Stragégie / Expert

Des aides pour progresser

Projets. ARDAN, CIFRE, CORTECHS... ces abréviations intéressent potentiellement les PME-PMI concernées par un projet de développement technologique, le perfectionnement technique d’un collaborateur ou encore la création d’un poste. Plus que des aides financières, ce sont autant de “pieds à l’étrier” qui favorisent l’évolution de l’entreprise

Patrick Chateau

Alain Dailloux - Liotard
Photos : P.C.

Pour quel motif un jeune doctorant irait-il préparer sa thèse au sein d’une entreprise ? Et qu’est-ce qui conduirait cette dernière à lui confier son projet de développement technologique ? La réponse tient en cinq lettres : CIFRE. Voilà déjà un an que la société Primagaz de St- Pierre-des-Corps a confié la réalisation d’un système de gestion en flux tendu de ses citernes à un thésard du laboratoire informatique de PolytechTours ; ceci dans le cadre d’une convention industrielle de formation par la recherche. “Elle nous apporte les compétences du chercheur, celles de son laboratoire, et des élèves que le thésard encadre, explique le pdg de Liotard, Alain Dailloux, qui a participé à son recrutement. C’est un système très puissant qui est mis à la disposition de l’entreprise.” Dès lors, celle-ci dispose de moyens de calcul que seul un laboratoire universitaire peut offrir. “Il faut abandonner l’idée qu’un universitaire ne fait que de la recherche fondamentale, ajoute-t-il. Au contraire, elle est de plus en plus appliquée et peut trouver sa place en entreprise”.

Convention Cortechs chez Eskape
Photos : D.R.
Trouver le bon candidat. “Oui, mais à la condition de trouver le bon candidat et qu’il existe une bonne synergie entre l’entreprise et le laboratoire de recherche”, admet Laurent Fontenit, directeur d’EsKape à Tours. Cette société de services informatiques souhaitait apporter de nouvelles fonctionnalités à sa plateforme de travail collaboratif Connectik’up. Une mission confiée à Laure-Emmanuelle Drezet qui, depuis, a retrouvé le laboratoire informatique de PolytechTours où elle est désormais enseignant-chercheur. “Le plus complexe est sans doute de donner le bon rythme à son emploi du temps, ajoute Hélène Carayon, responsable des études. Nous avions opté pour une semaine de présence sur deux, mais cela dépend de chaque projet. C’est toujours délicat car le doctorant doit préparer sa thèse tout en assurant un retour d’information permanent à l’entreprise.” Néanmoins, ils s’accordent à dire que c’est une chance d’avoir un chercheur non “pollué” par l’environnement professionnel ; quelqu’un qui peut réfléchir à l’aspect théorique d’une donnée. EsKape a également bénéficié d’une convention Cortechs pour “faire monter en puissance” les compétences d’un jeune titulaire de BTS. “Une procédure très lourde, mais très satisfaisante”, souligne Laurent Fontenit.

Convention Cortechs chez Dimaco
Photos : P.C.
Philippe Hussenet, responsable de la société chinonaise Dimaco, se félicite également d’avoir suivi les conseils de la CCI de Touraine et de l’agence de développement et d’urbanisme du Chinonais (ADUC) en optant pour cette solution. Cette entreprise spécialisée dans la conception, la fabrication et la vente de nettoyeurs haute pression pour professionnels a choisi de développer un système d’information utilisable par chaque salarié pour apporter rapidement la bonne réponse à la question d’un client. “Je me suis rapproché du lycée Rabelais et de Dominique Desriaux, le professeur de Cedric Cabit auquel j’ai finalement confié mon projet”, précise Philippe Hussenet. Suivi par Philippe Malabry, chargé de la maintenance industrielle au lycée Rabelais, Cédric bénéficie d’un CDD d’une année. “Mais tous ici ont été engagés à l’issue d’un CDD ou d’une mission d’intérim”, conclut Philippe Hussenet. “Tout cela a fonctionné car nous avions un projet, un lycée intéressé et un interlocuteur administratif efficace”. Parallèlement, Dimaco cherche à recruter un candidat pour son service export grâce au dispositif ARDAN.

