En couverture / Développement durable
Développement durable, un investissement d’avenirPositif. Le développement durable peut contribuer à améliorer la compétitivité de l’entreprise. Comment ? En améliorant sa maîtrise des risques, en gérant mieux ses moyens, en valorisant son capital humain. Au final, plus qu’un coût, c’est un investissement dont le retour sera positif dans la durée
Dossier réalisé par Patrick Chateau
Photo DR Nul ne remettra en cause le fait que la responsabilité première des entreprises soit de générer des profits. Pourtant, il n’est pas antinomique de penser qu’elles peuvent conjointement contribuer à des avancées sociales et à la protection de l’environnement. Ces objectifs sont alors intégrés dans leur politique et leur stratégie commerciale, dans leurs modes de production et de gestion. Voilà déjà quelques années que de nombreux acteurs portent un intérêt croissant à la responsabilité des entreprises, aussi appelée responsabilité “sociétale”. Leurs exigences portent sur les produits plus respectueux de l’environnement et sur les conditions sociales de leur production. Elles peuvent également être le fait de leurs partenaires économiques soucieux de les voir adopter leurs bonnes pratiques. Le groupe de travail de l’Afnor (Association française de normalisation) “Entreprise et développement durable” note d’ailleurs la multiplication des codes de bonne conduite concernant les pratiques sociales, la mise en place de nouvelles approches comme l’intégration de l’environnement dans la conception des produits (en tenant compte de l’ensemble de leur cycle de vie) ou encore, depuis ces trois dernières années, le notable développement des fonds éthiques ne soutenant que les entreprises donnant suffisamment de garanties quant à la prise en compte du développement durable.
Photo DR Loi NRE. La loi sur les Nouvelles régulations économiques (NRE) du 15mai 2001 vise directement la gestion de l’entreprise en demandant aux sociétés cotées sur un marché réglementé d’indiquer dans leur rapport annuel “la manière dont elles prennent en compte les conséquences environnementales et sociales de leur activité”. Le guide SD21000 élaboré par l’Afnor (voir rubrique Rencontre), actuellement testé sur le département, a préféré trouver un consensus sur le type d’outils volontaires pouvant aider les dirigeants dans leur approche du développement durable. Car, si plus des deux tiers des 250 premières entreprises françaises cotées ont enclenché une démarche en ce sens, combien parmi toutes les autres se font une idée précise de ce qu’il convient de mettre sous cette dénomination, et surtout de la façon de transformer ce que certains envisagent comme une contrainte en opportunité de croissance ? Pour les uns, ce concept reste du vent ; pour les autres, il prend peu à peu corps en disséminant ses valeurs dans les sphères publiques et privées.
Pour 53 % des Français, une entreprise fiable doit respecter lenvironnement, les règles éthiques (41 %) et le contrôle de la qualité des produits (41 %).
Photo DR Extrait de naissance. Son origine remonte à 1971, date de la publication du rapport sur les limites physiques du globe terrestre face à la croissance économique, réalisé par le Club de Rome, une association privée internationale spécialisée dans l’étude des conditions de vie. Pourtant, il faut attendre neuf ans pour qu’apparaisse l’expression “développement durable” (sustainable dev elopment) dans un texte des Nations-Unies portant sur la biodiversité. Sa définition précise sera finalement apportée en 1987 dans le rapport Brundtland, en préparation du sommet de Rio : “Un développement qui répond aux besoins des générations présentes sans compromettre la capacité des généra - tions futures de répondre aux leurs”. Selon Christian Brodhag, directeur de recherche à l’école des Mines et président du groupe de travail de l’Afnor sur le développement durable, “la marée noire de l’Exxon Valdez en 1989 est l’un des déclencheurs en faveur du développement durable.Les entre - prises américaines ont alors eu peur qu’une autre catastrophe de cette ampleur ne provoque des actions réglementaires au niveau fédéral.” (Le journal du management, février 2004). Elles ont donc choisi de prévenir. Ajoutons également la pression exercée par l’opinion publique de plus en plus sensible au rôle dévolu aux entreprises dans la mondialisation. En 1997, certaines décident de suivre le Global reporting, initiative lancée aux Nations-Unies, dont l’objectif est de mettre en place un rapport de développement durable normalisé (au même titre qu’un rapport financier) en concertation avec des associations et des entreprises. En France, seules quelques entreprises pionnières, comme Lafarge, l’ont rapidement adopté.
Implication en hausse. Le mouvement s’est accéléré en 1999-2000. Les grandes entreprises communiquent de plus en plus sur leur implication pour reconquérir ou protéger leur image de marque. Aujourd’hui, plus de 220 sociétés françaises sont adhérentes du Global compact. Proposé en 1999 par Kofi Annan alors secrétaire général des Nations-Unies, ce pacte mondial rassemble le monde du travail et la société civile autour de neuf principes universels relatifs aux droits de l’homme, aux normes du travail et à l’environnement. Pourtant, cette initiative atteint vite les limites que lui impose le principe du volontariat. Faute de réglementation, le développement durable avance sur le terrain de la normalisation. L’ISO, organisation internationale de normalisation, a ainsi été saisie pour mettre en place les premiers jalons. La CCI de Touraine rappelle d’ailleurs l’existence de tels outils techniques dans le cadre de sa démarche visant à sensibiliser ses membres aux principes du développement durable. Elle les incite à l’envisager comme un investissement. En effet, investir dans le gouvernement d’entreprise (pour être plus transparente, plus efficace, donc plus compétitive) comme dans l’environnement ou le social, c’est élever le niveau de performance économique par une meilleure maîtrise des risques, une gestion plus économe des moyens, une meilleure valorisation du capital humain et, au final, une meilleure perception de l’entreprise par ses clients et ses actionnaires. Pour Daniel Lebègue, président de l’Institut du développement durable et des relations internationales (IDDRI), ce processus doit être approfondi en termes d’outils de méthodologie d’action et d’évaluation : “Je pense que la dynamique est enclenchée et que ce sera l’un des grands chantiers du XXIe siècle” (Le journal du management, février 2004).
Aujourdhui, plus de 220 sociétés françaises sont adhérentes du Global compact.
1 / 2