Stratégie / Territoire


Une vision claire de l’avenir commercial

Décision. Se doter d’outils d’aide à la décision pour élaborer une nouvelle politique, tel est l’objectif du schéma de développement commercial. La CCI de Touraine milite depuis des années pour qu’émerge une vision stratégique avec des perspectives claires et des documents d’orientation cohérents. Une ambition qui se concrétise

Patrick Chateau

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Photos : O.M.

L'arrivée en force de la grande distribution à la périphérie des villes et agglomérations a totalement modifié les équilibres urbains aux cours des quarante dernières années, notamment vis à vis du commerce de proximité. OEuvrer pour une organisation cohérente de son développement sur le territoire est donc un véritable choix de société. En effet, parce qu’elle représente une donnée majeure de l’urbanisme, cette mutation de l’appareil commercial contribue à la transformation de la ville. L’enjeu consiste donc à promouvoir de façon équilibrée les différentes formes de commerce (de proximité, grandes surfaces, de centre-ville, en périphérie...) répondant à des attentes différenciées de la part des consommateurs.
Depuis de nombreuses années, les CCI soulignent la nécessité de travailler avec les élus locaux à l’élaboration de documents d’orientation et de développement commercial. Leur finalité : définir des objectifs d’évaluation des équipements commerciaux sur un espace géographique donné. Les CCI ont ainsi milité pour qu’émerge cette vision stratégique, sans pour autant dissimuler la lourdeur d’une telle mission : elle impose nécessairement la conjugaison d’éléments parfois difficilement compatibles, voire contradictoires. Il s’agit d’abord d’éviter un débat purement théorique opposant de façon caricaturale une vision libérale à une évaluation purement planificatrice. Ensuite, il convient de faciliter les décisions des commissions départementales d’équipement commercial (CDEC) en leur fournissant les moyens adaptés à la problématique qu’elles ont à gérer ; autrement dit des outils d’analyse, de référence et d’aide à la décision. Pour y parvenir, il fallait dépasser le stade des chartes ou schémas de développement commercial déjà signés, mais de nature purement incitative et sans fondement juridique.

Engagée depuis 1998. La CCI de Touraine travaille à la mise en place d’un schéma de développement commercial (SDC) en Indre-et-Loire depuis 1998, date à laquelle une première proposition de constitution d’une étude locale de ce type avait été faite. Le SDC était prévu depuis la loi Raffarin de 1996, et inscrit clairement comme document officiel dans la loi Solidarité et renouvellement urbain (SRU) de 2000. Pourtant, c’est seulement le 20 novembre 2002 que le SDC a obtenu cette réelle assise juridique avec la publication d’un décret signé par Renaud Dutreil, alors secrétaire d’Etat aux PME. Ce décret vient préciser les modalités pratiques de son élaboration. D’une durée de vie de six ans (et révisable au bout de trois ans), le schéma de développement commercial y est défini comme un document rassemblant des informations disponibles sur l’activité commerciale et son environnement économique. Il doit comporter une analyse prospective indiquant les orientations relatives au développement commercial et les secteurs d’activité à promouvoir. Sont concernés : les équipements commerciaux, ainsi que les établissements hôteliers et cinématographiques. La constitution du SDC est placée sous la responsabilité de l’observatoire départemental d’équipement commercial (ODEC). Cette commission préfectorale est constituée d’acteurs locaux directement concernés (élus, représentants du commerce, des chambres consulaires, des consommateurs, de l’Administration...). En novembre 2002, le préfet d’Indre-et-Loire - anticipant la parution du décret Dutreil - a permis à la CCIT de signer une convention avec la préfecture de la région Centre pour la réalisation d’un schéma départemental d’équipement commercial. Du fait de sa participation à l’ODEC, la CCIT est devenue l’un des principaux partenaires techniques de cette réalisation. Après deux ans de travail - comprenant notamment différents diagnostics sur l’environnement commercial - les orientations d’urbanisme commercial du SDC viennent d’être approuvées par l’ODEC le 1er avril dernier.

Aide à la décision. Le SDC ne s’impose pas à la CDEC, mais constitue une base précieuse pour l’aide à la décision. “Il permet de bien connaître l’offre commerciale et les comportements d’achat, rappelle Gaëlle Bonnefoy-Cudraz, chargée de mission au pôle commerce, services, tourisme de l’Assemblée des chambres françaises de commerce et d’industrie (ACFCI). Certains maires ont ainsi découvert que la moitié des dépenses d’habillement étaient effectuées hors de leur ville !” Même si l’on ne peut multiplier indéfiniment les équipements, il faut veiller à ce que chaque secteur géographique puisse proposer à ses consommateurs une offre convenable et adaptée. Leur évolution doit donc se faire dans le respect des bonnes conditions de concurrence à l’échelon départemental. C’est en ce sens que le schéma de développement commercial doit devenir un outil d’aide à la décision pour les acteurs économiques et les participants des CDEC. Un élément commun d’intervention déterminant pour leur permettre de juger chaque demande autrement que de manière isolée, et sans réelle vision à moyen terme des enjeux économiques engagés.
Dans cette démarche, le premier souhait de la CCIT consistait donc à amener chacun à prendre acte de l’importance d’une réflexion départementale globale. En effet, il semblait incohérent de considérer chaque territoire indépendamment, compte tenu de la forte attractivité commerciale exercée par l’agglomération de Tours et de sa position centrale. Cette stratégie consiste à intervenir à différents niveaux : maintien et développement du centre-ville de Tours ; implantations thématiques, si possible en centre-ville et en y réactivant les sites existants ; accueil d’enseignes de forte notoriété renforçant l’attraction du commerce de l’agglomération ; opérations de rééquilibrage entre les grands pôles (renforcement, modernisation, adaptation). Chaque projet périphérique, notamment en ce qui concerne les galeries marchandes, devra veiller à ne pas déstabiliser le commerce du centre-ville de Tours. Il conviendra donc de favoriser un développement sélectif par un meilleur équilibre entre les grands pôles. De plus, il apparaissait souhaitable de privilégier les implantations d’enseignes très spécialisées et attractives (ex : Ikéa) capable d’attirer des consommateurs d’au-delà du département, voire de la région Centre.
Par ailleurs le SDC fixe comme objectif “incontournable” le renforcement des pôles urbains du département (Amboise, Loches, Chinon), mais également celui des pôles secondaires (Bourgueil, Bléré, Château-Renault, Sainte-Maure-de-Touraine, Descartes, Langeais...), et ce, dans tous les domaines de consommation courante, sans remettre en cause l’équilibre local entre les différentes formes de commerce, en limitant les déplacements et en faisant obstacle à l’évasion commerciale.
L’ensemble de ces projets va trouver une traduction cohérente dans le SDC, sans doute au travers d’un calendrier établissant des échéances de réalisation afin d’éviter de trop grands bouleversements.