En Touraine / Expresso


Aéronautes
L’entreprise prend de l’altitude

Passion
Ils sont une quinzaine d’aéronautes en Touraine à suivre les traces des frères Montgolfier. Parmi eux, une poignée de chefs d’entreprise qui ont choisi d’en faire leur passion ou tout simplement de se servir de la montgolfière comme un outil de leur communication. Dans tous les cas, le plaisir de joindre l’utile à l’agréable est toujours au rendez-vous

Photo : D.R.

Quel lien peut bien exister aujourd’hui entre l’invention des frères Montgolfier et les entreprises de Touraine ? Peut-être la possibilité de bénéficier d’une surface d’exposition unique ? En effet, l’apparition d’une montgolfière provoque toujours autant d’étonnement, voire d’admiration. Voilà déjà longtemps que Pascal Hermange pensait à investir dans cette forme de communication. Son souhait : qu’une PME comme Touraine Routage puisse apparaître dans le ciel comme les plus grands noms de l’industrie. Il a donc franchi le pas en mai 2005. Désormais, l’Indre-et-Loire, les départements limitrophes et tout autre lieu du territoire où sont organisées des manifestations aéronautiques engageant son ballon verront passer les couleurs de Touraine Routage. Créée en 1987 par Bernard Hermange, son père, puis remise entre les mains de son fils il y a trois ans, cette société constitue le dernier maillon de la chaîne graphique après l’imprimerie. Fichiers ciblés, personnalisation, mise sous enveloppe ou sous film, adressage, affranchissement, les 14 salariés de la société maîtrisent toutes les étapes de l’acheminement de documents jusqu’à leur destination finale. “La montgolfière va me servir à véhiculer et à renforcer l'image de la société, explique Pascal Hermange. Mais je ne m’attends pas à ce qu’elle fasse affluer de nouveaux clients.” En échange d’une participation financière, Touraine Montgolfière a fait construire le ballon et en assure l’exploitation. Les vols permettent de véhiculer l’image de l’entreprise dans le ciel de Touraine et d’offrir des baptêmes de l’air au profit de certains clients ou personnels de la société. “Le plus long fut de trouver l’harmonie des couleurs autour du logo de Touraine Routage”, ajoute-t-il. Je compte bien me servir de ce mode de transport hors norme pour mieux faire connaissance avec certains de mes clients. Je suis sûr de leur faire plaisir en instituant ainsi un rapport autre que professionnel.” Société professionnelle de tourisme et de communication, Air Magic Loire Valley (lire Touraine Eco n° 231) propose des vols à des particuliers ou des groupes à partir de différents sites touristiques. Elle a également investi le créneau des entreprises qui peuvent utiliser le ballon comme outil de communication. Jean-Christophe Brassart, qui a créé son entreprise il y a un an, assure ainsi autour de la montgolfière toutes sortes d’animations (ballons publicitaires, ballons captifs, etc.). Basé à Saché, il dispose aussi d’une base au Maroc.

Le premier ballon commercial.
En ce qui le concerne, Eric Duthoo peut s’enorgueillir d’avoir organisé ce qui reste certainement la première utilisation d’un ballon à gaz* à usage commercial en France. Le 8 mai 1971, le parking du Super Monoprix de Tours Nord (actuel Auchan) s’apprête pour l’envol d’un l’aéronef de 600 m3. “Nous cherchions une idée d’animation : le succès fut au rendez-vous, se souvient-il. Nous avions organisé deux concours : munis d’une carte de participation, les spectateurs devaient suivre le vol en ayant l’assurance qu’un prix serait remis aux dix premières personnes remettant leur sésame au pilote. Pour l’autre, les participants devaient deviner le lieu d’atterrissage du ballon. C’est à cette occasion qu’est née ma passion pour le vol en ballon puis, par la suite, en montgolfière.” Rappelons qu’Eric Duthoo, est, avec son frère Hubert et son cousin Bertrand, le co-gérant de la SIGT, holding du groupe Duthoo. Cette structure financière couvre les activités des sites Galeries Lafayette et Monoprix de Tours qui emploient 150 personnes, Monoprix de Chartres, ainsi qu’un très important patrimoine immobilier. “Nous avons récidivé en 1988 à l’occasion du centenaire des Nouvelles Galeries de Tours, rappelle Eric Duthoo. Le 24 février, nous avons obtenu l’autorisation de faire décoller un ballon à hélium de la place du Palais après avoir neutralisé la circulation dans l’ensemble de la ville !” Depuis son “baptême” de 1971, Eric Duthoo n’a jamais cessé de voler. Plus attiré par la promenade que par la compétition, il a très vite obtenu son brevet de pilote. Il est même devenu instructeur et a possédé jusqu’à trois montgolfières. “Je continue à voler, mais je n’ai pas la fibre compétitrice d’un Stéphane Bolze”, admet-il.

