Stratégie / Service CCI
Bail commercial un système unique en EuropeLe décret régissant les baux commerciaux a fait ses preuves. Depuis 1953, il organise les rapports entre les bailleurs et les locataires et institue la notion de propriété commerciale, source de stabilité, comme le rappelle Eric Nègre, avocat au Barreau de Tours, et ancien bâtonnier de lOrdre Eric Nègre, avocat au Barreau de Tours et ancien bâtonnier de lOrdre
Patrick Chateau
Le décret 53-960 du 30 septembre 1953 - qui régit les baux commerciaux - est en quelque sorte le fruit de la période de relèvement économique qui suit la Seconde guerre mondiale. Il répond à la rareté des biens immobiliers. Lidée majeure : créer la notion de propriété commerciale au profit de lentrepreneur ; même si de fait, à lépoque, le bail commercial sadresse plus aux commerçants et aux artisans quaux industriels alors propriétaires de leurs murs. Le législateur veut assurer la stabilité du commerce. Il prévoit le droit à renouvellement du bail dune durée de neuf ans. Une période suffisamment longue pour permettre aux commerçants dinvestir dans un emplacement et un aménagement de qualité ; il leur confère une sûreté à faire valoir auprès des banques pour obtenir les financements nécessaires. Pour ne pas léser le propriétaire, une augmentation du loyer - indexée sur lindice Insee du coût de la construction - est autorisée à lissue de chaque période triennale, (doù lappellation de bail 3/6/9) ; de plus le loyer est réindexé à la fin de la période de neuf années. Le bailleur a dailleurs la possibilité de saffranchir de cette indexation dès lors quil consent des baux dune durée supérieure à neuf ans. Il peut aussi sopposer au renouvellement, mais devra régler une indemnité déviction à son locataire destinée à couvrir le préjudice résultant de la perte de lemplacement.
Pour déroger au principe dindexation du loyer, le bailleur doit justifier dune modification notable : par exemple, lextension de la surface suite à la création dun entresol, ou du fait de lévolution notable des facteurs locaux de commercialité. Ainsi, lors de la construction du Vinci, la transformation de la rue Bernard- Palissy serait-elle un avantage ou une contrainte ? Lévolution actuelle tend vers la vérité dentreprise basée sur des critères de bénéfices réels. Autrefois plus théorique, le droit du commerçant était assis sur une valeur de patrimonisation qui oubliait les résultats même de son activité. Cette prise en compte croissante de laspect économique a déjà suscité des types de baux commerciaux distincts du classicisme de 1953 ; des baux à laméricaine - apparus avec les premiers centres commerciaux - prévoyant que le nouveau locataire ne règle plus de pas-de-porte mais un loyer plus élevé. Puis le loyer sest mis à dépendre du chiffre daffaires ; bien que le décret stipule initialement que le propriétaire nest pas lassocié du locataire. La jurisprudence sest adaptée à cette évolution tendant à renforcer les relations entre les deux parties. Car du succès de lune dépend la réussite de lautre. En cas dévaluation judiciaire, il est de coutume dattribuer une valeur au mètre pondéré tenant compte, dans un même immeuble, des différences entre une boutique, une remise et des bureaux.
Autre évolution notable, lintroduction par les bailleurs des notions dindivisibilité et de permanence enfermant le locataire dans une activité. Par ces notions, ce dernier ne peut pratiquer que les activités mentionnées dans son bail, y compris si leur définition nest plus en adéquation avec les besoins du marché. Un état de fait qui le contraint à solliciter une déspécialisation moyennant le plus souvent une contrepartie financière au profit du bailleur. Néanmoins, les litiges naugmentent pas. Dabord parce que le nombre de commerces tend à diminuer. Ensuite parce que la commission de conciliation permet de trouver un accord sur la fixation des loyers de renouvellement. En dépit du manque de souplesse du décret de 1953, chaque partie y trouve son avantage. Ladaptation de la jurisprudence permet de conserver un certain équilibre. Le goût non démenti des bailleurs pour ce type dacquisition montre clairement quil ne leur est pas néfaste.
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