Stratégie / Territoire


Commerces non sédentaires : le défi de la succession

Congrès. De tout temps, les 142 marchés de Touraine semblent avoir fait partie intégrante du paysage. D’ailleurs ils résistent mieux qu’ailleurs à la concurrence. Il pourrait en être autrement à moyen terme si les commerçants non sédentaires ne parvenaient pas à se faire entendre des pouvoirs publics pour mieux assurer leur succession

Patrick Chateau

Chantal Boulangé
Photo PC

Les 23, 24 et 25 février prochains, le Syndicat des commerçants des foires et marchés de Touraine organise le 83ème congrès national de sa fédération (FNSCMF) au Vinci à Tours. Plusieurs sujets essentiels pour cette profession seront à l’ordre du jour : l’allègement des charges fiscales, la simplification des démarches administratives, l’amélioration de son statut et des dispositifs de formation et d’apprentissage, la promotion des marchés, la lutte contre le commerce “sauvage”, la sécurité, la transmission des entreprises... “Les marchés, première forme de commerce, sont les garants de la tradition et de la qualité, affirme Chantal Boulangé, présidente du syndicat de Touraine, et elle-même présente depuis 23 ans sur les marchés de Tours, de l’agglomération et d’Amboise avec son commerce de maroquinerie. Ils représentent de formidables lieux d’échanges, de convivialité et d’attraction nécessaires à l’animation des villes et des villages.” Effectivement, avec 142 marchés - dont 30 sur Tours - répartis sur 75 communes de Touraine, il s’agit bien d’une activité économique et commerciale importante. L’an passé, elle a regroupé 4 120 exposants. Les commerces les plus représentés étant les fruits et légumes, la boucherie-charcuterie, la poissonnerie, la fromagerie ; et les fleurs, les vêtements pour adultes, les chaussures, les articles de mercerie, les vêtements pour enfants à part égale avec la lingerie-bonneterie. “Nous sommes le département le plus riche en marchés de la région Centre”, poursuit Alain Peytour, président régional et administrateur national de la FNSCMF. Présent depuis 20 ans en Touraine (notamment au marché aux fleurs de Tours) avec son commerce de graineterie et plants maraîchers, il estime que “la Touraine a été de tout temps une terre de marchés du fait de la présence importante de producteurs maraîchers sur son territoire.”

Eric Pasquier
Photo : D. Meneux

La qualité avant tout.
Aujourd’hui, les atouts principaux d’un marché reposent sur la proximité, le rapport direct avec la clientèle, ainsi que sur la qualité de ses produits. Son handicap : les aléas climatiques qui ont tendance à décourager le chaland. Mais globalement, nos commerces non sédentaires résistent mieux qu’ailleurs à la concurrence des grandes surfaces, principales grignoteuses de parts de marché. Ainsi, les produits manufacturés subissent davantage les changements d’habitudes d’achats - particulièrement en milieu rural, dernier touché par le phénomène - que le secteur alimentaire qui bénéficie d’un maintien, voire d’une augmentation de son chiffre d’affaires. Car, c’est un fait : dans l’esprit de nos concitoyens, marché rime avec produits frais et qualité, voire même prix attractifs en ce qui concerne les fruits et légumes. “Paradoxalement, les crises alimentaires nous ont fait un bien formidable, explique Eric Pasquier, crémier à Tours, élu au bureau du syndicat de Touraine et vice - président de la CCI chargé de l’action territoriale. A cela deux explications : d’abord, nous avons su évoluer en modernisant nos installations pour répondre aux exigences des normes européennes ; pensez qu’un artisan investit au moins 76 000 €dans un camion équipé pour réfrigérer sa marchandise, soit quasiment autant qu’un commerce en centre-ville. Ensuite, les clients sont rassurés en constatant qu’un boucher, par exemple, connaît l’origine et le cheminement de ses produits.” Ce gage de sécurité exigé par Bruxelles a contribué à tirer la profession vers le haut tant sur le fond (respect de la chaîne du froid) que sur la forme avec la propreté des étals.

Marché d’Amboise - Photo PC

Modernisation des marchés.
Parallèlement, les villes ont également compris qu’il était de leur intérêt de moderniser les installations d’accueil, qui sont électrifiées depuis une vingtaine d’années pour certaines, disposent d’arrivées d’eau, de places goudronnées, de toilettes... Un état des lieux auquel certains mettent un bémol. “Nous avons fait de gros efforts, aussi serait-il temps que les villes nous donnent vraiment les moyens de travailler, notamment en ne diminuant pas le nombre d’emplacements réservés aux commerçants comme à Chinon où j’ai cessé de me rendre, assure Sylviane Berthelot, responsable de Cleo Mode, également présente à Amboise, Bourgueil et Loches. Il serait aussi souhaitable d’améliorer la signalisation pour les clients.” Néanmoins, les commerces non sédentaires ont su faire disparaître la mauvaise image qui leur était associée, il y a quelques années. En se regroupant au sein d’un syndicat structuré, ces professionnels ont joué pleinement leur rôle de partenaires responsables au sein des commissions de marchés mises en place par les municipalités (à la demande des commerçants, à l’origine). “Nous avons montré que nous travaillions dans le même sens qu’elles sur la base d’un règlement destiné à organiser les marchés”, ajoute Chantal Boulangé.

La succession en question.
En dépit des réelles possibilités de réussite qu’offre encore le métier de commerçant non sédentaire à ceux que les fortes contraintes horaires et les aléas climatiques n’effraient pas, la profession est confrontée à un réel défi : celui de la succession des commerçants partant à la retraite ; c’est le cas de trois sur quatre chaque année dans le secteur alimentaire. “Il est de plus en plus difficile de transmettre nos entreprises car nous ne sommes pas titulaires de nos places sur les marchés, souligne Eric Pasquier. Comment trouver des remplaçants sans pouvoir leur assurer la continuité de notre clientèle ?” C’est l’un des points sur lesquels la FNSCMF tente d’infléchir la position des pouvoirs publics. La pérennisation de la profession passe également par la formation des futurs commerçants. “Le problème du remplacement des bons professionnels vient peut-être aussi du fait que nous n’avons pas su former les jeunes, souligne Alain Peytour. Nous devons être en mesure de montrer qu’un bon élément formé par nos soins doit être en mesure de reprendre notre emplacement.” La formation aura aussi le mérite d’apprendre aux nouveaux venus qu’on ne s’improvise pas commerçant non sédentaire. “Je vois des demandeurs d’emploi tenter leur chance en ignorant qu’on met du temps à se faire une clientèle, et que cela coûte cher, en droit de place qui équivaut à la location d’un magasin, en électricité..., conclut Sylviane Berthelot. Chacun a le droit de travailler, mais en valorisant sa marchandise par la qualité.” Une idée que le syndicat de Touraine défend auprès des pouvoirs publics, ainsi qu’en menant des opérations de promotion en milieu scolaire (la semaine des métiers) ou durant la semaine du goût, pour former les futurs consommateurs et les commerçants de demain.

EN CHIFFRES

Une force commerciale

Type
Nombre de marchés
concernés
Fruits et légumes
Boucherie, charcuterie
Poissonnerie
Fromagerie
Fleurs
Huîtres
Vêtements adultes
Traiteur
Chaussures
Boulangerie, pâtisserie
Mercerie
Vêtements enfants
Lingerie, bonneterie
Maroquinerie
Articles ménagers
Bibelots, bazar
Autres
Bijouterie
Artisanat
Brocante, vide grenier
129
104
97
95
77
70
65
51
42
42
40
35
35
33
27
26
22
19
16
5

Source : Observatoire Economique de Touraine / COMMETT 2003