Stratégie / Territoire


Touraine Côté Sud. Parlons avenir

Mutation. Six ans après sa création, le Pays de la Touraine Côté Sud s’apprête à opérer un grand virage. Son projet de territoire est actuellement remis à plat avec le concours d’acteurs locaux bien décidés à regarder vers l’avenir, à s’ouvrir vers l’extérieur, en valorisant mieux son identité d’espace où il fait bon vivre et bon d’entreprendre dans tous les domaines

Patrick Chateau

“Exprimez-vous. Vos idées et vos projets intéressent vos élus, car c’est de l’adhésion et de l’implication du plus grand nombre que le Pays tirera sa force.” Cet appel lancé par l’entremise de la plaquette éditée par le Pays de la Touraine Côté Sud a été bien entendu. Entre mars et avril, 150 acteurs locaux ont participé à l’élaboration du “Diagnostic à dire d’acteurs”, présenté comme la première étape dans la construction du projet de territoire du Pays . Cette réflexion sur le “ Pays souhaité” donne l’image d’un territoire en pleine mutation. Cette vision collective complexe est faite à la fois d’éléments forts et de contradictions (inertie et dynamisme), de modernité (capacité entrepreneuriale et potentiel touristique en friche) et d’attitude défensive vis-à-vis de l’extérieur (cadre de vie agréable et regard myope sur l’extérieur et ses effets...). Les intéressés s’accordent unanimement sur un point : les compétences entrepreneuriales du Pays se heurtent à l’inertie ambiante. “La population enracinée de longue date est davantage tournée vers le passé que vers l’avenir, résume Jean-Jacques Descamps, président du Pays. De ce fait, nous rencontrons des difficultés pour trouver des élus ou des responsables associatifs qui acceptent de prendre des responsabilités.”Autant dire qu’il existe une fracture entre une ruralité très ancrée qui prend ses racines dans l’histoire du territoire, encore très présente dans les esprits, et une modernité - très mal identifiée et reconnue - mais très perceptible dans la volonté d’action de certains. Le problème du raccordement routier à Tours par la RN 143, la couverture encore déficiente du territoire par le haut-débit (nombre d’artisans doivent attendre minuit pour passer commande via Numéris), voire par le réseau de téléphonie mobile, contribuent à donner l’image d’un Pays toujours à la traîne. Des faiblesses qui sont perçues comme autant de freins à l’attractivité du bassin d’emploi, à l’implantation des services de proximité... “Nous, industriels, nous sentons un peu brimés car il n’y a plus d’attraits à venir s’implanter dans ces zones faiblement peuplées, déplore Olivier Maltête, président-directeur général de la fonderie d’Abilly et président du groupement des industriels de Descartes. J’ai la sensation qu’on fait beaucoup pour le tourisme et bien peu pour l’avenir industriel de la région ; même si le rééquilibrage entre Descartes et Loches est à mettre au crédit du Pays.”

Suggérer des priorités. Cette inquiétude légitime soulève la question du rôle économique du Pays : “Cette compétence est du ressort des communautés de communes, explique Jean-Jacques Descamps. Mais comme le Pays a une connaissance solidaire des enjeux structurels du territoire, des pistes à emprunter ensemble pour remédier à nos difficultés, il a à suggérer des priorités de développement concrétisées via le Contrat de Pays. A nous de travailler pour qu’elles infléchissent la politique de nos partenaires institutionnels : Europe, Etat, Région, Département.” Gérant du Luccotel à Loches et président départemental des Logis de France, Jean Valton souligne l’attente forte en matière de communication autour d’un territoire dont la qualité de vie et le patrimoine sont trop mal connus de l’extérieur. “En outre, il faut que le Pays travaille autant sur le tissu industriel que sur le tourisme : si l’on doit être attractif, c’est à tous les niveaux.” Un témoignage qui montre que beaucoup sont prêts à dépasser l’inquiétude d’un certain nombre enclin à voir ce qui vient de l’extérieur comme menaçant et non pas comme une ressource potentielle. Or le territoire doit beaucoup à cet apport : de nouvelles populations, des entrepreneurs, des investisseurs dans le résidentiel de loisir (telle la résidence Pierre et Vacances à Loches). Ce dynamisme se caractérise par une volonté d’entreprendre (aussi bien dans les associations que dans les entreprises), une recherche d’efficacité , ainsi que par une grande réactivité. “Il est renforcé par la qualité des réseaux et des relations humaines très significatives qui permettent de s’attacher au Pays”, ajoute Stéphanie Braconnier, agent de développement local. “En cela, le Pays permet de rapprocher les acteurs économiques des élus et d’avoir une réelle incidence sur son territoire, renchérit Patrick Morange, président du directoire de Savebag à Loches. Par exemple en favorisant le développement de zones d’activités qui n’étaient pas considérées comme prioritaires, comme à Cormery. En ce sens, le Pays joue le rôle d’amplificateur de nos attentes auprès des instances de décision.”

