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Magasins de presse l’actualité n'attend pas

4 500 titres. Exit le “marchand de journaux”, bienvenue au “diffuseur de presse”. Reportage dans les points de vente de trois commerçants de Touraine

Propos recueillis par Catherine Geffroy

Photo : O.M.

Non, le papier n’est pas mort. Chaque jour, un Français sur cinq lit un quotidien et trois sur cinq au moins un magazine. Mais, oui, les Français diminuent leur temps de lecture. Et c’est vrai : les quotidiens ont moins d’audience, surtout chez les jeunes. L’univers des magazines est lui-même très chahuté : certaines familles de titres sont touchées par une baisse de diffusion. Il s’agit, analyse le Credoc, de magazines “dits pratiques mais pas assez concrets et modernes” ou trop généralistes “qui deviennent facilement substituables par les gratuits ou d’autres medias.”
Non, contrairement aux apparences, la presse ne se vend pas toute seule. Oui, sa vente obéit aux mêmes fondamentaux que le reste du commerce. Cette vérité est d’autant plus importante à dire qu’aujourd’hui, l’achat de la presse magazine est un achat plaisir plus qu’un achat de nécessité et qu’il ne faut pas rater ce qui correspond, dans la tête du consommateur, à un moment de détente et d’évasion.
A la demande de la filière, l’Institut BVA a procédé en 2003 à une enquête sur les freins des consommateurs et sur leurs attentes. 57 % des sondés jugent le relationnel trop limité avec le vendeur de presse, 47 % l’offre proposée en trop grande quantité, 45 % le repérage des titres en rayon trop difficile et 43 % la possibilité de feuilleter la presse insuffisante. Ils souhaitent que le vendeur soit plus commerçant, disposer d’un cadre plus spacieux et accueillant, et avoir une certaine liberté de feuilletage.

Les attentes. Le client d’un magasin de presse n’attend pas tant du vendeur un conseil qu’un renseignement : “Il faut savoir où est rangé tel titre, quand est parue telle revue, qui a publié tel dossier. Il nous faut posséder une bonne connaissance du fonds”.
Dans son magasin de Joué-lès-Tours, Jean Paul Vonderscher contrôle ce qui rentre chaque matin et mémorise les grands titres et les contenus : excellente mémoire exigée ! Le client demande qu’on fasse attention à lui : “Il faut se rappeler les titres qu’il lit, si besoin lui réserver sa revue ou son numéro d’encyclopédie. Il est content quand il a son article réservé en main, avec son nom marqué”. Qui plus est quand on a la chance d’avoir la clientèle des résidences secondaires, comme à Richelieu, dans le magasin de Jean-Paul Jeudy : “Ils n’ont pas ça à Paris”. Le client demande aussi qu’on “l’oublie” ; face au délicat problème du “feuilletage”, le commerçant établit sa règle : “Il faut du temps pour choisir, reconnaît Joël Ogor (aux Halles de Tours) ; feuilleter, oui, lire, non. Au commerçant d’instaurer calmement et fermement l’ambiance”. Enfin, le client est en règle générale pressé. Le phénomène n’est pas propre à la ville. A Richelieu, “la clientèle attend avant tout un service rapide, même le retraité. Il faut accepter ce phénomène et s’organiser au niveau de la caisse”. Mais il faut aussi savoir mettre de l’ambiance : aux Halles, le samedi, Joël Ogor est au milieu du magasin. Il remplit les rayons, discute, renseigne.

1 et 2 - Aux Halles de Tours, chez Joël Ogor
Photo : OM.

