En couverture / Rencontre


Michel Audiard - Sculpteur
L’art d’entreprendre

Créateur. Célèbre dans le monde entier pour ses stylos uniques, Michel Audiard est à la tête d’une fonderie qui emploie dix salariés. La société se nourrit du travail de l’artiste et les capitaux qu’elle génère lui permettent de réaliser ses projets. Un bel exemple de symbiose entre art et entreprise

Propos recueillis par Maï-Anne Tran

Photo : MAT

Dans la fonderie de Michel Audiard, à Rochecorbon, flotte une ambiance bon enfant. Le célèbre sculpteur de stylos, dont chacun est une pièce unique réalisée à l’intention de célébrités (Jacques Chirac, Madonna, Jean-Paul Guerlain...), reçoit sans façon, dans l’atelier où une employée est affairée ce matin à démonter un sac en crocodile, dont la texture et le dessin ne laissent pas de titiller l’inspiration de l’artiste. “Je suis ses mains”, explique-t-elle. Si Michel Audiard est en effet le seul créateur des lieux, il s’appuie, pour donner corps à ses projets, sur une dizaine de personnes qui moulent, soudent, cisèlent, peaufinent toutes les pièces façonnées une à une à la fonderie, jusqu’à ce qu’elles épousent exactement les contours que le sculpteur a voulu leur donner. “J’ai besoin d’une main-d’œuvre experte pour avancer plus vite dans mon travail, mais je tiens depuis toujours à garder le contrôle de la fabrication de mes œuvres. En fait, je m’occupe de tout ici : je suis standardiste, secrétaire, chargé des relations extérieures... Le rythme est souvent étourdissant mais au fond, j’aime ça. Je suis de plus en plus sollicité, en France et à l’étranger (Michel Audiard a reçu en 2004 le trophée international de sculpture décerné par le gouvernement chinois, ndlr). C’est très gratifiant et très enrichissant. Au départ, je m’occupais moi-même de la vente de mes sculptures, dans les galeries de Honfleur et Deauville où j’ai commencé à exposer. C’est très important d’échanger avec les collectionneurs. Ceux qui me sont fidèles depuis mes débuts ont beaucoup à m’apprendre.”

Une entreprise, pour quoi faire ? Après avoir été hébergé à la fonderie Depaul, à Chisseaux, en Touraine, Michel Audiard monte son propre établissement à l’âge de vingt-sept ans, en Normandie. Dix ans plus tard, il décide de revenir en Touraine (sa terre d’origine, même s’il a grandi à Paris), où il installe sa deuxième fonderie. “J’avais la prétention de pouvoir y façonner des pièces aussi bien minuscules que monumentales. Il m’a fallu beaucoup de temps pour atteindre cet objectif : l’outillage dont je me sers est très spécifique et très cher. Je l’ai financé petit à petit, grâce à la vente de mes sculptures... Un courtier, un jour, m’a donné cette leçon de pragmatisme : il y a trois prix pour une œuvre d’art : ce que ça vaut (sur le marché) ; ce que tu en veux ; ce que je vais te donner. Et ce dernier prix est le seul qui compte vraiment ! Etre artiste ne signifie pas que l’on soit déconnecté des réalités : j’ai besoin d’argent pour vivre et pour cela, je ne vois pas d’autre moyen que de travailler, de continuer à créer, en étant fidèle à mon cheminement, tout en restant à l’écoute de ceux qui portent un regard sur ce que je fais.” Mais pour développer ses ventes, Michel Audiard n’a manifestement pas de plan de communication arrêté. Tout se joue sur le fil de rencontres, comme celle du créateur du site internet de l’artiste, qui l’a récemment amené à concevoir la production de stylos en série limitée. “Je confierais bien à un jeune la commercialisation des verres, couverts, chandeliers, que je réalise actuellement...” C’est aussi cela, l’entreprise Michel Audiard : un lieu d’échange, où l’artiste veut recevoir autant que donner à celui ou celle dont les pas croisent les siens.

Contact : www.audiard.com