Magasins. Certains attirent et fidélisent plus
que dautres. Parce quon sy sent bien disent
les consommateurs. Si la qualité de laccueil et de loffre
est indispensable, son impact est dautant plus fort que le magasin
est séduisant. Place à quatre commerçants de Touraine
qui livrent leur expérience
Catherine Geffroy
Créer un concept. En 2002, soit neuf
ans après avoir repris le magasin paternel, Odile Lafuye na
pas hésité à tout casser dans son
magasin doptique, situé avenue de Grammont à Tours.
Une opération radicale et nécessaire, explique-t-elle,
lorsquon veut un magasin qui soit un lieu et qui
ait une identité. Si lon procède par petits
bouts, cela na pas de cohérence. Odile Lafuye savait
ce quelle voulait : Jai une clientèle très
fidèle et je souhaitais lui offrir un bel endroit, un magasin
créatif sans être extravagant, une sorte de salon où
lon puisse être vraiment proche. Jai imaginé
des tables rondes pour éviter tout rapport de force avec le
client. Et puis, une vente peut durer longtemps : je voulais des fauteuils
confortables que lon pourrait faire bouger et tourner. Parce
que dans 25 m2 de surface de vente, il faut optimiser le moindre espace.
Après avoir sollicité plusieurs architectes, lopticienne
a conclu avec Philippe Montandon, un Tourangeau qui a su écouter
ce quelle voulait, attraper son idée et la développer.
18 mois de réflexion et un mois de travaux plus tard naissait
un magasin doptique très original. Dentrée,
le ton est donné : la porte du magasin dessine un il
avec un reflet de pupille. Odile Lafuye voulait de beaux matériaux
qui sollicitent tous les sens. Pour que lacte dachat en
soit apaisé. Avec larchitecte, elle a travaillé
sur les sensations visuelles et tactiles que procurent lardoise
(le dessus des tables), lalcantara (les fauteuils), la texture
des peintures. Le résultat correspond à ses attentes
: Les clients ont tout de suite compris, ils ont senti que le
lieu était inhabituel. Dans un cadre où ils se sentent
bien, ils sont plus enclins à se faire plaisir. Le résultat
est là : jai augmenté le panier moyen de ma clientèle
fidèle et jai acquis de nouveaux clients.
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Fleuriste Dumarest
photo DR |
En phase avec son environnement. Jusquen
juillet 2003, les habitants de Véretz disposaient dune
pharmacie de 8 m2 de surface de vente et de 10 m2 de surface technique,
à deux pas du cabinet médical. Le local avait certes
du charme mais nétait guère fonctionnel. Sans
compter que le stationnement était problématique. Aujourdhui,
tout a changé. Transférée sur les hauts de Véretz,
là où la commune se développe, lofficine
a suivi le cabinet médical et sest agrandie sur 40 m2
de surface de vente et 58 m2 de surface technique. Cerise sur le gâteau,
la clientèle dispose dun parking réservé
de 10 places. De leur aventure, qui en tout a duré deux ans,
les pharmaciens tirent les enseignements : Quand on décide
de refaire son magasin, on doit effectuer une démarche personnelle
et volontaire en dehors de lagenceur. On va voir les collègues
qui eux-mêmes sont passés par là. Puis on visite
le salon professionnel : on regarde, on interroge les agenceurs présents.
Enfin, on met noir sur blanc ce quon souhaite. Dans notre cas,
nous voulions pour nos clients un magasin spacieux et lumineux, moderne,
confortable. La clientèle péri-urbaine qui est la nôtre
est sensible à ces signes. Nous voulions aussi une façade
sans clinquant, sobre et élégante. A lintérieur,
nous avons imposé un plan en arc de cercle, cest plus
accueillant. Les trois comptoirs, nous les avons imaginés transparents
pour ne pas créer de rupture visuelle avec la zone de parapharmacie.
Et nous les avons voulus distincts et espacés pour respecter
la confidentialité dans la délivrance des ordonnances.
99 % de la clientèle a suivi et de nouveaux clients sont apparus.
Des gens qui ne venaient jamais au bourg et des jeunes qui trouvent
maintenant à Véretz léquivalent dune
pharmacie de ville moderne.