Mise en avant. "Au total, 4500 titres sont aujourd’hui sur le marché mais aucun diffuseur ne les a tous. Un bon point de vente tourne avec 2500 titres en moyenne sur 10 m de linéaire. En centre-ville, l’idéal serait de disposer de 15 à 20 m pour exposer entre 3000 et 3500 titres” explique M. Bacci, responsable commercial de la SAD, société dépositaire de presse. Le tout est de proposer au consommateur le produit qu’il attend : “A Richelieu, il faut aussi avoir les quotidiens de Paris, d’une part pour les locaux et puis pour les Parisiens, ceux qui ont une résidence secondaire ou qui viennent en vacances. Cette clientèle, c’est 30 % de chiffre d’affaires en plus du 15 mai au 15 septembre”. Mais on comprend que 45 % des consommateurs avouent avoir du mal à se retrouver dans les rayons. Ou à découvrir les titres nouveaux. Tous les moyens se révèlent alors utiles pour capter le regard du client et déclencher, pourquoi pas, l’achat d’impulsion : affichage extérieur, vitrine, présentoirs intérieurs, panières à accrocher aux linéaires, mise en avant devant la caisse. Joël Ogor se souvient d’avoir fait exploser les ventes du Figaro : quand le quotidien a lancé un concours sur le film policier, il n’a pas hésité à mettre dans sa vitrine un mannequin en costume de policier avec arme et menottes et à l’entourer d’exemplaires du journal. Succès garanti ! Le même, toujours, s’est installé un bureau de vente dans son magasin pour la sortie de l’Encyclopédie du Figaro : 100 exemplaires vendus le premier jour...
Mais la diversification est impérative, “Un magasin qui ferait uniquement de la presse en quartier serait difficilement rentable, affirme M. Bacci. Il est impératif de se diversifier en ajoutant une activité jeux (48 % du CA de la Française des jeux est réalisé par des détaillants presse) et/ou tabac ou des produits à plus forte marge comme de la librairie, de la carterie, de la confiserie, ou de la téléphonie. Au diffuseur de trouver les voies de diversification possibles en fonction de sa clientèle.” Tout naturellement, beaucoup se tournent vers le livre, un produit qui fonctionne en synergie avec la presse. AJoué-lès-Tours, il s’agit d’un véritable rayon qui occupe le tiers du magasin. Aux Halles de Tours, il tient dans une vitrine et répond essentiellement à des achats d’impulsion. ARichelieu, il joue le rôle de la librairie locale : les commandes y représentent aujourd’hui 40 % des ventes. Un impératif : travailler avec un bon prestataire qui apporte une solution clé en main. “Il faut être réactif, assure Jean-Paul Jeudy, respecter les délais annoncés et faire en sorte que le client reçoive son livre dans un minimum de temps”. La papeterie constitue aussi pour lui un apport non négligeable : “En restant dans la logique de la presse, du papier, j’ai développé les fournitures de bureau, les cartouches d’imprimantes notamment, pour une clientèle à qui je sers de lieu de stockage. En plus, je lui prouve qu’on pratique les mêmes prix qu’à Chinon ou Loudun”. Aux Halles de Tours, Joël Ogor a misé sur la carterie fantaisie, un produit à forte marge, “mais il faut que ce soit beau pour faire craquer le consommateur”, et de la confiserie “près de la caisse, avec des présentoirs à portée de main, là où l’achat d’impulsion est roi”.

Informatisation. La multiplication des produits, le besoin de réactivité et les impératifs de gestion commandent d’informatiser l’établissement. Un investissement réalisé dès la reprise à Richelieu et à Joué-lès-Tours, en cours aux Halles de Tours. Assez lourd cependant, de l’ordre de 8 000 €. L’informatique permet de télécharger la presse : voir ce qui va arriver et repartir, préparer les retours d’invendus, gérer les commandes particulières et les stocks directement à partir des ventes, ce qui constitue un apport considérable compte tenu des milliers d’articles vendus chaque semaine. Enfin l’analyse du poids des différentes familles de presse permet de s’organiser pour promouvoir tel ou tel titre et de connaître plus précisément la rentabilité des emplacements. C’est un métier simple mais dans lequel il faut être rigoureux, réactif et disposer d’outils performants. Et si, comme l’affirme Jean-Paul Vonderscher, “80 % du métier, c’est de la valeur ajoutée : du relationnel, de l’accueil”, “ce ne sont pourtant pas les clients qui vont nous dire s’ils sont contents, poursuit Jean- Paul Jeudy : c’est à nous de nous poser des questions et de surveiller nos indicateurs”.