conrad ont à leur actif douze ans d’expérience de cadre, acquise respectivement dans des groupes américain, belge et allemand et dans la presse professionnelle. Tous les deux caressaient le même rêve, avoir un jour une entreprise. “Afin de limiter les risques, il s’agissait de reprendre une structure de taille significative et bien assise”, explique Yves Conrad. Pendant six mois, le couple fonctionne en binôme pour monter le projet et rechercher les PME candidates à la cession.
L’affinité entre cédant et repreneur est primordiale Yves et Christine Conrad, repreneurs
 
En janvier 2005, nous avons rencontré Dominique Ettel et son épouse, en quête d’un repreneur pour leurs deux entreprises, l’une située à Mettray, l’autre au Maroc. Avant cette entrevue, nos cédants avaient déjà étudié vingtcinq candidatures ciblées par la CCI de Touraine, à partir d’un profil défini par l’association CRA”. Les rencontres se sont répétées plusieurs fois dans l’année, “afin d’apprendre à mieux se connaître et s’apprécier. La cession est une aventure à deux. C’est un partage des risques avec un pari sur la croissance. Aussi, l’affinité entre cédant et repreneur est-elle primordiale.” Un protocole a été signé avec deux banques locales, sur la base d’une transmission progressive. “Il est généralement établi que l’accompagnement est un facteur supplémentaire de réussite. De plus, Ettel possède un savoir-faire technique que je ne maîtrise pas pour le moment.” Yves Conrad assure la direction de l’entreprise depuis son rachat en janvier dernier. Il a, à ses côtés, Dominique Ettel pour lui expliquer les subtilités techniques de sa nouvelle activité : concevoir, produire et commercialiser des bancs de contrôle dédiés aux industries de production de biens de grande consommation.

Un cédant heureux

Dominique Ettel, 58 ans, est aujourd’hui satisfait. Il s’est trouvé un successeur pour poursuivre l’activité de mécanique de précision qu’il avait créée avec son épouse en 1978, et préserver du même coup les 28 emplois en Touraine. Cette cession englobe la filiale (28 salariés) qu’il a implantée au Maroc, il y a 8 ans. “Dans un contexte de marchés difficiles pour les PME, il est essentiel de passer la main suffisamment tôt. A 58 ans, on est forcément moins dynamique qu’à 30, surtout quand il faut gérer une deuxième entreprise à l’étranger. Et une société avec un dirigeant qui a moins « la pêche » sera obligatoirement moins performante”, explique-t-il. Aux candidats à la transmission, il livre cette autre réflexion : “L’opération ne doit pas être qu’une question d’argent. Trop souvent, la tendance est de surévaluer le prix de son affaire. Or, si la volonté est le maintien de l’activité et des emplois, un tel comportement ne peut que fragiliser l’entreprise.” Dominique Ettel a prévu d’accompagner pendant trois ans son repreneur. Pour cela, il a troqué son costume de pdg contre celui de directeur technique, après avoir cédé 51% des parts de son entreprise – le reste le sera sur les trois prochaines années. “Je partirai à l’âge de 60 ans pour couler des jours heureux.”


Jean-Marc Lejeune
Ets Lavrut

Jean-Marc Lejeune - Photo : AB
Après avoir dirigé plusieurs sociétés pour le compte de groupes du secteur du bâtiment industriel, Jean-Marc Lejeune était bien déterminé à s’investir dans une entreprise à taille humaine par le biais de la reprise. “J’ai envoyé à l’ensemble des expertscomptables de Tours mon CV et le profil de la PME souhaitée" , explique-t-il. Un cabinet le contacte, qui lui communique différentes offres sélectionnées en fonction de ses capitaux propres, de sa capacité d’investissement... “J’ai eu, dès la première visite, le coup de coeur pour la marbrerie Lavrut, à Saint-Pierre-des-Corps.” Les étapes classiques d’une transmission se sont ensuite rapidement déroulées : protocole, rachat, accompagnement du cédant. “Vivant sur sa bonne notoriété, l’entreprise était saine et sans endettement. En y apportant un peu de marketing, de la communication et quelques idées neuves, le CA a progressé de 46 % dès la première année d’exploitation.” Fort de cette première expérience, Jean- Marc Lejeune a repris de nouvelles marbreries, dans d’autres régions. “La niche est porteuse depuis les années 2000, marquées par un regain d’intérêt pour les matériaux naturels.” Des reprises qui sont à chaque fois génératrices d’emplois. “Par exemple, l’effectif de 9 personnes au moment de la transmission des Ets Lavrut en 2002 est aujourd’hui de 13 salariés.


