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Tourisme : la Touraine reprend la main

Progression. Les acteurs du tourisme peuvent être satisfaits : la saison 2005 s’est conclue sur un bilan globalement positif pour la Touraine. Un bel été suivi d’une très agréable arrière-saison suffisent-ils à tout expliquer ? Sans doute, les efforts de promotion réalisés pour attirer une clientèle de plus en plus exigeante ont payé. Il existe encore des marges de progression, mais la Touraine semble sur la bonne voie

Dossier réalisé par Patrick Chateau

1 - Huttopia à Rillé : un camping trois étoiles en pleine nature.
- Photo : D.R.
2 - Jean-Christophe Inglessi a ouvert une boutique au sein de l’aéroport Tours Val de Loire.
- Photo : P.C.

Globalement positif : telle est la conclusion du ministre délégué au Tourisme, Léon Bertrand, lors de la présentation du bilan hexagonal pour l’année 2005. La reprise est donc là après les crises de 2003 et le timide frémissement de 2004, grâce notamment au retour des clientèles à fort pouvoir d’achat. Bénéficiant d’une clôture repoussée par une météo des plus clémentes, la Touraine a également su tirer ses marrons du feu. Preuve en est la fréquentation des offices de tourisme en hausse de 1 % par rapport à la période mars-novembre 2004. Sans être déterminante, l’augmentation constante du nombre de Britanniques transitant par l’aéroport et la ligne Tours- Londres a dû jouer. Sur un total de 93 000 passagers, 80 000 ont emprunté cette liaison en 2005. Une belle envolée quand on sait que la plate-forme comptait 3 000 passagers en 2001. “Notre objectif est double : atteindre 130 000 passagers à terme et capter des marchés, par exemple nordiques, russes, italiens, ne transitant pas par Paris, précise Isabelle Guérault, directeur de l’aéroport Tours Val de Loire. De plus, un million de personnes sont à moins de 60 minutes de l’aéroport, ce qui représente un potentiel pour augmenter la capacité des vols au départ de Tours.” Jean-Christophe Inglessi ne demande pas mieux. Le propriétaire de la – seule – boutique du site et créateur de la société Prima Vins annonce une augmentation de son chiffre d’affaires de 12 % en un an. “Nous offrons un choix de vins de Loire et d’épicerie fine haut de gamme, explique-til. C’est une excellente vitrine qui bénéficie à l’activité de nos autres implantations de Tours, Joué et Saint-Avertin.” Laurent Sonnefraud se félicite également des quelque 800 contrats de location de voitures enregistrés par son agence aéroportuaire. “C’est encore peu comparé aux 7 000 contrats annuels passés à la gare de Saint-Pierre-des-Corps, mais il est important d’y être, souligne le directeur d’exploitation de la concession Avis de Tours. En revanche, cette clientèle majoritairement familiale emprunte nos véhicules pour une durée plus longue.”

Stabilité de la fréquentation hôtelière.
Ces familles comptent-elles au nombre des clients du parc hôtelier ? “En 2005, ce secteur enregistre une fréquentation stable (- 0,1 % par rapport à 2004) avec une légère diminution de sa clientèle française compensée par le retour des touristes étrangers”, commente Christophe Bordier, chargé d’études Tourisme à l’Observatoire économique de Touraine.
une légère diminution de la clientèle hôtelière française compensée par le retour des touristes étrangers
 
