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Le commerce des champs trouve ses marques

Adaptation. En Touraine, les alimentations générales revisitent leur territoire et s’adaptent à la nouvelle donne de la consommation en milieu rural

Catherine Geffroy

Proxi à Rivarennes - Photo DR

Près de trois alimentations générales sur dix auraient disparu entre 1995 et 2003 dans les communes situées hors de l’agglomération tourangelle (selon les données fournies par l’Observatoire économique de Touraine et issues de l’enquête Commett). Aujourd’hui, leur nombre tend à se stabiliser et l’on constate même quelques créations. Plusieurs raisons expliquent ce phénomène : l’arrivée de familles qui font construire toujours plus loin des pôles urbains, la vogue des résidences secondaires et du tourisme rural, le tout assorti du soutien des élus locaux, désireux de favoriser le maintien d’une desserte commerciale dans leur commune. Mais qu’entend-on par “commerce alimentaire en milieu rural” ? Sollicités par les mêmes publicités, informés par les mêmes medias, habitués à la fréquentation des grandes surfaces alimentaires (tout habitant dit rural dispose au minimum d’un supermarché à 10 km de son domicile), les ruraux ne consomment pas moins et pas différemment des urbains. Le commerce s’adapte à cette nouvelle modernité. Toute la difficulté est de gérer des attentes parfois contradictoires : proximité, prix compétitifs, service personnalisé, horaires adaptés.

Panier Sympa à Champigny-sur-Veude - Photo DR

Proximité. Quel que soit son format, le magasin d’alimentation générale dispose d’un court rayon d’attraction : pas plus loin que 5 km pour le Petit Marché d’Epeigné-les-Bois (une chaleureuse épicerie de poche de 35m2) et 8 km pour le Panier Sympa de Champigny-sur- Veude comme pour le Coccimarket de Francueil (un libre-service tout neuf de 150 m2). A Champigny-sur-Veude, les 70 m2 du magasin d’Hervé Hardion bénéficient de la présence d’une offre médicale, artisanale et commerciale qui donne un attrait certain au bourg. En ce qui concerne Francueil, ses 150 m2 n’augmentent pas pour autant son rayon d’action. Par contre, son exploitant, Marc Baptiste, boucher de métier, constate que le concept, clair et organisé, l’importance de l’offre, la présence d’un grand rayon boucherie- charcuterie exercent une emprise forte sur la zone et ce, auprès de toute la population, y compris les jeunes couples avec enfants. On peut donc affirmer qu’il s’agit bien d’un commerce plus de proximité que d’attraction. Un commerce dont les seniors constituent au moins 50 % de la clientèle. Heureusement, ils sont souvent de bons clients. Chez Hervé Hardion, certains “ achètent quotidiennement fruits et légumes et font régulièrement l’équivalent de gros caddies”. Irène Moreau (Epeigné-les-Bois) compte quelques clients qui se fournissent largement chez elle et lui donnent leur liste en début de mois. Tandis que les actifs ou les femmes au foyer viennent pour des courses de complément ou carrément de dépannage. Didier Pavard ne minimise pas ces achats : “ L’essentiel relève du dépannage pur et c’est ce qui me fait vivre. Mais, pour certains foyers, je suis le deuxième fournisseur après la grande surface. C’est la preuve que je ne suis pas trop mal placé en prix et en assortiment”. Il reste que le panier moyen se situe souvent aux alentours de 6 Euros et que le travail des produits frais permet d’augmenter ce seuil.

