Actualités / Développement


La région se projette à dix ans : peut mieux faire !

Clé de l'avenir, une bonne préparation du Schéma régional de développement économique et social a été jugée capitale. En Indre-et-Loire, le Conseil général a consulté les acteurs économiques. L’association Bouge la Touraine et les élus de la CCI réunis en groupes de travail ont nourri la réflexion. Le document définitif, voté à la Région, n’est cependant pas à la hauteur des attentes

Propos recueillis par Odile Ménard

Une large réflexion préalable

L’Etat a confié au Conseil régional, dans le cadre de la loi du 13 août 2004 relative aux libertés et responsabilités locales, à titre expérimental et à des fins de coordination des actions, l’élaboration d’un schéma régional de développement économique. Ce schéma doit offrir un cadre de référence, traduire l’expression d’une stratégie qui vise, pour les dix prochaines années, à promouvoir un développement équilibré du territoire régional ainsi qu’à favoriser son attractivité. Il confère en outre au Conseil régional, par délégation de compétence de l’Etat, l’attribution des aides que ce dernier met en oeuvre au profit des entreprises. Le Conseil régional s’est engagé au printemps dernier dans l’élaboration de ce schéma régional de développement économique - et social (SRDES) - en déclarant l’emploi comme priorité d’action. Les acteurs socio-économiques de la région, les collectivités locales, les chambres consulaires, les organisations syndicales ainsi que le Conseil économique et social régional ont été consultés.

Déficit d’image...

Le SRDES s’appuie sur un état des lieux. La région souffre d’abord d’un déficit d’identité et d’image. Son modèle de développement, longtemps marqué par la proximité et les retombées de la région parisienne, s’essouffle devant de nouvelles stratégies d’implantation et face à l’attractivité et à la concurrence accrue de territoires mieux positionnés par rapport aux marchés européens. Son industrie reste puissante mais très diversifiée et peu organisée. Secteur fortement dépendant de centres de décision extérieurs à la région, elle est, de plus, dans un contexte de mondialisation de l’économie, exposée aux risques de délocalisations. La région, par ailleurs, reste peu dynamique en matière de création d’entreprises et à cette faible performance s’ajoute le problème de la reprise et de la transmission avec la perspective d’un départ massif de dirigeants au cours des dix prochaines années. Le niveau général de formation, en deçà de la moyenne française, constitue un autre handicap pour la région, et l’apprentissage, bien que plus développé, reste marqué par des niveaux faibles de formation et des sorties précoces. Plus globalement, c’est la démographie de la région qui est préoccupante et les disparités territoriales qui se creusent, notamment entre les campagnes et les grandes villes vers lesquelles se concentrent les populations.

Photo : Conseil général
... mais filons prometteurs

Le diagnostic révèle et met en lumière des potentiels à faire valoir ainsi que des opportunités à saisir. Ainsi, la recherche publique, présente et diversifiée en région Centre, peut servir de point d’appui au développement technologique de nature même à favoriser un effet de levier d’entraînement pour le tissu de PME/PMI environnant. Le tourisme, bien sûr, au-delà du patrimoine historique et des châteaux, présente des gisements encore insuffisamment exploités. La découverte de la nature, l’artisanat d’art, la gastronomie, les vins et le tourisme d’affaires sont à construire pour de nouvelles clientèles tandis que le programme Loire à vélo devrait être demain l’un des produits phares de la région. L’environnement, dans un Val de Loire classé au patrimoine mondial de l’humanité, devrait prendre toute sa dimension pour fixer de nouvelles activités autour du patrimoine naturel, du traitement de l’eau, des déchets et pollutions diverses, créer ainsi de l’emploi et ancrer durablement de nouvelles populations. La question énergétique sera également présente avec la reconnaissance sur le territoire régional du pôle de compétitivité “sciences et systèmes de l’énergie électrique”.

Les choix de la Région

Au regard des constats, le Conseil régional a fait le choix, dans le SRDES adopté en ce début d’année, d’une politique et d’une stratégie de développement économique qui s’articulent autour de trois thématiques : - une région innovante, qui renforce et valorise les compétences professionnelles de ses habitants par la formation et la recherche, - une région entreprenante et solidaire, - une région ouverte, attractive et respectueuse de l’environnement. Pour résumer : l’image Loire Valley, la promotion de la région, le tourisme, l’immobilier, l’intelligence économique confiée à Centreco, la simplification des aides, le développement durable, la notion de réseaux d’entreprises, le haut débit et la formation professionnelle figurent parmi les orientations. Acontrario, les infrastructures routières, l’aéroport de Tours, le commerce, la R&D privée et plus globalement la reconnaissance de la place des CCI (création - reprise - transmission, tourisme, veille technologique confiée à l’ARITT, observation économique, et accueil des entreprises) ainsi que l’absence de référencement des conseils généraux dans une mission de proximité font défaut. Le programme d’actions et les orientations budgétaires qui lui sont liées seront définis ultérieurement.

