Evolution. Les Français aiment toujours le vin,
mais différemment. Ils en boivent moins souvent mais mieux. Et
ils ont besoin dêtre guidés dans leur choix. Témoignages
de quatre experts tourangeaux en bonnes bouteilles qui, tous à
leur manière, proposent à leurs clients de partir à
la découverte du vin et de son univers
Catherine Geffroy
Lisibilité.
Evolution des modes de vie, perte de savoir chez les jeunes générations,
campagnes de santé publique, autant déléments
qui expliquent en partie la baisse continue de consommation de vin
enregistrée en France depuis les années 80. En 20 ans,
les consommateurs réguliers, ceux qui boivent du
vin tous les jours ou presque et qui représentaient 47 % des
buveurs en 1980, ont diminué de moitié. On est
passé du vin «consommation», considéré
comme un produit alimentaire, à un vin plaisir et sensations,
lié à des occasions : repas de fête, réceptions,
restaurant. Lanalyse que fait André Vaillant (caviste
à La Vinothèque à Tours) est confirmée
par le constat dun autre professionnel de la distribution, Jean-Luc
Roché, responsable du Centre Leclerc à Amboise et acheteur
national de vins pour lensemble du groupement depuis 1984. Les
grands crus, les AOC quand ils sont de belle qualité ainsi
que tous les bons vins nont pas été touchés
par la mévente, au contraire des vins moyens. Il reconnaît
cependant que le vin est un produit assez complexe à aborder.
Selon une étude réalisée en 2003 par Ipsos pour
le groupement, les trois quarts des Français estiment que le
choix est plutôt difficile, notamment à cause de la largeur
de loffre et des difficultés à identifier les
signes de qualité. Pour tenter de résoudre ce problème
particulièrement sensible en libre-service, Jean-Luc Roché
a choisi, dune part daugmenter la lisibilité de
son rayon vins, dautre part de proposer à la clientèle
trois solutions dachat correspondant à trois types de
comportement. Cest ainsi que lhypermarché dAmboise
présente tout dabord et de façon permanente deux
rayons vins : un rayon pour les achats basiques et un autre, baptisé
La Cave pour les grands vins. Le premier propose des références
identiques toute lannée dans une gamme de prix comprise
entre 1,5 et 4,5 Euros. Pour simplifier la présentation,
loffre a été segmentée, non pas par origine
mais, ce qui est innovant, en trois couleurs : vins blancs, vins rouges
et vins rosés. Puis par prix. Après, il sagit
de bien associer vins et mets, et là, assez souvent, le client
a besoin de notre sommelier. La Cave sadresse, elle, à
des amateurs avertis et, dans un décor de chai, rassemble uniquement
des grands vins, voire de très grands crus. Enfin, pour sa
clientèle de connaisseurs qui possèdent une cave bien
montée, le magasin organise chaque année la Foire aux
vins : 350 références, des vins de très
belle qualité, une gamme de prix allant de 3 Euros à
150 Euros. Bilan : 40 à 50 000 bouteilles vendues en 10 jours.
Découverte.
Caviste depuis 30 ans, André Vaillant revendique la spécificité
de sa profession : Nous sommes responsables de notre sélection
de vins. Notre force est de travailler sur des niches, avec des producteurs
qui ne font pas des volumes suffisants pour vendre en grandes surfaces.
Nous sommes en quelque sorte les faire-valoir du vin. Parce
quil achète directement au vignoble et avec le producteur,
il recherche ces viticulteurs un peu fous qui retravaillent
le sol et refont lécosystème, qui ont compris
quil fallait jouer plus la qualité que la quantité.
Ces passionnés qui jouent le rôle de locomotives
des vins dappellation vitalisent le marché. Ils constituent
une carte maîtresse pour André Vaillant qui sattache
à valoriser les vins dappellation et faire découvrir
des vins de pays plus ou moins connus à ses clients. Ses clients
? Des connaisseurs et des gens qui sintéressent au vin.
Ils ont entre 35 et 50 ans, ils viennent le plus souvent parce quils
ont des invités et quils cherchent des vins qui vont
avec leur menu. Ce quils veulent ? Des produits avec plus
dauthenticité, des vins de signature, des vins élégants,
avec une concentration diluée. Mes clients sont exigeants.