Programme Ardan chez DAAC
Photos : D.R.
Un intérêt partagé. “J’ai entendu parler d’ARDAN au moment où j’envisageais d’embaucher un animateur qualité”, se souvient Philippe Reneux, gérant de DAAC, société de vente et d’entretien de matériel incendie à Larçay. L’intérêt d’un financement à hauteur de 80 %, le fait qu’il ait déjà un candidat pour cette création de poste - Jérôme Maintier, ainsi que la simplicité du dossier lui ont fait franchir le pas. “C’est une bonne solution qui permet de tester la personne dans des conditions optimales, ajoute-t-il. D’ailleurs, j’ai décidé de la garder”. Un sentiment partagé par Frédéric Schneider et Christophe Trotignon, les co-gérant de Signetis à Saint-Avertin. Ces spécialistes en signalétique extérieure, intérieure et événementielle, ont ainsi créé leur premier emploi d’assistante commerciale. “C’est un contrat mutuellement profitable, car chaque partie peut s’assurer que l’autre répond à ses attentes”, expliquent-ils. Aujourd’hui Signetis compte six membres. Ils seront sans doute davantage demain, car de nouveaux recrutements sont envisagés grâce à ARDAN.

Mode d’emploi

Convention industrielle de formation par la recherche (CIFRE)
La CIFRE associe trois partenaires : une entreprise, un jeune diplômé souhaitant entreprendre un doctorat dans un cadre professionnel, et une équipe de recherche qui assure l’encadrement de la thèse. Cette convention est passée pour trois ans entre l’Association nationale de la recherche technique (ANRT) et l’entreprise ; celle-ci signe un contrat de travail avec le doctorant, à durée déterminée ou indéterminée. L’entreprise reçoit une subvention annuelle de 14 635,49 € correspondant à un salaire brut annuel minimum de 20 215,03 €. “Cette convention convient à une entreprise d’une certaine taille capable de s’engager sur trois ans, explique Claude Fleurier, délégué régional à la recherche et à la technologie. Environ une trentaine sont financées en région Centre chaque année par l’Etat”.

Conventions de recherche pour les techniciens supérieurs (CORTECHS)
L’objectif : inciter les PME-PMI à confier à un jeune technicien supérieur un projet de développement technologique en partenariat avec un centre de compétence (organisme de recherche, université, IUT, école d’ingénieurs, lycée technique et professionnel, structure de transfert de technologie). Le technicien sera titulaire d’un DUT, d’un BTS ou d’un titre équivalent ou avoir un niveau bac +2. Détenteur d’un contrat de travail de 12 mois minimum (CDD ou CDI), il recevra une formation complémentaire à la gestion de projet d’innovation d’une durée minimum de 80 heures. La CORTECHS est passée pour un an entre l’ANVAR et l’entreprise qui reçoit une subvention de 13 300 € pour un an couvrant au maximum 50 % des dépenses exigibles. “Nous avons beaucoup simplifié l’accès à ce dispositif et nous espérons passer de quatre dossiers en 2005 à une dizaine cette année toujours pour la région Centre”, précise Claude Fleurier.

Association régionale pour le développement d’activités nouvelles (ARDAN Centre)
Il permet d’intégrer un collaborateur (demandeur d’emploi, n’ayant jamais eu de contrat avec l’entreprise, sans condition d’âge ni de diplôme) en charge d’un projet de développement s’inscrivant dans la durée ou tout simplement de créer une fonction n’existant pas au sein de l’entreprise. Pendant six mois, elle ne le rémunère qu’à hauteur de 65% du salaire net qu’ils ont fixé ensemble (plafond limité à 762,25 €). Les 35% restants sont pris en charge par l’Assedic ou le CNASEA. Un accompagnement à la formation de 1 525 € permet d’ajuster les compétences du développeur au regard de son profil et du projet. L’entreprise bénéficiaire comptera moins de 100 salariés et plus d’un an d’existence, et ne doit pas avoir procédé à des licenciements pour raisons économiques depuis plus d’un an. En 2004, 84% des porteurs de projet se sont vu proposer une embauche par leur employeur.