Stratégie / Solutions
5000 entreprises à transmettreInédit. 450 000 entreprises seront à reprendre dans les dix ans en France. En Touraine, on en compte 5 000, dont 20 % de PME de plus de dix salariés qui représentent la moitié des emplois concernés. Pour être transmises, ces entreprises devront intéresser des repreneurs. Or, la transmission ne s’improvise pas...
Odile Ménard
Pierre Jeudi et Jean-Claude Bugeon
Photo DR“Il faut que la mariée soit belle” résument Jean-Claude Bugeon et Pierre Jeudi (la mariée, c’est l’entreprise à céder, ndlr). Mais pas seulement au jour J ! En cela, ces délégués tourangeaux de l’association Cédants et repreneurs d’affaires (CRA) rejoignent l’ensemble des professionnels de la reprise et transmission. En effet, “une belle affaire, rentable et dotée d’une belle trésorerie, peut se trouver positionnée sur un marché voué au déclin dans les trois ans, ou dotée d’un parc machines vieillissant qui la dévalorisera” rappelle Gilbert Gugerone (cabinet de rapprochement Allixon Consulting à Tours, créateur du réseau Eurallia), ce qu’un repreneur sérieux et bien conseillé saura rapidement déceler. Il revient au cédant de mettre toutes les chances de son côté pour que la transmission se réalise au mieux, dans les délais souhaités, au prix espéré. Auparavant, deux ou trois ans ne seront pas de trop pour renforcer l’attractivité de l’entreprise. Chambres consulaires, expert-comptable, banquier, avocat d’affaires, cabinet de rapprochement, notaire et conseils patrimoniaux devront être consultés.
Gilbert Cugerone
Photo DRLe bon repreneur. Lorsqu’il reçoit le dossier d’un candidat repreneur, susceptible de bénéficier de la garantie Sofaris, Thierry Martignon, délégué régional de la BDPME, s’attache à plusieurs critères : “Ce doit être un homme ou une femme qui a l’expérience du secteur repris. Ensuite, je regarde son business plan : quelle est la valorisation de l’en treprise ? la dette senior (emprunt d’acquisi tion) ne va-t-elle pas obérer tout investisse ment ultérieur, nécessaire pour financer la croissance ? Devant un bilan devenu tout d’un coup bon, je me demande pourquoi... Puis, je m’intéresse aux effectifs de l’entreprise : existe-t-il un risque qu’ils partent et mettent en péril l’entreprise ? Pourquoi ne pas en associer à la reprise ?” En général, selon l’analyse du CRA (1 000 repreneurs-adhérents au fichier national), le repreneur n’est pas un débutant , certains sont plus commerciaux que gestionnaires (mais la formation proposée par le CRA ainsi que la participation à des groupes de repreneurs rétabliront l’équilibre). C’est un cadre supérieur de 40 à 55 ans qui vient d’un grand groupe. Il dispose d’un capital de 200 000 Euros. Il arrive au CRA via internet où il a consulté les affaires à reprendre. “A nous de vérifier sa vraie motivation pour éviter qu’au dernier moment il ne fasse faux bond. Détail d’importance : sa famille doit être d’accord”. En Touraine, sur dix repreneurs, cinq sont parisiens, remarquent J.-C. Bugeon et P. Jeudi : “La Touraine, pour des raisons géographiques et culturelles, attire les repreneurs”.
Thierry Martignon
Photo DRLe bon vendeur. La plupart cèdent pour partir en retraite. Le vendeur idéal, selon Pierre Jeudi, est celui qui entame sa démarche vers 55 ans. Il a ainsi le temps de peaufiner son bilan (par exemple sortir l’immobilier : un repreneur ne rachète que les actifs nécessaires à l’activité), de structurer son entreprise (beaucoup trop d’affaires à vendre sont encore dépendantes de leurs cédants). Définir le prix n’est pas mince affaire . “Souvent le cédant place la barre très haut, parce qu’il surestime son affaire ou parce qu’il n’a pas envie «de rentrer à la maison », ou bien espère ainsi ramener dans l’entreprise un fils qui lui succédera”, note Gilbert Cugerone. “Pour fixer un prix, il faut mixer rentabilité, patrimoine et environnement économique. Pour vendre, il faut surtout faire preuve d’imagination pour trouver l’intérêt du repreneur”. Au CRA, c’est le cédant qui fixe son prix (le fichier national compte environ 600 cédants- adhérents, entre 750 KEuros et 15 MEuros). Mais l’association ne l’intègre à son fichier que si la valeur lui semble raisonnable.
