En couverture / Des marchés, des hommes

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Une méthode de travail à inventer

Pour atteindre leurs objectifs, les acteurs des pôles de compétitivité vont devoir apprendre à travailler ensemble efficacement pour creuser l’écart avec leurs concurrents. Cette évolution suppose la mise en place d’une organisation basée sur le partage d’informations, sur la confiance, et sur la simplicité

1 - Polytech’Tours - Photo : D.R. - Polytech
2 - Françoise Poirier, Grepic - Photo : A.B.
3 - Patrick Hibon de Frohen, IMT - Photo : D.R. -IMT
4 - Christian Proust, Polytech’Tours - Photo : D.R. - Polytech

Un des enjeux clés pour les pôles de compétitivité est certainement celui d’une efficacité collective basée sur un management novateur, ainsi que sur la mise en place d’organisations et d’outils robustes. “Depuis plus de dix ans, je constate que le modèle de la performance s’appuie de plus en plus sur des communautés de pratiques, sur un travail en réseau, et sur la capitalisation des connaissances, explique Richard Collin, président d’ICCE (voir encadré page 20). Il s’agit d’une profonde et nécessaire transformation. Les entreprises et les institutions redécouvrent que ce n’est pas l’accumulation qui organise une capitalisation utile des connaissances, mais la possibilité offerte à tous d’exploiter et de partager les informations. Parce qu’il y va de l’intérêt de tous et de chacun.”
C’est donc l’organisation compétitive qui crée l’avantage concurrentiel. L’innovation serait donc d’abord organisationnelle ? Chaque pôle creusera l’écart par sa capacité à mobiliser, à partager et développer ses connaissances plus rapidement et mieux que ses concurrents. Reste qu’aujourd’hui, travailler en réseau reste difficile. “D’un point de vue technique, les industries pharmaceutiques et cosmétologiques possèdent des équipements de pointe, rappelle Françoise Poirier, présidente du GREPIC. Mais, à l’instar de toutes les branches, les laboratoires mettent difficilement en commun leurs compétences, d’autant qu’il n’existe pas de lien fort entre les laboratoires pharmaceutiques et les laboratoires de cosmétique.” Pour Patrick Hibon de Frohen, directeur de l’IMT, “les décideurs sont convaincus et doivent entraîner les personnels de la production à s’ouvrir et à partager leurs expériences.”

“Maillager”. La solution ? Faire en sorte que les membres de l’organisation s’engagent les uns vis à vis des autres. “Dès lors, le travail du manager ne consiste pas seulement à résoudre des problèmes, mais à animer un réseau de confiance au sein du pôle, ajoute Richard Collin. Vouloir coopérer, savoir coopérer, pouvoir coopérer : tels sont les principes du “maillager”, animateur de l’efficacité collective et créateur de valeurs.” Philippe Andrieu admet que sans réseau, Lytess n’existerait pas. “C’est grâce à un pôle de compétences techniques que j’ai pu développer des produits cosmétotextiles de qualité... Notre savoir-faire pour le moment est concentré dans l’action marketing et commerciale, même si nous envisageons grâce au pôle l’intégration de la filière microencapsulation et façonnage”. Pour Christian Proust, directeur de Polytech’Tours, “l’échange autour d’un projet commun amène les gens à se dépasser, à se poser des question interdisciplinaires.” L’état actuel de la technologie (Internet, messageries intelligentes...) favorise cette vision de la performance basée sur la collaboration. Les bénéfices sont bien identifiés, tant pour le management (aide à la décision, création de valeur...) que pour l’ensemble des collaborateurs (autonomie, compréhension des enjeux...). Encore faut-il privilégier la simplicité et s’assurer que les premiers résultats arrivent rapidement afin que tous restent mobilisés. “Nous ne voulons pas transformer le pôle en « usine à gaz », confie Armand Blottin chez STMicroelectronics. Nous nous concentrons sur le noyau dur des 10 projets actuellement à l’étude pour démarrer le plus vite possible et ainsi convaincre les derniers hésitants.”




Ecobiz : vouloir, savoir, pouvoir coopérer

Partant, tel Socrate, du principe que “le savoir est la seule matière qui s’accroît quand on la partage”, le 24 mai 2005, la DATAR organisait une bourse de projets sur le thème des “Rendez-vous de l’efficacité collective des pôles de compétitivité, pôles d’excellence et réseaux d’entreprises”. L’objectif : faire émerger des solutions d’animation pour renforcer la compréhension des outils et des méthodes d’efficacité collective, facteurs de la réussite des pôles.
Six solutions exemplaires ont été retenues et bénéficieront, le cas échéant, d’un financement de la DATAR pour les adapter aux besoins de chacun des pôles. Inauguré en décembre 2003 par la CCI de Grenoble, Ecobiz se présente comme un dispositif complet de partage des connaissances. Organisé à l’échelle d’un territoire ; il permet aux acteurs économiques de s’inscrire à des communautés de pratiques virtuelles hébergées sur une plate-forme où s’échangent les informations, savoirs et expériences.
L’éditeur de progiciels de gestion de portails Kosmos propose K-Portal, un progiciel communautaire dont les fonctionnalités s’adaptent au fonctionnement choisi entre les acteurs. Avec MayeticVillage, (société Mayetic) des équipes de toutes tailles et de toutes compositions peuvent travailler ensemble sur des documents communs à partir d’un simple navigateur web prêt à l’emploi et en libreservice. Selon les besoins des utilisateurs (connexions aux données, aux personnes, ou au processus), Microsoft déploie différents outils déjà existants dans sa panoplie.
En développant le réseau IDEAL, la société CYO a privilégié une méthodologie spécifique évolutive et de faible coût permettant d’obtenir des flux de connaissances importants et pertinents. Opérateur du service Xwiki.com, Xpernet s’intègre étroitement avec les systèmes d’information des entreprises, exploite les mécanismes sociaux de partage en s’appuyant sur des technologies et fonctionnalités comme les weblogs ou les fils d’information RSS. Enfin, ICCE se propose de faire adopter les principes du “maillager”, éclaireur et animateur de l’efficacité collective : vouloir, savoir et pouvoir coopérer.



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