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Le bonheur est dans la cuisine

Univers. La cuisine profite du syndrome “c’est moi qui l’ai fait”. Sur des créneaux variés - appareils de cuisson, ustensiles, livres et cours de cuisine - des spécialistes tourangeaux s’efforcent de tirer parti de ce nouvel intérêt pour l’art culinaire

Catherine Geffroy

Photo DR - Cristel

Il y a des odeurs de cuisine dans l’air. Assoupi depuis les années 70, le virus s’est remis à circuler depuis quelque temps, stimulé tout à la fois par le retour aux valeurs de la famille, le besoin de convivialité et les peurs alimentaires. Certes, ce n’est plus tout à fait comme avant : l’entrée massive des femmes sur le marché du travail a changé la donne. Aujourd’hui, on peut dire qu’il existe une cuisine à deux vitesses. L’une, quotidienne, rapide et facile à préparer. L’autre, celle du week-end, plus festive et conviviale, où l’on prend le temps de mettre les petits plats dans les grands. Les sondages le confirment d’ailleurs : 84 % des Français déclarent “éprouver du plaisir à cuisiner pour recevoir des invités.” (source TNS-Sofres, mai 2003). Ce n’est pas un hasard si les éditeurs ont mis sur le marché quelque 300 nouveaux ouvrages de recettes en 2003. A La Boîte à livres, à Tours, Marie Volant parvient difficilement à accéder le samedi à ses tables de livres tellement les gens s’y pressent et s’accordent le temps de choisir. Chez le spécialiste des articles culinaires Husson, (quartier des Halles à Tours), Paulette Ferraz explique que le marché est porteur parce que les clients ont à la fois l’envie de bons produits et le désir de faire eux-mêmes. Le magasin a, dit-elle, deux cœurs de cible, “les amateurs éclairés et les jeunes couples à partir de 30 ans. A cet âge-là, on sort moins, on reçoit plus et donc on s’équipe.” Elle voit avec plaisir la clientèle se rajeunir mais aussi se masculiniser : “Beaucoup de jeunes cadres fréquentent le magasin le samedi. Pour eux, cuisiner constitue un loisir, une activité manuelle qui les déstresse. Alors, ils investissent les fourneaux le week-end. Ils ne sont pas seuls : les hommes retraités regardent beaucoup les émissions de cuisine à la TV. Ensuite, ils viennent nous acheter les mêmes ustensiles que ceux utilisés par les chefs.”

 

Photo DR - Cristel

Comme un chef. Philippe Caudron, (Caudron Télé-ménager Services à Fondettes) en est témoin : en matière d’appareils de cuisson, les messieurs investissent dans la qualité et volontiers dans du plus haut-de-gamme que leurs épouses. Et quand l’homme fait lui-même la cuisine, il veut pratiquement du matériel de pro, “parce qu’il fait des plats plus recherchés, moins dans le quotidien”. (Les mauvaises langues vous expliqueront combien il est plus valorisant de jouer les grands chefs que de passer l’aspirateur...). Il faut préciser que la clientèle de M. Caudron se recrute surtout chez les 40 ans et plus, ceux qui renouvellent leur équipement, ceux qui veulent comprendre ce qu’ils achètent, avec conseils et explications à la clé. Un vrai plaisir pour les revendeurs car le matériel n’a jamais offert autant de possibilités : fours avec programmes automatiques qui prennent parfaitement en main l’étape de la cuisson, tables à induction avec réglage au doigt et à l’œil. “Vendre ces produits-là, c’est intéressant : on a des arguments et on apporte un plaisir aux clients avec un vrai confort d’utilisation. Réellement, aujourd’hui, on peut donner envie de cuisiner.” La tendance est identique au niveau des ustensiles. Chez Husson, la clientèle est fidèle et complète son équipement petit à petit : la majorité des clients sont prêts à investir dans du matériel qui dure longtemps, quasiment du matériel professionnel. La maison leur propose surtout des marques triées sur le volet, mais pas seulement : elle référence également des articles d’entrée de gamme pour pouvoir toucher une large population. “Les ustensiles qui marchent affichent un look de pro : on tourne beaucoup autour de la fonte, de l’inox et du cuivre. Mais aussi de matériaux nouveaux comme le silicone qui est souple, résistant à la chaleur et facile d’entretien. Tous allient pratique et esthétique et l’on constate beaucoup de créativité dans ce domaine. A tel point qu’ils font souvent l’objet d’achats d’impulsion ou de cadeaux.” Il est vrai que la cuisine, hier considérée comme un espace clos et privé, s’est progressivement imposée comme une pièce à vivre. “D’où le succès, explique M. Caudron, de l’encastrable, des plaques à induction « design » et des hottes : elles marchent bien parce qu’elles montent en gamme et qu’elles deviennent carrément un élément de décor.” Car on décore la cuisine. La tendance actuelle veut que tout soit à disposition, que tout se montre : les ustensiles suspendus à des tringles fixées au mur et les préparateurs culinaires (certains sortent avec des couleurs fruitées très tendance). Les grille-pain et les machines à espressos (de préférence noires ou inox) restent sur le plan de travail. Aujourd’hui, la technologie culinaire s’affiche.