Didier Lefebvre
– CBE

Didier Lefebvre - Photo : AB
Repreneur en juillet 2005 du Groupe CBE basé à la Riche, Didier Lefebvre sait pertinemment que “si son expérience dans le secteur industriel a crédibilisé sa démarche, celle de cadre de direction a encore plus joué en sa faveur”. Ingénieur des Arts et Métiers, il avait précédemment occupé différents postes de directeur, principalement dans trois entreprises, dont la dernière anglaise et tourangelle. “A aucun moment je ne me suis dispersé dans mes recherches démarrées en juin 2004, confie-t-il. Autres conditions importantes pour arriver à ses fins : y croire, être à l’affût de tout et disponible. Ma prospection, essentiellement ciblée sur la Touraine et les PME de taille suffisante pour valoriser mon savoir-faire, a duré six mois. Il m’a également fallu beaucoup de temps pour convaincre les multiples actionnaires de CBE.” Pour toutes ses démarches, Didier Lefebvre n’a pas hésité à se faire aider, notamment par les conseillers de la CCI de Touraine pour l’examen des dossiers des cédants. “Mais, j’ai toujours été le pilote du projet.
Conditions importantes pour arriver à ses fins : y croire, être à l’affût de tout et disponible. Didier Lefebvre
 
Quant au financement de la reprise, son apport personnel a été complété par du capital risque (CCD), tout en restant l’actionnaire majoritaire. Dans cette transmission, le cédant avait pour objectif la pérennité de CBE, PME originale d’une soixantaine de personnes, dotée d’un savoir-faire unique dans la réalisation de moules pour éléments de tunnels et d’usines clé en mains. Connue dans le monde entier, elle effectue 95% de son CA à l’export. “Depuis sa reprise, de nouveaux moyens ont été mis en place, et des personnes bilingues ou trilingues recrutées.


Jean-Pierre Lesot
La Mine d’Or

Jean-Pierre Lesot - Photo : AB
Occuper pendant plusieurs années un poste de direction dans un grand magasin de Tours dédié aux loisirs créatifs donne naturellement des idées, notamment celle de posséder un jour sa boutique dans ce domaine. C’est l’exemple de Jean-Pierre Lesot. En novembre 2002, un de ses amis lui signale un commerce de chasse, pêche, cave, ménage et quincaillerie à reprendre à Bourgueil. “Après avoir fait procéder à un état des lieux de l’affaire, vérifié les contrats en cours, l’état des sûretés et établi un diagnostic de conformité, je décidai de reprendre le magasin en location-gérance”, explique-t-il. Au passage, il change le nom de l’enseigne, qui devient “La Mine d’Or”. “J’ai conservé ce qui marchait bien et ajouté les loisirs créatifs. Avec cinq activités différentes, mon offre est suffisamment diversifiée pour faire venir la clientèle tout au long de l’année”. Dans cette opération, Jean-Pierre Lesot a toutefois regretté l’absence, en Touraine, de prêts spécifiques pour les commerces. “Réunir les fonds nécessaires a constitué une étape plutôt difficile. J’ai dû en effet autofinancer en totalité les travaux de rénovation du magasin”. Pour autant, il considère cette reprise comme une expérience extraordinaire. “Je suis très heureux des choix qui ont été faits, même si l’activité pour un petit commerce reste difficile. Mais le retour actuel des consommateurs vers les petites structures est plus qu’encourageant”. Ce qui rend optimiste pour l’avenir Jean-Pierre Lesot, qui vient d’être réélu président de l’Union commerciale de Bourgueil