Avec sa résidence hôtelière Le Moulin des Cordeliers, le groupe Pierre et Vacances affiche un taux moyen de remplissage de 65 % en avril et de 90 % en août. Si les gîtes déplorent un léger repli (- 0,8 %) dû à la désaffection de la clientèle anglaise (en dépit de la fidélité des Néerlandais et du retour des Américains), les campings affichent un grand sourire (+ 22 %). “Une embellie à tempérer car jusqu’à présent l’INSEE ne prenait pas forcément en compte les touroperators”, précise Christophe Bordier. Une cible étrangère que vise précisément Philippe Bossanne sur son site Huttopia à Rillé. Il souhaite y redonner ses lettres de noblesse au camping... sans sacrifier au confort. Huttopia propose un hébergement en canadienne, en roulotte ou en cabane, le tout au milieu de la forêt. L’accueil n’a rien de spartiate : les vacanciers dorment sur un vrai lit et sur pilotis, avec les sensations de pleine nature propres à ce camping trois étoiles. Une formule qui justifie sans doute les bons résultats de cette première saison. “Malgré une ouverture tardive à la mijuillet, nous affichions quasiment complet en locatif jusqu’à fin août en grande partie grâce aux touroperators”, explique Valérie Siméan , responsable commerciale. “ Nous accueillons aussi les campeurs traditionnels sur quatre-vingts emplacements libres et une vingtaine de campingcars.” Alors que se profile le début d’une nouvelle saison, Huttopia Rillé compte également attirer l’attention des entreprises grâce à son offre “séminaire”. Tout est prévu pour répondre à cette demande en sortant des sentiers battus ; et ce, toute l’année. “Nous proposons toute la gamme d’animations assurées par nos partenaires locaux durant la saison touristique”, conclut-elle. Tel est le cas de la jeune société Canopée Enchantée que l’on a pu voir sur ce site l’été dernier. Sa “branche” : des animations autour et dans les arbres. Particuliers, groupes, enfants, ou personnel d’entreprise, tous sont potentiellement concernés – à partir de sept ans - par le savoir-faire de son créateur, Cédric Billod-Laillet. Plus connue sous le nom d’activité Accrobranche®, cette activité inclut une découverte sensorielle des arbres et une approche scientifique qui aboutissent à une ascension vers la canopée avec ses différentes variantes : bivouacs de nuit, affût pour observer la faune, pont de singe, tyrolienne, pendule... et pourquoi pas une nacelle pour proposer une lecture de conte originale aux scolaires. Itinérants, Cédric et ses deux acolytes, Thomas Bonnet et Alexandre Aublé, évoluent sur un minimum de cinq sites en Touraine ; et toujours avec le plus grand respect pour la flore. “Nous excluons les plaies et perçages, explique-t-il. Et tout l’équipement est démonté après chaque animation.” Outre Huttopia Rillé, Nature et Découverte a déjà apprécié l’originalité de sa démarche et sa capacité d’adaptation.

L’importance du tourisme d’affaires.
Ces activités ludiques constituent désormais une offre complémentaire au tourisme dit “d’affaires” : le marché des réunions professionnelles (à l’exclusion des séjours individuels) englobe les séminaires, les conventions, les congrès, salons et autres événements d’entreprises. Un secteur d’activité qui affiche un léger mieux selon l’Observatoire économique de Touraine ; ceci après une période plutôt en demiteinte (étude Coach Omnium menée en 2003 pour la région Centre). Davantage connue comme destination de tourisme de loisirs, la Touraine dispose d’atouts réels : originalité de la destination, cadre et environnement, potentiel touristique, activités de loisirs ludiques et sportives, accueil et savoir-faire des professionnels. Ses lacunes sont également bien connues : proposition de produits peu adaptés aux différents marchés, manque d’hébergements haut de gamme et faiblesse de la communication et de la promotion à l’étranger. “La Touraine demeure un pôle réceptif pour les entreprises françaises et étrangères, mais nous vivons sur un acquis ne répondant plus à leurs attentes, explique Floscel Aubert, de la société d’organisation d’événements d’entreprise Aubert Ermisse. Je me bats pour dépoussiérer la destination, pour aller plus loin que la découverte des châteaux et des caves. Nous avons l’avantage de disposer d’un cadre dépaysant à proximité de Paris. Encore faut-il être capable d’attirer les entreprises grâce à des propositions inédites...” Telle est aussi l’ambition d’Alain Bodineau, responsable commercial de l’Hôtel de l’Univers à Tours dont environ 50 % de l’activité est due au tourisme d’affaires. “C’est un marché important car il nous fait travailler toute l’année, mais pas essentiel”, explique-t-il. C’est également au titre de secrétaire du “Loire Valley convention club” qu’il s’attache à rendre la destination tourangelle encore plus attractive. “Nous y avons réuni toutes les composantes utiles pour construire un kit d’utilisation de la Touraine le plus complet possible.” Encore faut-il le faire savoir. D’où la présence de l’association aux salons Bedouk et EMIF (en février dernier à Paris et Bruxelles) pour représenter la Touraine à l’international. “Il est urgent d’agir concrètement pour contrer la rude concurrence de régions comme la Côte d’Azur, la Bourgogne ou de villes comme Bordeaux, Strasbourg, la Baule..., ajoute-t-il. Tous les interlocuteurs, privés et institutionnels, auraient intérêt à se réunir autour d’une table pour élaborer ces actions."