Savoir cuisiner. Posséder une belle cuisine ne suffit pas : encore faut-il savoir l’utiliser. Les apprentis cordon bleu n’ont pas d’âge, remarque-t-on à La Boîte à livres : simplement, à 20 ans, on cherche des recettes à réaliser “entre copains”, genre exotique ou tex mex, entre 25 et 40 ans, on court après les recettes rapide pour nourrir la famille et, à 60 ans, on se tourne vers les gâteaux et les confitures pour les petits-enfants. Ce qui marche très fort : les “nouveautés” qui correspondent à des achats d’impulsion. Tous ces livres au format collection, avec de belles photos, très alléchants. Beaucoup sont des livres thématiques, certains sont de grands succès de librairie. Comme pour un livre d’art, les clients ont tendance à ne pas trop faire attention au prix : “La moyenne des achats se situe entre 5 et 15 _. Après, on ne regarde plus”. Pour démystifier la cuisine, rien de tel que les démonstrations. Husson les renouvelle chaque année avec succès lors de la Semaine du goût et envisage d’en augmenter la fréquence dans le magasin entièrement refait à neuf. Plus fort encore, et pour répondre à une demande croissante émanant de particuliers, le Greta Val de Loire propose désormais de véritables cours de cuisine payants. Conçus comme une activité de loisirs, les stages sont décrits comme étant “originaux, pratiques et plaisants à vivre” et accueillent néophytes ou amateurs éclairés au Lycée hôtelier Albert-Bayet. Le stage “marché du samedi matin” propose ainsi de faire son marché accompagné d’un chef avant de passer aux fourneaux. Le n°6 n’est pas mal non plus : il vous invite carrément à passer “un été de desserts”. Quant aux grands-parents et petitsenfants, ils peuvent ensemble mettre la main à la pâte dans un stage qui leur est spécialement dédié : une opération originale pour attirer les enfants dans la cuisine. 60 % des Français estiment qu’ils cuisineraient davantage s’ils avaient plus de temps enquête BVA-Seb) : c’est un point d’appui fort pour l’avenir des arts culinaires pourvu que le secteur sache démontrer que cuisiner ne rime plus avec obligation et formalisme mais plaisir de dénicher de bons produits, de tester des recettes et de réunir chez soi famille et amis. Et prouver que les cordons bleus ont aujourd’hui sous la main toute une palette d’outils pour leur faciliter la vie.

 

REPERES

La cuisine en chiffres

• Ustensiles de cuisine : marché estimé à 1,7 milliard d’euros (source LSA, mars 2004)
• Avec un CA de 27 millions d’euros en 2002, le livre de cuisine a affiché une progression de 58 % entre 2001 et 2002 (source : syndicat national de l’édition)
• Le marché du meuble neuf de cuisine s’est élevé à 1,67 milliard en 2003 (en hausse de 2,5 % par rapport à 2002, source IPEA)