Phénomène. Une offre qui se multiplie, une clientèle
qui s’élargit : le jeu de société bénéficie d’un regain d’intérêt. Et
pas seulement chez les juniors... Des spécialistes tourangeaux expliquent
comment ils tirent leur épingle... du jeu
Catherine Geffroy
Il constitue un moment de détente dans une société
stressée. Il donne à imaginer dans un monde où l’on n’a pas trop le
temps de rêver. Il permet de passer de bons moments entre amis ou
en famille en rassemblant les générations. Bref, le jeu de société
est tendance. Le virus aurait repris de la vigueur depuis une vingtaine
d’années grâce au Trivial Pursuit : selon certains observateurs, ce
produit, devenu une valeur sûre, aurait déculpabilisé les Français
en donnant au jeu un alibi culturel. D’autres voient là les suites
du succès des cartes à collectionner Magic ou Pokemon, des jeux de
rôle ou de figurines, des jeux video enfin, tous loisirs qui ont nourri
l’imaginaire d’une clientèle qui aujourd’hui a pris de l’âge mais
n’a pas pour autant renoncé à jouer. “Jusqu’à une époque récente,
explique Jean-Marc Aubert, responsable de la revue Vox Ludi, le jeu
était surtout investi par des ados ou des jeunes à caractère ado.
On se trouve aujourd’hui face à une clientèle de 25- 35 ans, souvent
des gens qui ont fait des études, qui sont devenus parents et qui
demandent des jeux pour jouer avec leurs enfants et leurs conjoints.
Du coup, on voit apparaître des produits nouveaux, qu’ils se jouent
à deux ou à plusieurs.” Gageons également que l’augmentation du temps
libre, la société de loisirs et le nombre important de jeunes retraités
sont autant de facteurs favorisant la pratique du jeu comme un loisir
de société.
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Un produit multiforme. Si vous en êtes resté
au Monopoly et au Scrabble, il est temps pour vous de faire le tour
des boutiques tourangelles ! Il sort environ aujourd’hui 250 jeux
de société par an en Europe : créations, rééditions et traductions
comprises. Si tous observent la même définition : “des jeux à règles
écrites que les joueurs doivent respecter”, ils obéissent à des genres
très différents, ambiance, stratégie... Il est parfois difficile de
s’y retrouver. Franck Da Silva, responsable de La Règle du Jeu, un
des plus anciens magasins tourangeaux spécialisés en la matière, explique
: “Je les classe mentalement selon les types de demandes et je questionne
mes clients : c’est pour vous amuser, vous évader ? Pour jouer à 2,
à plusieurs ? Avec vos amis, vos enfants ?” Il en est persuadé : “Il
y a tellement de propositions aujourd’hui qu’il existe au moins une
solution pour chaque occasion, pour chaque personnalité.” Tous les
professionnels tourangeaux interrogés le constatent : le marché connaît
globalement une évolution positive. Responsable de La Grande Récré,
au centre-ville de Tours, Irwing Pages constate que “c’est un rayon
de fond qui marche toute l’année, pas seulement à Noël, et que nous
avons développé jusqu’à y consacrer 15 % de la surface du magasin”.
Mais dans le même temps, tous le reconnaissent : c’est un marché en
évolution sur certains produits et certains comportements. Il y a
des produits qui marchent mieux que d’autres et certains lancements
se sont révélé de véritables flops. Du point de vue de Vox Ludi, “on
assiste à un resserrement du marché. La demande se porte vers plus
de qualité. D’ailleurs, les éditeurs se professionnalisent”.
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Valeurs sûres. Quand le contexte économique
n’est pas très rassurant, on revient à des valeurs traditionnelles.
Chez Polichinelle, une boutique dédiée à l’univers de l’enfant située
rue des Halles à Tours, Laurence Paquet, vend “des jeux qui ont du
sens et qui développent l’imaginaire” à une clientèle de jeunes parents
mais aussi de grands-parents. Son best seller : “Invente moi une histoire”
permet à petits et grands de s’exprimer en évitant tout climat de
compétition. A La Grande Récré, “les parents achètent de plus en plus
de jeux de société pour les enfants, quelle que soit la tranche d’âge.
