Dossier / Des marchés, des hommes

Maisons individuelles Professionnalisation réussie

Maison Barraco
Photo : Jacques Benazet

Crédibilité.
D'innovations techniques en évolutions de la législation, les constructeurs de maisons individuelles ont progressivement réussi à tirer leur profession vers le haut, notamment sous l'impulsion de l'Union nationale des constructeurs de maisons individuelles et ce, au bénéfice des consommateurs satisfaits d'être écoutés, associés à leur projet de construction et accompagnés au fil des mois par des professionnels responsables

Dossier réalisé par Patrick Chateau

S A V O I R - F A I R E
Les constructeurs en quête d'espace

Les constructeurs de maisons individuelles de Touraine revendiquent leur savoir-faire et leur maîtrise des différents corps de métiers impliqués sur leurs chantiers. Après avoir vécu des années plutôt fastes, les voilà placés face à plusieurs défis : la raréfaction et l'envolée des prix des terrains à bâtir et la pénurie de main-d'oeuvre spécialisée

La première des maladresses à éviter lorsque l'on s'adresse à un constructeur de maison individuelle, c'est de le confondre avec un lotisseur qui, lui, relève de la promotion immobilière. Ce dernier fait l'acquisition d'un terrain à la surface plus ou moins importante, la viabilise, puis y construit des maisons (ou des immeubles) qu'il finit par commercialiser. Le constructeur revendique sa qualité de meneur de projet sur mesure. "Il propose la réalisation d'un produit multiple totalement garanti du début à l'achèvement, souligne Patrick Rolle, responsable de l'entreprise Abital (essentiellement présente sur l'Indre-et-Loire) et président départemental de l'Union nationale des constructeurs de maisons individuelles (UNCMI), forte de 18 adhérents à l'origine de 65 % de l'activité tourangelle. La construction d'une maison individuelle est l'une des dernières choses multiples réalisées de façon artisanale contrairement à la voiture ou à l'électroménager. Nous gérons le travail d'une douzaine de corps de métier de bout en bout à prix et délais garantis, en restant l'interlocuteur unique du client, ce qui est fondamental." Alors, finies les craintes du client d'avoir sur les bras un chantier non terminé ? Oui, insiste-t-on à l'UNCMI, si le constructeur veut bénéficier de la crédibilité qu'apporte l'adhésion à l'Union ; une procédure qui est d'ailleurs suffisamment contraignante ­ notamment en terme de garantie financière ­ pour dissuader les éventuels indélicats. Après tout, la profession ne construit pas 60 % des maisons individuelles du département sans raison ; les 35 % restants étant assurés par des maîtres d'oeuvres et des architectes.

Des industriels-artisans. "Nous travaillons comme des industriels, car nos PME s'organisent en fonction d'objectifs précis à tous les postes, mais avec un visage d'artisan pour le client qui recherche avant tout la proximité avant, pendant et après la réalisation de son projet, ajoute Pierre Dourthe, président des maisons Pierre et Terre, une entreprise présente en Touraine, en Loir-et-Cher, ainsi que dans la Sarthe. Car notre intervention ne cesse pas lors de la remise des clés. Elle perdure tout au long de la durée de validité des différentes garanties que nous n'avons pas à redouter, car le client sait que notre maîtrise de la main-d'oeuvre est synonyme de travail bien fait."
Il est vrai que l'évolution des normes techniques, ainsi que les progrès réalisés dans l'organisation même des chantiers y sont pour beaucoup. "Un énorme effort a été fait en terme de qualité, tant au niveau du respect des nouvelles normes que de l'emploi de produits innovants, rappelle Jean-Pierre Barraco, bâtisseur dans un rayon de 40 kilomètres aux environs de Tours et ex-président de l'UNCMI pour la Touraine. Ce sont, par exemple, des conduits de cheminée sécurisés préfabriqués en kit, des charpentes de plus en plus légères à portance égale, des produits écologiques comme le monomur ne nécessitant pas d'isolant, le béton cellulaire apprécié pour sa légèreté, et plus généralement tout ce qui touche à l'isolation, la ventilation et le chauffage." Premier constructeur dépositaire de la marque NF ­ en quelque sorte l'ISO des CMI ­ sur le département, Pierre Dourthe considère "qu'elle anticipe les prochaines évolutions européennes et facilitera la collaboration avec les collectivités pour la réalisation de petites maisons de ville répondant mieux aux nouveaux critères fonciers des PLU".