“Bouge la Touraine” reste sur sa faim

L’association Bouge la Touraine a examiné point par point le schéma régional qu’elle espère voir évoluer. Dans un courrier adressé en décembre dernier à Michel Sapin, président du Conseil régional, la Chambre d’agriculture, la Chambre de commerce et d’industrie, la Fédération des Unions commerciales, le Medef et la CGPME, membres de Bouge la Touraine, ont formulé leurs attentes, ainsi que des propositions concrètes qui entrent dans le cadre du SRDES et peuvent y être intégrées : “Bouge la Touraine, Monsieur le Président, entend être force de proposition et vecteur d’impulsion pour que le monde de l’entreprise contribue, dans un climat qui soit favorable à l’exercice de l’activité économique, au développement équilibré et durable de notre territoire.”

Huit propositions.

Formation professionnelle et apprentissage : réviser le schéma de formation professionnelle adopté ces dernières années, traduire régionalement les nouvelles dispositions voulues par le législateur et attirer les jeunes vers des métiers dont l’image est injustement dégradée. Bouge la Touraine attend en outre que la formation consulaire et l’enseignement spécialisé soient reconnus à leur juste valeur.

Photo : D.R.
Tourisme : mise en réseau des prestataires locaux du tourisme, incluant les artisans et les agriculteurs, pour constituer une offre de produits locaux. Faire preuve d’ambition, en cohérence avec l’atout considérable qu’est le classement des paysages du Val de Loire au patrimoine mondial de l’humanité. La Mission Val de Loire, non citée dans le projet de schéma, pourrait en ce sens se voir confier la définition de grandes manifestations.

Aménagement du territoire et transport. Bouge la Touraine sera vigilante à ce que le Schéma d’aménagement et de développement du territoire intègre les infrastructures routières : le contournement de l’agglomération tourangelle, la mise à 2x2 voies de la RN143 entre Tours et Châteauroux , l’autoroute A10 bis, l’inscription de l’autoroute entre Bourges, Auxerre et Troyes, liaison interrégionale et maillon du contournement intermédiaire du bassin parisien. Les projets ferroviaires sont au contraire à considérer sur le long terme, dans le cadre d’une approche multimodale. Enfin, le Conseil régional reconnaissait à l’aéroport de Tours-Val de Loire, dans le projet soumis à consultation, une place significative dans le domaine du transport de voyageurs. Bouge la Touraine s’étonne du retrait de ces engagements initiaux et au soutien conditionné à des “critères sociaux et environnementaux”.

Pôle d’excellence en efficacité énergétique. La maîtrise des consommations énergétiques et le développement de toutes les formes d’énergies renouvelables constituent les priorités de ce pôle. Les acteurs agricoles concourant à ces objectifs, il est important qu’ils puissent être soutenus par la politique régionale dans leur démarche de valorisation économique de la biomasse, des bioproduits et de la filière bois.

Accompagnement des entreprises. La typologie des entreprises, tous secteurs confondus, ne cesse d’évoluer en réponse aux évolutions conjoncturelles et structurelles. Le SDRES aurait dû considérer cette réalité économique et proposer une politique d’aides indifférenciée incluant le secteur des services. Par ailleurs, aucune disposition, orientation ou même réflexion n’a porté sur les professions libérales, secteur pourtant actif et performant dans notre région.

Innovation et transfert de technologie. Dans la philosophie des pôles de compétitivité, mais dans une dimension plus locale, la définition du contour de centres d’études et de recherche, lieux de rencontre entre des groupes de PME/PMI exprimant des intérêts communs et la recherche universitaire, gagnerait à être encouragée et soutenue.

Création et reprise d’entreprise. Bouge la Touraine préconise, comme axe majeur de la politique de développement économique, le renforcement des dispositifs en faveur de la création et de la reprise d’entreprises aussi bien dans l’industrie, l’artisanat, le commerce que l’agriculture. L’association réaffirme ici le rôle pilote des chambres consulaires chacune, bien évidemment, pour ce qui concerne son champ de compétences.

Observation économique. Forte de nombreux acteurs dans la région, elle gagnerait en efficience en étant mutualisée au sein d’une structure régionale indépendante, selon des bases et des modalités qui pourraient être définies dans le cadre d’une mission d’audit confiée, en raison de son expérience, à l’Observatoire Economique de Touraine.


 
1 / 2