Au détriment du jouet qui se démode et qui ne se partage pas” constate
Irwing Pagès. “Les jeux de bois traditionnels sont toujours au hit
parade : selon l’âge, les gens achètent jeu de l’oie, nain jaune,
jeu de dames ou échecs. Et cette année encore, les plus grosses ventes
se focalisent sur des produits classiques tels que le Uno, le Pictionnary,
le Scrabble ou Cluedo. Si on ne fait pas ça, on ne fait pas de jeu
de société”. A côté de ces incontournables, les éditeurs ne cessent
de soutenir le marché en lançant de nouveaux produits : des jeux tirés
de films, comme “Le Seigneur des anneaux” : “Ça marche plutôt bien
chez les ados et les passionnés de figurines”, dit-il. Des jeux “intelligents”
sur les mots, l’environnement : pour les 12-16 ans, “ça permet d’apprendre
des choses en s’amusant”. Après, on passe carrément à la vitesse supérieure,
avec des jeux de stratégie construits autour d’un thème. “Ils sont
apparus il y a environ 10 ans et, le temps d’une soirée, ils permettent
aux joueurs de se mettre dans la peau d’un pirate qui coule des bateaux
(La crique des Pirates) ou d’un explorateur qui colonise une île (Les
Colons de Catane)”. Benoît Houivet est responsable de Sortilèges (rue
des Halles à Tours), un de ces magasins spécialisés qui vend aussi
bien des cartes à collectionner, des figurines, des jeux de rôles
que du jeu de société. Ces jeux-là, il les vend à sa clientèle habituelle,
“ceux qui aiment le jeu tout court” et à “ceux qui recherchent autre
chose que le Monopoly et qui ont entendu parler de ce genre de boutique.”
Les “petits jeux” : On les appelle “jeux
d’apéro” ou “de fin de soirée”. La cible ? Les 20-30 ans. Parmi les
titres, deux noms reviennent obstinément : “Les loups garous de Thiercelieux”
et “Jungle Speed” (130 000 unités vendues en 2003). Leur succès commercial,
bien dans l’air du temps, Jean-Marc Aubert l’explique facilement :
“Hier encore, une partie de jeu pouvait durer très longtemps. Maintenant,
les gens demandent des jeux dont les règles sont faciles et rapides
à comprendre et à expliquer. En plus, ces produits font appel à l’adresse,
aux réflexes, au bluff parfois, à la convivialité mais ils ne produisent
pas d’enjeux, au contraire du Trivial”. Résultat, on peut en faire
deux à trois parties par soirée. Ces jeux-là, on les débusque avec
plaisir dans les boutiques spécialisées. Même s’il s’agit d’un phénomène
de mode, ils ont un effet bénéfique sur le marché tout entier, Benoît
Houivet en est persuadé : “Quand ces clients-là mordent à l’hameçon,
ils passent à des mécaniques de jeux plus fines, plus complexes, ils
vont alors acheter de plus gros jeux”. De toute façon, il existe mille
et une façons de se prendre au jeu. Si vous ne voulez pas jouer chez
vous, essayez le concept du café-jeu. Phénomène plutôt parisien, il
a fait son apparition à Tours avec l’ouverture “D’au coin du jeu”
(rue du Grand-Marché) : on peut y essayer les jeux moyennant finances.
Ou bien, suivez les animations proposées par “Mémoire d’ombre” : créée
en 1995, l’association, qui s’est donné pour objectif de faire découvrir
les jeux, a notamment organisé cet été le Festival O’Tours du Jeu
dans les rues et les bars de Tours. A vous de jouer, maintenant !
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CHIFFRES CLES
215 ME de chiffre d’affaires en 2003 +
2,3 % par rapport à 2002
34,7 % du marché total des jeux
* source : NPD total EpoS (LSA 16/09/04)
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