Panier Sympa à Champigny-sur-Veude - Photo DR

Frais. Travailler les produits frais est une nécessité évidente pour Didier Pavard : “J’ai des clients qui ne viennent que pour ça. Tout confondu, les rayons frais représentent bien 44% de mon chiffre d’affaires. Mais il faut veiller de près à la qualité du produit, surtout en matière de boucherie. Le client accepte le prix s’il est sûr de la qualité, mais il ne supporte pas d’être trompé”. A Champigny-sur-Veude, l’ensemble du frais représente près de 50 % du linéaire. Hervé Hardion se fait livrer deux fois par semaine en fruits et légumes, “pour la fraîcheur”, et il réalise de bons résultats dans ce domaine. Quant à Françoise Nadreau, épicière à Cléré-les-Pins, elle a amené de nouveaux clients dans son magasin en créant un rayon de charcuterie à la coupe. A Champigny, Hervé Hardion a même inclus des salades composées à emporter et des sandwiches : “La vague de la solution repas touche aussi le monde rural ; c’est un nouveau type de consommation qu’il ne faut pas rater”. Enfin, à Rivarennes, Didier Pavard s’apprête à développer une activité traiteur, après avoir vérifié que la vente de plats tout préparés répondait aux attentes à la fois des personnes âgées qui veulent se faire plaisir et des actifs qui, le week-end, entendent bien ne pas passer trop de temps en cuisine. Alors, va-t-on vers une évolution du secteur ? Gilles Breton, responsable du développement chez Disval (enseignes Panier Sympa et Coccimarket) en est persuadé : l’avenir est avant tout au développement du frais, qu’il s’agisse de boulangerie ou de point chaud, de charcuterie et de boucherie associées à de l’épicerie. Et au développement des services, quels qu’ils soient.

Services. On les appelle “multiservices” et ce n’est pas un vain mot. Aujourd’hui, l’alimentation générale assure le dépôt de pain, fait éventuellement le débit de tabac, vend la presse, gère le dépôt de pressing ou le Relais 3 Suisses, se transforme même en agence bancaire, le tout avec la bénédiction de la municipalité. La livraison à domicile est pratiquement incontournable. Tout comme l’ouverture du magasin le dimanche matin et l’amplitude des heures d’ouverture. Et le phénomène ne peut que s’amplifier. Hervé Hardion a ajouté à son activité , depuis cette année, la location de vélos : un service destiné en partie à la clientèle touristique, non négligeable de juillet à septembre. Et, comme Marc Baptiste, il a installé dans son magasin la borne Internet conçue par Disval. Tous en sont convaincus : si elle ne génère pas un gros chiffre d’affaires, toute cette palette de services fixe le client sur place. Peut-on aller jusqu’à y ajouter le rôle de maintien du lien social, notamment en direction des personnes âgées ? Dans les petites communes, le commerce a succédé au lavoir d’antan : c’est un lieu de rencontres et d’échanges de nouvelles. Et gare au commerçant qui l’oublierait : “On est à la campagne, rappelle Didier Pavard : il faut être à l’écoute et discuter avec les gens. Le matin, le magasin est un lieu de rencontres pour les personnes âgées”. Sourires, disponibilité et bonne humeur sont de rigueur : en fait, le commerçant ne serait pas loin de faire 50 % du chiffre d’affaires. Enfin, pour certains, et ils sont en augmentation, adhérer à une enseigne constitue un moyen supplémentaire de répondre aux attentes de leur clientèle. Quelle que soit l’enseigne, ils citent dans l’ordre les avantages : un vrai concept de magasin, des prix compétitifs par rapport à la grande distribution, une marge raisonnable, la mise à disposition d’outils de communication et la possibilité de faire des promotions. En bref, une solution cohérente, notamment pour ces nouveaux clients nés de la RTT et qui viennent dans leur résidence secondaire pour le week-end ou une journé e en semaine. Quand le commerce des champs vient à la rencontre du chaland des villes.

EN CHIFFRES

Profil des alimentations générales rurales en Touraine
• Nombre de magasins (recensés fin 2003) : 94
• N o m b re de magasins sous enseigne distributeur : 33 (soit 35 %)
• Age moyen de l’exploitant : 46 ans
• Surface moyenne de vente : 85 m2
• Emploi : 1,7 personne en moyenne

Activité des alimentations générales de moins de 120 m2
Sur les 22 entreprises répertoriées par le CGA 37 :
- 7 ont réalisé en 2003 un chiff re d’affaires moyen de 116 889 Euros
- 11 un CA moyen de 209 662 Euros
- 4 un CA moyen de 373 461 Euros
Ce résultat est en progression sur les trois derniers exercices. Il permet aux exploitants de retirer un résultat courant moyen de 9,70% du chiffre d’affaires. Dans cette configuration, la marge brute est plus élevée pour les chiffres d’affaires situés de 59 000 à 158 000 Euros (32 , 2 % du CA) que pour ceux qui dépassent 158 000 Euros (de 25,3 à 26,1% du CA)

* Source : CGA 37