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Touche pas
à mes soldes !
Mot magique. Promotions, réductions, opérations de
fidélisation : aujourd’hui, en France, plus de quatre
articles textiles sur dix sont achetés au rabais.
Quel est l’impact des soldes ? Réponse tourangelle
Catherine Geffroy
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| Photo : D.R. |
Dès l’automne, les grands magasins et
des chaînes de prêt-à-porter affichent
leurs promotions. Qu’il s’agisse
d’animations programmées de longue
date ou de déstockage un peu “sauvage”,
elles tendent à bouleverser les comportements
d’achat du consommateur. Pire, on
les accuse de banaliser les soldes.
Plusieurs témoignages recueillis en
Touraine prouvent qu’on en est loin.
Pourtant, Jean-Claude Prevost, directeur
des Galeries Lafayette à Tours, le reconnaît
: “Les soldes ont subi depuis quelque
temps une érosion difficile à mesurer.
Mais ils demeurent un événement dont on
ne peut se passer. Les gens ne comprennent
pas le processus des promos : ça
s’enchaîne, ça se superpose, c’est très peu
lisible. Les soldes constituent au contraire
une unité de temps inscrite au calendrier
et ils sont cohérents même si toute la
gamme des rabais coexiste”. Co-présidente
de l’Union commerciale de Tours,
Marie-France Mahajoub (magasin Jeanne
Montaigne) renchérit : “On pense à tort
que le consommateur amalgame tout :
promos et soldes. Le mot soldes est encore
un mot magique, surtout quand on est
indépendant et qu’on fait des marques.
Outre notre clientèle fidèle, nous attirons
des femmes qui ne peuvent pas accéder à
ce niveau de gamme en temps ordinaire :
c’est 30 % de notre clientèle de soldes.
Elles viennent dès le premier jour après
avoir fait du repérage et elles achètent”.
A Amboise, Loches et Chinon, l’événement
est toujours aussi attendu d’autant
qu’il se situe alors que la saison est loin
d’être finie. Même s’ils regrettent le poids
croissant des soldes, tous les professionnels
reconnaissent qu’ils constituent
aujourd’hui un soutien indispensable à la
consommation. Et un événement incontournable
pour les indépendants qui ne
font pas ou très peu de promotions, faute
de pouvoir procéder à du réassort.
Rush. La médiatisation de l’événement
crée désormais un phénomène d’attente
pendant les deux semaines précédentes.
Ensuite, c’est le rush : un rush de plus en
plus fort et de plus en plus court. Les
quatre premiers jours sont décisifs : les
Galeries Lafayette y réalisent plus de la
moitié du chiffre d’affaires du mois.
Ensuite, l’intérêt retombe fortement, du
moins à Tours. Explication de Jean-
Claude Prevost : “Les consommateurs
savent que les commerçants travaillent
avec beaucoup moins de stock qu’auparavant.
S’ils veulent trouver leur taille ou
leur pointure, il leur faut être là dès les
premiers jours”. Bernadette Belleville
(quatre boutiques indépendantes ou franchisées
à Tours) souligne aussi que “les
clientes qui fréquentent habituellement
nos boutiques savent qu’il n’y a pas de
réassort. Donc au bout de quatre jours, le
soufflé retombe, parce qu’elles se disent
qu’il n’y a plus grand chose”. Est-ce parce
que les consommateurs ruraux sont moins
soumis au rythme des promotions que les
soldes se vivent différemment dans le
département ? ALoches, Martine Colin,
présidente de l’Union commerciale,
constate “qu’après les quatre premiers
jours, l’intérêt retombe mais continue et
sur un rythme plus régulier qu’à Tours.
On a environ douze jours de travail”.
