En couverture / Rencontre


Critères de choix. La force du lien antérieur

Implantation. On connaissait leur existence mais pas leur force… 80 % des entreprises s'installant dans un territoire y avaient, déjà, des liens antérieurs. Dans 51 % des cas, ils ont déterminé le choix de localisation ! En partenariat avec le Centre national des économies régionales, Jacques Godron a mené l’enquête

Photo : D.R.
Jacques Godron Consultant national KPMG Collectivités Territoriales Secteur public

On connaissait les facteurs objectifs de localisation des entreprises dans les territoires : main d'œuvre, infrastructures, fiscalité, etc. On connaissait aussi l'existence de facteurs subjectifs : l'image, la notoriété, le cadre de vie... Il faut compter maintenant avec une troisième catégorie : les liens antérieurs entre l'entreprise et son futur territoire d'implantation. Cette étude réalisée en 2002 révèle que 80 % des entreprises entretenaient déjà des liens antérieurs avec leur futur territoire d'implantation et que dans 51 % des cas ces liens ont été déterminants.

Un effet d'élastique. Les liens antérieurs sont fréquents et multiformes : 80 % des entreprises avaient au moins un lien avec le territoire, 40 % en avaient au moins deux. Les liens antérieurs les plus fréquents sont d’ordre familial et amical (19 % de l’ensemble), professionnel, relationnel clientfournisseurs (18 %), actionariat (17 %). 51 % des entreprises déclarent que leurs liens antérieurs ont déterminé le choix de localisation. Et à partir de trois liens, le score monte à 65 % ! Faisant fi des lois naturelles de déplacement des entreprises, les liens antérieurs réussissent à déplacer des firmes dans les endroits les plus éloignés, quelquefois à plus de 500 km, quitte à franchir les frontières. Mieux, ils vont même jusqu'à “déscotcher” certaines entreprises de leur cocooning technopolitain. Et plus l’entreprise est grande, plus elle attribue un rôle déterminant à ses liens antérieurs. Cet effet d’élastique fonctionne tant pour les créations que pour les délocalisations pures et dures. Et plus le secteur est moderne, high tech, plus les liens antérieurs sont fréquents et déterminants. Les facteurs d'attractivité des territoires sont, en plus, des facteurs d'attraction : de fait, les “clés” d'attractivité (entreprises leaders, événements, appareil de R&D, services aux entreprises, etc.) sont aussi des lieux de prospection. Les liens d'aujourd'hui sont donc les implantations de demain ! Reste à les détecter… Trois “paquets d’élastiques” se dégagent nettement : 50 % des liens partent des maillages et réseaux B to B locaux (prestataires, R&D, fournisseurs, clients, manifestations). 35 % des liens émulent directement l'entourage du dirigeant (via ses conseils et experts, ses actionnaires, etc.). 20 % des liens partent des événements (festivals, patrimoine...) et carrefours générateurs de trafic (congrès, salons, foires, forums) qu'organise le territoire.

Où “chasser” ? Dans les réseaux des entreprises leaders, dans les maillages clientsfournisseurs, en transformant les prestataires et actionnaires individuels en prescripteurs, en suivant la trace des “originaires” du territoire (associations d'anciens élèves, annuaires de thésards, chercheurs expatriés…), dans les lieux de villégiature, les résidences secondaires, les greens de golf, en se mettant à l'affût dans les TGV, en décryptant les cookies Internet, en répertoriant les déposants de brevets, etc. Sans remettre en cause les politiques classiques d'implantation que mènent les territoires, ces résultats ouvrent des perspectives.

Propos recueillis par Odile Ménard