Exigeants mais aussi attentifs au prix : pour André Vaillant,
ce phénomène est nouveau et date de 2003 : Aujourdhui,
observe-t-il, le client vient avec un budget en tête : il se
met des limites. Cet aspect découverte du
vin est capital lorsque le caviste sadresse à la jeune
génération, dite génération coca
cola. Un des problèmes du monde du vin, aujourdhui,
est de capter cette clientèle pour renouveler la base des acheteurs.
Ils commencent à sintéresser au vin quand
ils entrent dans la vie active et, dans lensemble, ils font
preuve dune quasi ignorance. Si on veut leur faire aimer, dabord,
il ne faut pas les rebuter avec un vocabulaire compliqué, ensuite
il faut leur présenter des vins faciles daccès,
des vins « plaisir » : par exemple des vins blancs moelleux,
plutôt aromatiques, pas des vins tanniques. Il faut leur montrer
le côté un peu envoûtant du vin.
Plaisir simple.
Cest un fait reconnu : pour refaire le monde, rien de mieux
que de se retrouver autour dun verre, le vin constituant un
excellent moyen de communication. Au bar à vins Le Ptit
Blanc, (place Gaston-Pailhou à Tours), les clients viennent
en petits groupes ou se donnent rendez-vous, pour boire et pour déjeuner
sils le souhaitent. La formule na rien du bar traditionnel
: Bruno Crouzat-Reynet, son propriétaire, y défend une
approche détendue et conviviale du vin. Le client peut y consommer
au verre, à la bouteille dans une large gamme de prix et de
choix et, sil aime, il peut acheter. La clientèle est
urbaine, à dominante masculine et les 35-50 ans y sont majoritaires.
Ce sont en général des connaisseurs pour lesquels Bruno
Crouzat-Reynet se fournit en direct auprès des producteurs,
en essayant de sortir des sentiers battus. Il a pour principe de nacheter
que des produits de qualité mais se garde bien de sacraliser
lapproche du vin. Il a en cela quelques points communs avec
Jacky Dallais, propriétaire du restaurant La Promenade au Petit-Pressigny.
Depuis 20 ans, son établissement sest constitué
une bonne cave et une carte des vins très diversifiée.
La grande majorité de ses clients sont des connaisseurs. Il
part lui-même régulièrement à la recherche
de producteurs différents avec des produits de
qualité et de la personnalité. On essaie de trouver
des produits que nos clients ne connaissent pas, du genre meursault
rouge ou beaujolais blanc. On incite à la découverte
explique-t-il. Et ça marche : Il est rare que le client
choisisse lui-même sur la carte des vins, poursuit-il. Il a
confiance en nous, notamment parce quon est vigilant sur les
prix, et il laisse faire Xavier, le sommelier. Il attend quon
le surprenne et quon lui procure un instant de plaisir. Tout
simplement. Pour Jacky Dallais, le danger consiste à
trop intellectualiser le vin. Car, rappelle-t-il, à côté
des 5 % de vrais connaisseurs, il y a tous ceux qui aiment boire une
bonne bouteille. Et vis-à-vis de cette clientèle, il
faut veiller à ne pas tomber dans le snobisme et le jargon
: Tout le monde est capable de goûter et de comparer.
Chacun fait référence à son histoire, à
son vécu. Cest ça le goût. Alors, après
! Bien sûr quil faut quun vin soit équilibré.
Mais, surtout, que chacun y trouve son plaisir. Le vin, ça
fait partie de la vie et cest la joie de vivre. Rabelais
naurait pas mieux dit.
| Habitudes |
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Près dun Français
sur deux achète généralement son vin en
grande distribution.
Un tiers privilégie lachat direct auprès
des producteurs et des coopératives.
14 % se fournissent auprès de magasins spécialisés.
3 Français sur 4 consomment du vin au moins une
fois par mois
1 sur 2 au moins une fois par semaine
1 Français sur 5 en boit tous les jours ou presque
11 % nen boivent jamais
* Source : étude IPSOS/Leclerc -
juin 2003
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