Même s’il enregistre une évasion certaine
sur l’agglomération tourangelle, le
commerce lochois n’est pas mécontent :
“Nous commençons à avoir une offre
assez conséquente en équipement de la
personne, avec des positionnements différents,
ce qui fixe une partie de la clientèle
et agrandit notre zone de chalandise sur le
rural”. AChinon, Roger Fonfrède (vêtements
de marque pour hommes) ne fait
une deuxième démarque qu’au bout de la
première quinzaine. “Ça s’étale davantage qu’à Tours. En fait, la clientèle est
moins sous pression qu’en ville, elle se
précipite un peu moins les premiers jours
mais la durée est plus longue. On bénéficie
en plus d’une clientèle touristique, ce
qui fait qu’on vend plus longtemps les
vêtements d’été. »
Perturbé. On savait le client “émancipé”,
le voilà désinvolte. Les Galeries
Lafayette assistent à une amplification des
achats de premier jour : le client prend
largement, fait le tri et revient se faire
rembourser. “Difficile à gérer, avoue Jean-
Claude Prevost. Par contre, nous ne
constatons pas de tentative de marchandage”.
Le client sait qu’il évolue dans un
univers “bordé”. Ce même consommateur
n’hésite pas à tenter sa chance auprès des
commerces indépendants : “Quinze jours
avant les soldes, on nous demande des
prix, même dans le haut-de-gamme. Ce
sont souvent des femmes qu’on ne voit pas
d’habitude” observe Bernadette Belleville.
Le client peut même se montrer limite
agressif quand il ne comprend plus le
système, comme l’explique une commerçante
d’Amboise : “L’abondance de
promotions fait que le client attend
toujours plus des soldes. Plus on baisse les
prix, plus il doute de leur bien-fondé.
Certains en seraient même à vouloir faire
leurs prix”. De la même façon, “certains
clients ne comprennent pas que nous, indépendants,
ne pouvons pas réassortir les
tailles pendant les soldes, au contraire des
chaînes. Plus que jamais, il faut être disponible
et expliquer pendant cette périodelà”,
note Marie-France Mahajoub. Le
problème, c’est que le consommateur est
aujourd’hui en manque de repères : “Il n’a
plus trop la notion du produit et de sa
qualité, constate Bernadette Belleville.
Cela conduit parfois à un comportement
un peu obsessionnel : il entre dans la
boutique en se demandant quelle bonne
affaire il va pouvoir faire en considérant
simplement la remise. Sans faire attention
au prix ni à la qualité”. La situation est
nouvelle et un peu frustrante pour le
professionnel : “Quel est le prix juste ? Le
consommateur ne le sait plus, déplore
Roger Fonfrède. Dans ce contexte, la
marque constitue un repère. Mais le client
demande peu de conseils et la relation de
confiance est difficile à établir”.
Réactivité. Limités par leur marge,
certains commerçants commencent à
-20 %, -30 % et s’adaptent ensuite. Mais
tous les consommateurs ne comprennent
pas qu’un produit de marque n’affiche
qu’un rabais de -30 %. Pour tenter de
conserver leur marge, des commerçants
décident de prendre de moins en moins
de risques, comme faire l’impasse sur les
produits de demi-saison. Plus généralement,
ils essaient de se différencier des
chaînes en faisant des produits de qualité
et des marques de référence. Jean-
Jacques Vaudin, (deux boutiques de
chaussures à Tours, Appoline et
Alexandrine) travaille toute l’année en
ce sens : “Les clientes viennent chercher
chez nous un produit plus mode, plus
créatif que dans les chaînes. Je vais
jusqu’au salon de Milan pour trouver
des produits nouveaux. On a une image
et c’est notre différence – accueil, convivialité,
boutique agréable – qui attire :
ça se retrouve au niveau des soldes. La
cliente a le plaisir d’accéder à un
produit plus recherché, à un prix plus
accessible.” D’autres se spécialisent là
où ils sont le moins concurrencés et se
repositionnent sur des marques à forte
notoriété. C’est le cas de Bernadette
Belleville qui vient de dédier une de ses
boutiques à la marque Max Mara.
Manifestement, les soldes ont encore de
beaux jours devant eux. S’ils constituent
pour les consommateurs de
“bonnes affaires attendues”, i l s
compliquent le travail des commerçants
qui doivent les gérer dans des conditions
d’incertitudes croissantes et sur de
plus courtes durées. Bien que leur
perception soit troublée par la multiplication
désordonnée des promotions et
de leurs effets pervers, ils semblent de
plus en plus intégrés et prévus dans le
plan d’achat des consommateurs.
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