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Consommation engagée Une tendance de fond ?

Equitable ? La consommation dite “engagée” bénéficie d’un fort capital de sympathie chez les consommateurs. Mais peut-elle constituer un véritable levier d’achat ?

Propos recueillis par Catherine Geffroy

La notion “d’achats durables” demeure encore un peu “fourre-tout”. On imagine bien la perplexité du consommateur, devant le rayon épicerie de son supermarché, se demandant s’il doit choisir un produit “vert”, “solidaire”, “éthique” ou “équitable”. Les sondages prouvent pourtant qu’il est plutôt bon élève et qu’il se familiarise petit à petit avec un vocabulaire complexe. Selon un baromètre Louis Harris publié en mai 2005, 58,5 % des Français affirment avoir entendu parler du “développement durable”. Et si l’on en croit une étude menée par la marque Alter Eco en 2005, plus d’un Français sur deux connaît l’expression “commerce équitable”. A titre de comparaison, ils étaient 49 % en 2004 et 9 % en 2000. Cette évolution correspond bien à une prise de conscience en faveur d’une consommation plus intelligente mais elle a du mal à se traduire en termes de chiffre d’affaires. Les chiffres sont là : la France continue d’être en retard par rapport à ses voisins européens et la consommation de produits issus du commerce équitable y est très faible par rapport à des pays comme la Grande- Bretagne et la Suisse. Où faut-il chercher les causes de ce phénomène : dans un manque de communication global, une absence de certification, la prudence du monde de la distribution ou l’insuffisance de motivation du consommateur ? Un peu de tout cela, certainement. Ce qui est certain, c’est que si la majorité des Français déclarent soutenir les “achats durables”, ils ne sont pas aussi nombreux, loin s’en faut, à passer à l’acte d’achat.

Un Français sur quatre déclarait avoir refusé d’acheter un produit pour des raisons citoyennes
 
Paradoxe. Un certain nombre d’enseignes se sont engagées dans une démarche de développement durable. Des magasins proposent des produits issus du commerce équitable. Le public y croit-il ? Y accorde-t-il de la valeur ? En tient-il compte dans ses choix ? D’après un sondage IFOP, 38 % des consommateurs déclarent qu’il leur arrive “souvent” de prendre en compte, lors de leurs achats, l’engagement du fabricant sur des aspects liés au développement durable, comme l’éthique, le social, ou l’environnement. 32 % s’y réfèrent “de temps en temps”. Mais 19 % le font “rarement” et 11 % “jamais”. Plus de trois personnes interrogées sur quatre (enquête Carat Media Marketing 2004) affirment être prêtes à payer plus cher pour des produits fabriqués dans des conditions respectant le droit des salariés ou l’environnement. Prudence cependant. Il existe un décalage entre le déclaratif et les comportements d’achat réels. Beaucoup sont sensibles aux notions de commerce équitable mais en restent à ce stade. C’est bien connu, le consommateur est un être paradoxal : il parle solidarité et il pense d’abord à sa personne. Si ce n’était pas le cas, la part de marché atteinte par le commerce équitable en France dépasserait largement le niveau actuel. En revanche, le consommateur est facilement enclin à sanctionner un produit, une marque, une enseigne. Dans une enquête du Credoc datant de 2002, un Français sur quatre déclarait avoir refusé d’acheter un produit pour des raisons citoyennes. Dans 43 % de cas, pour manifester sa désapprobation après des licenciements. Beaucoup plus rarement pour contester le travail des enfants (moins de 10 % des cas) ou défendre l’environnement (6 %).

Photo : Inde, Darjeeling - © Max Havelaar France
Typologie. Mais qui est réellement le consommateur responsable ou engagé ? Ethicity*, une agence conseil en marketing et communication ethnique, a mené l’enquête et dressé une typologie des consommateurs. Il en ressort d’abord qu’un Français sur cinq est totalement indifférent à la question ou bien n’a pas les moyens de se préoccuper du sujet. Ils sont jeunes (25 à 34 ans) ou ont plus de 50 ans mais tous ont fait des études courtes et ne se projettent pas dans l’avenir. Reste quand même 80 % de la population française à être réceptive, d’une façon ou d’une autre, aux discours de développement durable. Mais cette population s’avère hétérogène. La moitié n’est pas totalement acquise à la cause du développement durable et n’est pas prête à payer plus cher des produits issus du développement durable. Qui sontils ? Plutôt des actifs avec famille et enfants, employés ou professions intermédiaires, entre 15 et 49 ans, vivant dans des petites agglomérations. Les consommateurs “responsables”, ceux qui sont prêts à payer plus cher des produits issus du développement durable, représentent donc 39,3 % de la population. On les rencontre surtout chez les diplômés et les cadres urbains à fort capital économique et culturel. C’est à l’intérieur de cette famille qu’on trouve finalement le noyau dur de la consommation durable, les 29 % de Français qui privilégieraient les marques dotées d’une véritable éthique et qui seraient friands de labels et certifications.

Prise de conscience. C’est l’enseigne Monoprix qui a, la première, ouvert ses rayons aux produits issus de la filière équitable en proposant à la vente un café labellisé Max Havelaar en 1998. Aujourd’hui, les ventes équitables de Monoprix s’élèvent à 4,5 millions d’euros sur 39 références et le café certifié Max Havelaar représente 10 % de son rayon café. Sept ans plus tard, toutes les enseignes ont suivi le mouvement, avec des stratégies différentes. En 2004, les grandes surfaces ont réduit leur distribution de sacs de caisse de 2 milliards d’unités, soit entre 15 et 20 %. Si la suppression complète n’est pas pour demain, (13 milliards sont encore distribués chaque année), la grande distribution a cependant atteint les objectifs qu’elle s’était fixés en 2003. Pour 2005, elle vise une nouvelle baisse de 15 %. Le succès sera fonction du comportement du consommateur mais l’accueil est jusqu’à présent favorable. Selon un sondage CSA réalisé en 2005 pour l’association écologiste WWF (World Wildlife Fund), 83 % des Français jugent positif l’arrêt de la distribution des sacs plastique de caisse dans les magasins et 79 % ont déjà opté pour un contenant réutilisable. L’initiative de Touraine Propre et de ses partenaires (voir encadré) s’inscrit dans cette perspective. Le développement des “achats durables” passera par les choix du consommateur. Aujourd’hui, la consommation engagée constitue un thème porteur. Et une occasion de se différencier pour un certain nombre de commerces. Mais il reste encore à réaliser tout un travail d’information et d’éducation du consommateur.

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Vers la fin des sacs de caisse en Touraine ?

Le syndicat Touraine Propre a lancé une réflexion départementale afin de réduire la distribution des sacs de caisse dans les différents réseaux de distribution d’Indre-et-Loire. Plusieurs rencontres ont été organisées à l’initiative de la CCIT et des représentants des différentes formes de commerce (grande distribution alimentaire, grande distribution spécialisée, commerce de proximité).

Un sac commun imprimé aux couleurs de la Touraine pourrait être proposé aux commerçants partenaires de l’opération. Les principes généraux doivent en être arrêtés très prochainement, pour un démarrage dans la grande distribution à la rentrée. Le déploiement dans le commerce de proximité pourrait se faire par la suite, fin 2005 et courant 2006. Les commerçants de proximité, responsables d’Unions commerciales, souhaitent adapter le projet à leurs besoins.

Contact F. Bris : 02 47 47 20 75


*enquête consommateurs réalisée fin 2003.
cf www.ethicity.net