En couverture / Rencontre


Le boss doit donner l’exemple

Service. La plupart des entreprises françaises ont pris conscience que la qualité de service est devenue un levier puissant de différenciation dans une économie très concurrentielle. Mais dans les faits, la France reste très en retard par rapport aux pays anglo-saxons et asiatiques

Propos recueillis par Maï-Anne Trant

Photo : DR

Philippe Bloch Co-auteur de Service compris,
Co-président fondateur de Columbus Café

Que pensez-vous de la qualité du service offert dans les entreprises françaises ?

P. Bloch : En 1986, Service compris (best seller devenu l’une des références en matière de relation client, ndlr) est né du constat que la France offrait une qualité de service d’un niveau très inférieur à celui que j’avais pu observer aux Etats-Unis ou en Asie.
Malheureusement, la situation n’a pas fondamentalement changé, même si le cont exte est très différent. Les nouve aux outils technologiques ont rendu l’entreprise beaucoup plus réactive et accessible. Les techniques de management visant à améliorer la satisfaction client se sont largement répandues : contrôles qualité, visites mystère, systèmes d’intéressement à la rémunération...
Mais l’état d’esprit est resté le même : la France est un pays peu serviable. Le mot “service” vient du latin servus, qui signifie “esclave”. Outre- Atlantique, tout ce qui touche au service est au contraire fortement valorisé. En Asie, il y a une forte culture du respect d’autrui... Pourtant, il n’y a aucune raison de penser que nous ne pouvons pas faire aussi bien que nos concurrents, à condition de le vouloir vraiment.
C’est aux dirigeants d’entreprise qu’il revient de donner l’impulsion, mais pas de la façon dont ils ont procédé jusqu’à présent, en se contentant de faire délivrer quelques formations à leurs commerciaux, de manière ponctuelle. Pour instaurer durablement une culture du service, il faut y revenir tous les jours, en montrant soi-même l’exemple, en se comportant avec les salariés de la même façon que l’on souhaite qu’ils se comportent avec les clients.
On ne peut pas demander à un employé de se mettre en quatre pour des clients s’il n’est pas lui-même reconnu et valorisé pour ses compétences au sein de l’entreprise. Les premiers clients des boîtes, ce sont les salariés. Or, il existe très peu d’entreprises qui ont intégré cette notion.

Sur quoi repose une formation de qualité en gestion de la relation client ?

P. B. : L’environnement économique n’a pas non plus favorisé l’émergence d’une culture du service. Les périodes de récession ont conduit les entreprises à se battre sur le terrain des prix, pas sur celui du service. Les 35 heures, en accroissant la pression sur les salariés, ont été un élément dégradant de la qualité de service. Aujourd’hui, le client veut à la fois les prix les plus bas et la meilleure qualité de service possible. Beaucoup d’entreprises se sont laissé entraîner dans cette équation, qui est insoluble. Un service de qualité, cela se paie !
Avec Ralph Hababou, co-auteur de Service compris, nous avons formé quelque 300 000 personnes entre 1988 et 1998. L’expérience prouve qu’une formation réussie doit s’inscrire dans la durée, qu’une répétition est absolument nécessaire si l’on veut imprimer un changement de comportement en profondeur.
C’est un travail collectif, dans lequel il faut impliquer l’ensemble des salariés, sans oublier les dirigeants. Sans doute des outils doivent être mis en place à l’occasion d’une formation mais ce qui compte avant tout, c’est de donner envie aux salariés d’améliorer, collectivement, la qualité de service de leur entreprise. Et cette envie doit venir du haut. Un patron se doit d’incarner l’esprit de service s’il veut que ses employés fassent de même avec les clients de l’entreprise.