Compétiteur dans l’âme.
Président de Sanitec et du directoire de la holding Sanitaire Equipement, Stéphane Bolze ne marie pas les genres, ou quasiment pas. En tout cas, ce n’est pas sous les couleurs de son entreprise – spécialisée dans les parois de douche, cloisons préfabriquées à usage sanitaire et modules de salle de bains intégrées pour collectivités, sanitaires de campagne pour l’Armée (lire en p.26) – qu’il a choisi de voler depuis que l’intérêt lui est venu pour le vol en montgolfière, il y a une quinzaine d’années. C'est sous les couleurs du Conseil général “Jardins en Touraine” qu’il fait découvrir notre patrimoine et sous celles de Primagaz – dont le siège gère directement cet aspect de sa communication – qu’il assure ses compétitions. Il est, par exemple, devenu champion d’Europe avec son équipe en 1998 en Suède, deux fois champion de France en 2000 et 2001 et il a remporté trois fois de suite le meeting Coupe d’Europe à Angoulême en 2001, 2002 et 2003. “Tous les ans, je suis sélectionné en équipe de France et je participe à une dizaine de meeting le week-end, explique-t-il. Sans oublier une participation au championnat d'Europe en Hongrie en mai 2005. D’esprit “assez challenge” comme il le reconnaît luimême, le vol en montgolfière et, afortiori, la compétition, représentent un bon exutoire à son activité professionnelle.
Eric Duthoo et Stéphane Bolze sur “Jardin en Touraine”, à Genève.
Photo : D.R.
C'est une épreuve tactique, qui n’est pas liée à la vitesse mais à la précision, qui se rapproche de la régate en bateau”, ajoute-t-il. Cette exploitation – assez cérébrale – d’un milieu inhabituel l’a naturellement rapproché du navigateur Laurent Bourgnon, autre sportif rencontré par l’entremise de Primagaz. C’est en sa compagnie qu’il prépare la traversée de l’Atlantique en nacelle non pressurisée depuis le sud marocain à 500 m d’altitude. Une première qu’ils aimeraient réaliser l’hiver prochain. Ce pilote reconnaît tout de même deux liens directs entre sa passion et son entreprise. D’abord, il lui arrive de prendre quelques clients comme passagers. “Le vol en montgolfière enrichit également ma vie professionnelle en me donnant le sens de la motivation, de l’organisation, l’habitude de confier des responsabilités aux membres de mon équipe, conclut-il. Car, dans un cas comme dans l’autre, chacun est là pour apporter sa pierre à l’édifice commun.”

* Le ballon à gaz est gonflé à l’hélium ou à l’hydrogène. Chaque mètre cube permet de soulever 1,2 kg de charge contre 250 g/m3 pour les montgolfières chauffées au propane ; d’où leur taille gigantesque de 1 800 à 2 200 m3.
MAT


E N T R E P R E N E U R S

Les frères Montgolfier et le premier vol humain
Photo : D.R.

Producteur de papier à Annonay, né en 1740, Joseph Montgolfier avait souvent rêvé au vol humain avec son frère cadet Etienne. L’idée géniale, après plusieurs expériences, consista à gonfler une chemise en la tenant par le col au-dessus du feu de leur cheminée. En novembre 1782, ils donnent naissance à l’aérostation en faisant décoller un globe en soie d’un mètre cube à une trentaine de mètres de hauteur. Puis, après avoir réussi à élever un ballon de 800 m3 à 400 m d’altitude, ils organisent leur premier envol public depuis la place principale d’Annonay ; ceci en présence de gens de confiance qui pourraient témoigner et certifier que les frères Montgolfier étaient bien à l’origine du procédé. Réalisée en coton cousu sur du papier, cette enveloppe de 900 m3 monta jusqu’à 10 000 m. Forts de cette certification, les deux frères écrivirent à l’Académie des Sciences pour être officiellement reconnus comme étant les premiers constructeurs d’un objet volant. Invités à Paris, ils rencontrent alors Pilâtre de Rosier, celui qui allait devenir le premier homme volant. Poussés par la concurrence de Jacques Charles et des frères Robert – constructeurs d’un ballon gonflé à l’hydrogène – les frères Montgolfier obtiennent l’autorisation de Louis XVI pour le premier vol habité. Il aura lieu le 21 novembre 1783 au-dessus de Paris durant quelque 28 minutes à l’altitude approximative de 1 000 m.