Unir les énergies. Antonio Marongiu considère le Pays comme un partenaire à part entière ayant pouvoir d’unir toutes les énergies du territoire. Le seul espace au sein duquel se réunissent et échangent aussi bien les élus, associations et entreprises de Preuilly, Loches, Montrésor ou Descartes. “Il faut valoriser notre identité sans forcément se comparer à Amboise ou Chinon”, insiste le propriétaire de l’hôtel George-Sand et de l’Hostellerie des Cordeliers à Loches (également président de la chambre syndicale de l’hôtellerie). Pour d’autres comme Gérard Mathurin, pdg des Luminaires Ballart et président de l’association des industriels du sud-lochois, Sud Touraine Entreprises, “le Pays va permettre de nous aider à mieux comprendre le Sud et d’avoir des idées convergentes pour faire avancer les choses, assure-t-il. C’est un atout supplémentaire, un terrain neutre où les idées sont étudiées sans à priori pour faire émerger des projets que personne ne pourrait monter seul. Et c’est peut-être cela son aspect le plus intéressant.” Pour l’heure, l’analyse de ce diagnostic sur le “ Pays souhaité” devrait servir de support aux futures grandes orientations suivant lesquelles le Pays souhaitera voir s’accomplir et se terminer la mutation qu’il est en train de vivre.

 

ACTIONS

“Peu d’actions, mais d’envergure !”

Créé en 1998, Touraine Côté Sud re g roupe 67 communes et quelque 50 000 habitants réunis dans quatre communautés de communes : Loches Développement, Touraine du Sud, Montrésor, et Grand-Ligueillois. Ce Pays veut être un lieu de concertation et de c o o rdination entre les collectivités locales. L’objectif : leur permettre d’être plus efficaces dans leur développement. Plusieurs programmes de financement y ont déjà été étudiés. Signé avec la Région en 2001, le Contrat de Pays apporte 7 145 000 Euros sur quatre ans pour soutenir les projets structurants. “Notre contrat comporte peu d’actions, mais d’envergure”, rappelle Jean-Jacques Descamps, président du Pays. Citons entre autres, la résidence Pierre et Vacances à Loches, la réhabilitation de la ferme fortifiée du Louroux, le développement du site touristique de Chemillé-sur- Indrois... De même, au cours de la période 2002-2006, le programme européen Leader + apportera des subventions pour la valorisation touristique.
Engagé en partenariat avec l’Etat, le Conseil régional et le Conseil général en 2002, le Pacte territorial pour l’emploi a été mis en place pour aider conjointement les personnes en situation d’exclusion et apporter une aide financière aux entreprises dans le domaine de la formation. “Cette action n’est pas encore tout à fait adaptée à la logique d’entreprise : les projets envisagés manquent d’ambition et les délais d’instruction sont beaucoup trop longs, souligne Stéphanie Braconnier, agent de développement local. L’aspect positif, c’est que cela nous a donné l’opportunité de mieux connaître les entreprises.” Les mêmes partenaires soutiennent les artisans et commerçants grâce à l’ORAC (opération de restructuration de l’artisanat et du commerce)*, complétée par l’action de “maintien du dernier commerce ” : un boulanger à Orbigny, un boucher à Nouans-les-Fontaines, et un multiservices à Paulmy en ont déjà bénéficié.

*ORAC : pour tout renseignement sur les financements de vos projets, contacter :
Patrice Gasser, chargé de mission ORAC, 02 47 91 68 56
Lydie Laumonier, conseiller territorial CCI, 06 07 47 85 20