Afficher des signes de dynamisme. En reprenant
le magasin familial en 1991, Jean-François Dumarest, fleuriste
au centre-ville dAmboise, décide de relooker lintérieur
du magasin et sa vitrine. Il adopte les matériaux naturels
(pierre et coco) et les couleurs profondes (noir, cannelle) qui sont
toujours en vogue dans sa boutique pour mieux faire ressortir les
teintes des fleurs. Devenu propriétaire des murs début
2003, il décide de procéder à un lifting complet
de la façade de son magasin. Lopération saccompagne
dun rajeunissement de lintérieur. Il ne sagit
pas dune refonte complète du point de vente : il na
pas fondamentalement changé et les couleurs nont pas
été modifiées. Il sest en fait adapté
au goût du jour. Mais le consommateur voit lensemble.
Une opération comme celle que nous avons réalisée
éveille sa curiosité, explique Jean-François
Dumarest. Le client est sensible : il va naturellement vers quelque
chose de dynamique, de performant, qui sinscrit dans les courants
de la consommation actuelle. La preuve : tous les clients ont ressenti
positivement la rénovation et ils nous lont dit spontanément.
Et puis, nous avons vu venir au magasin une nouvelle clientèle
un peu plus jeune, 25-30 ans. Enfin, nous avons pu développer
la vente dimpulsion sur le trottoir pour la clientèle
qui passe et se laisse séduire. Le message de Jean-François
Dumarest est clair : A elle seule, la façade est un véritable
outil de communication. Elle fait partie des éléments
qui identifient une entreprise qui marche. La meilleure des images
quon peut renvoyer à sa clientèle, cest
celle dun outil performant et attrayant.
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Boucherie-charcuterie Jean et
Emmanuelle Devanne - photo OM |
Capter la clientèle. Jean et Emmanuelle
Devanne ont racheté la boucherie- charcuterie du Centre commercial
des Fontaines, à Tours, en 1994. Le temps de rembourser les
emprunts liés à lachat du fonds, ils décident
de rénover entièrement lespace de vente pour disposer
dun bon outil de travail et bénéficier dune
meilleure visibilité. En faisant le choix de tout casser. La
démarche est héroïque car coûteuse : dans
le cas dune boucherie, le coût du matériel et des
vitrines constitue facilement la moitié du budget. Jean et
Emmanuelle approfondissent leur projet : Il nous a fallu deux
ans de réflexion dont une année pour boucler le dossier
de financement avec laide de la chambre de Métiers. Le
temps de bien savoir ce quon voulait. Jean Devanne dessiné
lui-même les grandes lignes du plan du magasin avec lobjectif
de le rendre plus aéré, plus spacieux, plus accueillant
pour la clientèle. Ses vitrines réfrigérées,
il les a dabord reculées pour agrandir lespace-clients.
Puis il les a dessinées en arrondi et les a faites faire sur
mesure en Italie. Ses deux billots, il les a voulus face aux clients.
A Emmanuelle est revenu le choix du plan de travail. Ensemble, ils
ont opté pour de très grandes vitrines ainsi quune
enseigne lumineuse visible depuis la route pour que le soir
en hiver, les clients sachent quils ont une boucherie.
Ensuite, seulement, ils ont confié à un architecte le
soin de tout mettre en musique. Deux ans plus tard, ils mesurent limpact
de lopération et constatent : Il faut que le client
se sente chez lui. Laccueil joue, bien sûr, mais la relation
au magasin compte beaucoup : nos clients sont contents parce quils
ont un magasin neuf et moderne. Et puis, nous avons gagné une
nouvelle clientèle qui a découvert notre existence.
Enfin, dans un contexte difficile, nous avons mieux résisté
que lensemble de la profession. Dernier point et non le
moindre : tous les commerçants cités mettent laccent
sur le plaisir de travailler dans un cadre valorisant pour soi et
ses collaborateurs. Dans chacun des cas, la rénovation du point
de vente a correspondu à une redynamisation personnelle et
à une consolidation de léquipe. Une réussite
tant sur le plan technique que sur le plan humain.