Jacques Vautier
Photo DRRisques partagés. Sofaris, filiale de la BDPME (groupe Caisse des Dépôts), a pour mission de favoriser l’accès au crédit des PME et TPE (dont les commerces) à condition que leur chiffre d’affaires ne dépasse pas 40 ME. Lorsqu’une banque, sollicitée pour le financement d’une acquisition, estime son risque trop élevé ou la garantie de l’emprunteur insuffisante, elle transmet le dossier à Sofaris qui peut alors prendre en charge, après examen du dossier, la moitié de la garantie d’emprunt, “que ce soit pour un rachat de titres (création d’une holding/LBO) ou un ra chat des actifs d’une société” précise Thierry Martignon. Le banquier est soulagé, mais reste maître de sa décision. L’emprunteur est assuré - c’est dans les statuts de Sofaris - que ce banquier ne pourra prendre en garantie sa résidence principale et que sa caution ne sera limitée qu’à la moitié de l’encours. De plus, avec Sofaris Régions, filiale régionale de la BDPME, un fonds de garantie régionale de 1,5 MEest venu bonifier la garantie nationale portant, pour les transmissions industrielles et de services en région Centre, la contre-garantie de 50 à 70 ou 80 %. “Le plus risqué, c’est la création d’entreprise avec 50 % d’échec dans les cinq ans, alors que la reprise affiche pour la même période 30 % d’échec seulement. Quant à la succession familiale, elle est six fois moins risquée !”
Fiscalité encourageante. La loi Dutreil de 2003 sur l’initiative économique “a sensiblement amélioré la fiscalité liée à la cession et à la reprise d’entreprise” indique Jacques Vautier. Notaire à Joué-lès-Tours, et président d’un congrès des Notaires de France consacré en 2002 au patrimoine professionnel, ce spécialiste de la transmission d’entreprise a participé à l’élaboration de cette loi et fait actuellement partie d’un groupe de travail sur la préparation du second volet. La loi Dutreil a réduit les droits d’enregistrement sur les cessions de parts de SARL (application d’un abattement avant l’application du droit de 4,80 %), elle a relevé les seuils d’exonération des plus-values : “Aujourd’hui les TPE (soit 90 % des entreprises) doivent pouvoir être cédées en franchise de plusvalue ” indique J. Vautier. De plus la loi Sarkozy du 9 août 2004 a mis en place, de manière encore provisoire, deux mesures applicables lors de la cession d’une branche d’activité ou d’une entreprise individuelle d’une valeur au plus égale à 300 000 Euros, qui permettent sous certaines conditions une exonération des plus-values et une suppression de la quasi-totalité des droits d’enregistrement (lire la rubrique Expert). “Mais, il existe encore des freins : pour les entreprises ou sociétés plus importantes, il faut mettre en place des montages complexes, et qui deman - dent du temps, pour alléger le poids fiscal de leur transmission...” Rappelons enfin que les droits d’enregistrement sur la cession de parts d’une SARL (4,80 %) sont bien plus élevés que ceux applicables à une cession d’actions d’une SA ou SAS (1 % plafonné à 3 039 Euros) qui aura donc plus de chance de séduire un repreneur. “Avant de mettre en vente une affaire en SARL d’une certaine importance, conseille encore J. Vautier, on a tout intérêt à la transformer en SA ou SAS”. Voilà une raison de plus pour prendre le temps de préparer sa transmission.
ACTIONS CCI
Enjeux : entreprises pérennes et emplois
L’action de la CCI s’articule autour de deux dispositifs destinés à faciliter la transmission des commerces et des entreprises. Membre du réseau Transcommerce, la CCI accompagne les cédants et les repreneurs, centralise les offres de vente de fonds de commerce et en assure la diffusion. La transmission de PME de plus de 10 salariés fait l’objet d’une politique menée très en amont : détection des offres “cédants” lors des visites d’entreprises par les conseillers CCI (300 visites par an), recensement des demandes de repreneurs, reçus par un conseiller spécialisé et mis en relation avec les cédants “déclarés” et les partenaires du réseau départemental Reprendre et Transmettre. Les cédants peuvent adhérer gratuitement au service www.pmicontact.net et y déposer leur annonce. Les candidats repreneurs de TPE sont orientés vers le réseau Entreprendre en Touraine. Dans tous les cas, la CCI offre un service de mise en relation gratuit, neutre et confidentiel. •
Contacts :
- Pour les PME de plus de 10 salariés :
CCI au 02 47 47 20 50 agriffon@touraine.cci.fr
- Commerces :
www.transcommerce.com - djulien@touraine.cci.fr• 17 mars : opération “L’entreprise à la portée de tous” et Forum de la création - reprise.
CCI de Touraine : 02 47 47 20 16 bduchamp@touraine.cci.fr