Un avenir turbulent ? Résultat : un secteur qui vient de connaître une période très favorable avec une augmentation en volume de 4 à 6 % entre 2002 et 2004. A court terme, l'avenir pourrait se révéler moins idyllique. Principalement suite à la tension créée par l'augmentation des tarifs fonciers approchant 20 % par an. "On a constaté un doublement des prix en cinq ans sur certaines communes du département, s'exclame Patrick Rolle. A Fondettes, par exemple, un terrain vendu à 38 000 euros s'échange désormais à 61 000 euros !" Cette flambée des prix entraîne une logique raréfaction des offres à proximité des zones urbaines avec pour conséquence immédiate un éloignement de plus en plus prononcé des candidats à la construction. Ceux-ci penchent toujours pour le secteur diffus, au grand désespoir des élus qui craignent le "mitage" des communes et préfèrent amplement l'idée de construire en individuel groupé. La maison dévoreuse d'espace n'a pas fini d'alimenter les débats en conseils municipaux où l'on craint la multiplication des "HLM à l'horizontale"... "Cette année, pour la première fois, j'ai vendu une maison à un prix inférieur à celui du terrain", déplore Pierre Dourthe qui envisage néanmoins une nécessaire adaptation de la profession ; en proposant, par exemple, à sa clientèle de construire sur 400 m2 plutôt que sur 1 000 m2. Egalement confronté à la pénurie de main-d'oeuvre spécialisée, ce secteur d'activité va sans doute devoir prendre son avenir en main en formant des catégories de personnels dont le savoir-faire disparaît peu à peu, à l'image des plâtriers. Le vieillissement de la profession est un autre paramètre à prendre en compte. Ces petites enseignes ne sont-elles pas condamnées à finir dans le giron de grands groupes ? Pour l'heure, la clientèle semble satisfaite du tissu d'entreprises assez dense de la Touraine. Des acteurs locaux qui n'ont d'autre concurrence à craindre que celle des entreprises voisines ou de la bourse...


1 - Maison Abital - Photo : D.R.
2 - Patrick Rolle - Photo : D.R.
3 - Jean-Pierre Barraco - Photo : D.R.
4 - Maison Pierre et Terre - Photo : D.R.
5 - Pierre Dourthe - Photo : P.C.


Contrat de construction. Finie l'époque des aventuriers où certains constructeurs peu scrupuleux partaient avec la caisse en vous laissant avec votre chantier en cours... La loi du 19 décembre 1990 instituant le contrat de construction a grandement moralisé la profession. Les 18 constructeurs de Touraine adhérents de l'Union nationale des constructeurs de maisons individuelles y souscrivent systématiquement (l'UNCMI en est à l'origine) : une démarche qui est gage de sécurité pour leur cliensensibitèle, encore peu au fait de cet ensemble de garanties leur assurant la livraison à prix et à délais convenus.
Aujourd'hui les différentes garanties :
- laissent le droit de changer d'avis grâce au délai de sept jours à compter de la réception du contrat ;
- éliminent les zones d'ombre en indiquant le prix convenu qui comporte l'ensemble des travaux réalisés par le constructeur et le coût de ceux que le client souhaite se réserver ;
- comprennent les prestations de service. C'est-à-dire l'établissement du dossier, l'obtention du permis de construire, l'assistance dans les démarches financières, dans la souscription de la police dommages à l'ouvrage, la coordination et le contrôle du chantier ainsi que le service après-vente ;
- fixent un prix global, forfaitaire, ferme et définitif comprenant les travaux d'adaptation au sol, la construction, les équipements ; - précisent les modalités de règlement ;
- couvrent et protègent le client grâce aux garanties de remboursement et de livraison à prix et délais convenus (celles-ci s'applique en cas de défaillance du constructeur) ;
- et, enfin, assurent l'avenir du nouveau propriétaire. La garantie de parfait achèvement engage le constructeur à prendre en charge les travaux si des désordres surviennent dans l'année qui suit la réception. Durant deux ans, la garantie de bon fonctionnement couvre les éventuels dysfonctionnements des éléments d'équipement dissociables de la construction (volets, robinetterie, convecteurs...). Avec la garantie décennale, le constructeur est responsable des dommages éventuels compromettant la solidité de la construction ou les éléments d'équipements liés au grosoeuvre. Egalement valable dix ans, la garantie dommage-ouvrage doit être contractée avant l'ouverture du chantier et peut être fournie par le constructeur. Le client s'assure ainsi la prise en charge du paiement des travaux nécessaires à la réparation de dommages portant atteinte aux éléments fondamentaux de sa maison (couverts par la garantie décennale), et ce, avant même que ne soit recherchée la responsabilité de l'auteur des désordres constatés.
Enfin, depuis cette année, la loi oblige les constructeurs à apporter une garantie de paiement à leurs sous-traitants ; une mesure qui contribue à "sécuriser" toute la chaîne de construction, et donc à rassurer le client.

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