Stratégie / Territoire


Bientôt le haut-débit pour tous ?

Equité. Le déploiement des systèmes d’information demeure un élément clé de la compétitivité des entreprises. Tout doit être mis en œuvre pour éviter la fracture numérique en garantissant équitablement l’accès au haut-débit et à la connexion permanente dans les zones d’activités. Plus que jamais, collectivités locales, élus, acteurs économiques et la CCI de Touraine se mobilisent

Annie Blanchet

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Une commune est déclarée couverte lorsqu'au moins 60%
des lignes téléphoniques sont éligibles à l'ADSL 512.
Source France Telecom - Mai 2004 -
Cartographie Observatoire Economique de Touraine

Relativement récentes, les technologies à haut débit n’en sont pas moins devenues incontournables. En Touraine, comme ailleurs, les besoins des entreprises, notamment des PME, s’orientent de plus en plus vers la connexion permanente au réseau, avec des n iveaux de débits propres à chaque situation. Cependant, en ce qui concerne les infrastructures, la couverture de l’ensemble des zones d’activité ne peut être réalisée que de manière progressive, compte tenu des investissements importants qu’elle nécessite. Pour autant, l’Indre-et-Loire dispose de deux atouts de taille pour assurer son développement numérique. Il s’agit d’une part de la forte présence des opérateurs en télécommunications : France Télécom, LDCom (9 Telecom), Illiad (Free) Télécom Développement (Cegetel) et Colt Télécom et, d’autre part, du grand nombre d’infrastructures mobilisables avec les réseaux autoroutier, ferroviaire, câble, fibre optique, pylônes... Mais il reste beaucoup à faire pour aboutir à l’émergence d’offres de services de télécommunications diversifiées, plus performantes ou moins coûteuses sur tout le territoire.

Des disparités fortes. Câble, fibre optique, boucle locale radio (BLR), ADSL... sont effectivement présents sur la Touraine. Mais tous ces supports à haut débit se trouvent essentiellement concentrés sur l’agglomération de Tours. Pour les autres communes du département, la concurrence sur les technologies et les services est quasi inexistante. Avec étonnement, on a même constaté que la zone d’activité Papillon, à Parçay-Meslay, malgré sa proximité avec la ville, n’était pas couverte par l’ADSL. Heureusement, une solution vient enfin d’être trouvée, suite à un accord financier passé avec France Télécom et à la mise en place d’équipements supplémentaires par l’opérateur. Cette zone sera très bientôt desservie. Autre constat : pas moins de 149 communes se trouvent hors de tout accès aux transmissions rapides. Pour l’heure, seul France Télécom prévoit l’ouverture de l’ADSL sur un certain nombre de zones situées en dehors de l’agglomération (voir carte).

Le développement de l’ADSL. Depuis le début de l’année 2004, l’opérateur historique propose une convention de partenariat avec les conseils généraux par le biais de la “charte des départements innovants”. Celle-ci a pour but d’accélérer la couverture ADSL du territoire d’un département, telle que prévue initialement par France Télécom dans son programme de déploiement. “Si la signature de la charte a pour avantage d’arrêter le plan de déploiement de l’ADSL sur les deux prochaines années, elle ne règlera pas pour autant le problème de la couverture totale de la Touraine. En effet, 77 communes demeu - reront, en 2006, à l’écart de toute solution de connexion permanente à internet”, explique le directeur délégué à l’Aménagement du territoire au Conseil général, Eric Barthez. Précisons encore que cette couverture ADSL, même partielle, ne répondra pas nécessairement aux besoins des utilisateurs. Les capacités des systèmes ADSL actuels plafonnent à 8 Mbit/s, ce qui est en-deçà des autres technologies et reste sans commune mesure avec la fibre optique, en théorie illimitée. Si la majorité des offres commerciales est encore généralement comprise entre 512 kbit/s et 1 Mbit/s, certains opérateurs, via le dégroupage, proposent déjà à leurs abonnés de l’agglomération tourangelle des débits descendants pouvant atteindre les 6Mbit/s, pour un coût sensiblement équivalent. L’ADSL actuel apparaît donc comme une technologie de transition avant le très haut-débit.

Les technologies sans fil. On l’aura compris, l’ADSL est loin d’être la panacée. Même si elle a actuellement le vent en poupe, cette technologie est limitée. Il faudra donc trouver autre chose. En France et un peu partout en Europe, se déploient d’autres solutions crédibles et sérieuses, notamment les technologies sans fil. Parmi celles-ci, le satellite, particulièrement adapté pour les zones isolées, la boucle locale radio (BLR) consistant à raccorder des abonnés équipés d’une antenne, par la voie hertzienne, le Wi-Fi, par ondes radio. Sans oublier l’accès offert, via les réseaux électriques, par la technologie des courants porteurs en ligne (CPL). Cette dernière apparaît comme particulièrement intéressante. Il est vrai que ses avantages sont nombreux : ni travaux, ni perturbation dans le fonctionnement des infrastructures existantes, capillarité du réseau électrique sans égale et enfin, parfaite sécurisation des échanges de données. “La volonté du gouvernement français est de développer le CPL. En Touraine, des contacts sont en cours. Par ailleurs, le Syndicat intercommunal d’Energie d’Indre-et-Loire (SIEIL) est compétent pour cette technologie depuis juin dernier”, précise Eric Barthez.

Quelle stratégie pour demain ? La nouvelle loi sur le déploiement numérique, promulguée le 21 juin 2004, apporte une é volution majeure dans le rôle joué par les collectivités locales. En effet, cette loi autorise la collectivité à devenir opérateur et à fournir des services de télécommunications aux utilisateurs, dans la mesure où elle constate une insuffisance d’initiatives privées. Le Conseil général d’Indre-et-Loire a, depuis, de son côté, réalisé une étude de carence. Pour répondre à l’objectif d’apporter un service de connexion permanente à internet dans les 149 communes du département situées en “zones blanches”, il faudra préalablement déterminer avec précision ce qu’il est rentable de faire, à quels coûts et avec quelle fiabilité. Suivant leur type, les zones d’activités locales, communautaires ou à vocation nationale auront des niveaux d’équipement différents. “Il faut aussi avoir à l’esprit qu’en certains lieux du territoire, aucune technologie ne pourra être déployée, simplement parce que cela impliquerait des coûts exorbitants. C’est une certitude, demain 100 % des foyers et des entre - prises n’auront pas accès au haut-débit.”

Privilégier la concurrence. L’action relative aux infrastructures de desserte et de collecte de télécommunications à haut débit à réaliser sur le territoire a été débattue fin septembre, lors d’une session du Conseil général. Y ont été examinées la signature de la convention France Télécom, ainsi que la mise en œuvre d’un programme pluriannuel, complémentaire au déploiement ADSL de France Télécom. Ce programme départemental comporte deux grands volets. L’un concerne l’assistance technique aux collectivités locales, voire aux groupements d’entreprises. Le but étant ici de les aider à élaborer leurs projets dans le maquis technique et réglementaire des TIC. L’autre volet porte sur un appel à projets relatif à la réalisation d’une desserte à haut débit. “Le Conseil général souhaite privilégier des projets qui soient les plus tech niquement et économiquement adaptés au territoire. La mise en place d’une concurrence entre technologies et opérateurs privés est le premier moyen qui permettra d’accélérer la pénétration du haut débit” , conclut Eric Barthez.