Des machines géantes animent le Parc Leonardo da Vinci - Clos Lucé. - Photo : D.R./Clos Lucé/Ecorbis sygma
La CCI s’implique davantage.
Voilà justement la raison d’être de la commission Tourisme de la CCI de Touraine présidée par Eric Pasquier. “La CCI, la SEM Ligeris et le Comité départemental du tourisme ont décidé de travailler ensemble pour accroître l’efficacité de notre offre”, explique-t-il. La première session de travail porte sur les besoins exprimés par les professionnels. Ou comment mieux “vendre” la destination Touraine et son art de vivre en tenant compte de la diminution des budgets attribués par les entreprises... Des propositions concrètes devraient voir le jour l’été prochain. “Ainsi, l’internet doit aider les professionnels de l’hôtellerie à mieux répondre aux nouveaux comportements des touristes en matière promotionnelle et de réservation, conclut Eric Pasquier. Nous sommes relayés par la commission Hôtellerie présidée par Alain Levesque afin d’améliorer la présentation et l’accueil des établissements tourangeaux. Un audit comprenant un questionnaire destiné à leur clientèle leur sera prochainement proposé. Il est aussi essentiel d’organiser des événements internationaux car l’accueil et la promotion ne suffisent pas à constituer une offre concurrentielle.”

Un grand cru.
La qualité – de l’offre culturelle – et l’accueil du public sont justement au coeur des préoccupations de François Saint-Bris. Et portent leurs fruits : “Avec 248 000 visiteurs, l’année 2005 est un très grand cru, commente le président du château du Clos Lucé-Parc Leonardo da Vinci. Elle consacre les efforts de toute une équipe attachée à mieux valoriser ce site auprès de tous les publics.” En effet, le repositionnement du site – couplé à l’ouverture du parc culturel et de son parcours paysagé - orchestré par Jean Saint-Bris en 2003, a le mérite de n’oublier aucune catégorie de visiteurs ; au premier rang desquels la famille. “Nous proposons une visite en trois temps : le château, puis le parc avec ses 16 machines géantes, prochainement le jardin de Leonardo sur 5 000 m2, et enfin la découverte audiovisuelle de son univers”, ajoute-t-il. La visite dure deux heures au minimum contre une seule autrefois. Le but : devenir une destination de demi-journée incontournable conjuguant culture et nature, invitant le public à se cultiver de façon ludique tout en prenant son temps. La boutique, la nouvelle épicerie Renaissance et les trois restaurants y pourvoient parfaitement. Autre axe de développement : la clientèle étrangère qui assure environ 25 % de la fréquentation totale là où les autres sites annoncent 45 %. Le Clos Lucé met toute son énergie dans la promotion à destination des marchés asiatiques, anglo-saxons et européens. Ceci sans jamais renier ses valeurs scientifiques et culturelles toujours renouvelées. Elles lui permettent de sensibiliser le public scolaire des 8/12 ans (plus de 30 000 visiteurs par an). Un kit pédagogique leur est spécialement adressé. Tout comme les trois ateliers (dessin, cuisine, musique et danse) inaugurés depuis peu. Et si cela ne suffisait pas, le Clos Lucé annonce la mise en vente d’un jeu vidéo d’énigmes, la reproduction de La Cène grandeur nature (exposition du 1er juin au 15 octobre), un projet d’institut culturel et scientifique Leonardo da Vinci pour 2007/2008... Une politique d’événements et de promotion très offensive qui permettrait au site de franchir le seuil des 300 000 entrées d’ici à 2009.
Yves Chardron aux commandes du ballon Cyb’Air Vision - Photo : D.R.
Prendre de la hauteur, c’est justement ce que propose – au sens propre du terme – Yves Chardron, créateur de Cyb’Air Vision à Saint-Cyr-sur-Loire. Les sites touristiques, et plus largement toute entreprise, collectivités, ou particulier désireux d’obtenir une photo aérienne rapidement et à coût abordable peuvent faire appel à ses services. Les prises de vues sont assurées à l’aide d’un ballon captif ou d’un mât télescopique commandés depuis le sol, de quelques mètres à 150 mètres d’altitude. “C’est la solution idéale quand la photo au sol n’en dévoile pas assez et que les moyens aériens traditionnels manquent de proximité et de souplesse, explique-t-il. La photographie aérienne basse altitude offre de nombreux avantages au regard des techniques traditionnelles : un système silencieux et non polluant, pas d’autorisation contraignante de survol, intervention en ville ou sur des sites sensibles, optimisation des cadrages selon vos souhaits, flexibilité et rapidité d’intervention.” Bref, c’est un regard neuf que Cyb’Air Vision invite à poser sur l’environnement. Autant d’angles inédits et originaux qui devraient valoriser l’image de la Touraine en France, comme à l’étranger...


 
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