Vous prendrez bien un dessert...
Davantage de plaisir, de goût, de sensations :
les pâtissiers réinventent le dessert avec des mélanges
raffinés et parfois étonnants de goûts et de textures.
Le point avec quelques professionnels tourangeaux du dessert, pâtissiers
de pâtisserie ou de restaurant
Catherine Geffroy
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| Pâtisserie de Jean-Jacques Sevin à
Montlouis - photo DR |
On peut venir de loin pour un pâtissier de
renom. Et lorsquil est au restaurant, bien souvent le client
regarde la carte des desserts avant même de choisir son entrée
et son plat. Le dessert représente en effet un moment de plaisir
et de convivialité incomparable. Dautant plus quaujourdhui
le consommateur est largement décomplexé par rapport
au sucré dans la mesure où tout a été
allégé. Et que les professionnels font tout pour linciter
à découvrir de nouveaux produits et de nouvelles recettes.
Si tous reconnaissent la permanence dune clientèle traditionnelle
aux goûts plutôt basiques (le Paris-Brest a la vie dure),
chacun témoigne de la présence dune clientèle
gourmande et curieuse qui a envie de partir à la découverte.
Le mouvement date dil y a 15-20 ans. A lépoque,
raconte Michel Blériot, propriétaire du restaurant Le
Cheval Blanc à Bléré, on ne faisait que des génoises
fourrées, des choux à la crème et des Saint-Honoré.
Tout ça, on en trouve encore. Mais des pâtissiers comme
Gaston Lenôtre se sont lancés dans des choses complètement
innovantes. Par exemple, ils ont décidé de cacher ce
que lon faisait voir avant et mettre la génoise à
lintérieur du gâteau. Ils se sont mis à
faire des compositions légères à base de meringues
et de mousses et ils ont supprimé les produits riches, type
crème au beurre. Ils se sont servis de la gélatine à
la limite de laérien et du mousseux. Le mouvement est
parti de Paris et il a gagné le monde de la pâtisserie
puis de la cuisine. En cuisine aussi, ça bouge : exit
le chariot à desserts au profit du dessert servi à lassiette.
Ça change pas mal de choses, explique Pascal Bouvier,
chef de cuisine au Choiseul à Amboise. Les bases de la pâtisserie
restent les mêmes mais on déconstruit le gâteau
pour le présenter différemment. On a toujours un biscuit,
une mousse, un glaçage mais on na plus les contraintes
du dessert de pâtisserie préparé à lavance
et prêt à être servi tel quel. On arrive à
quelque chose de plus léger et à des formes plus étonnantes.
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| Desserts de Pascal Bouvier, le Choiseul à
Amboise - photo DR |
Un monde de sensations. Un autre phénomène
se confirme depuis quelques années : la revalorisation du goût.
Le client veut retrouver des sensations, notamment par le goût,
témoigne Jean-Yves Brault, président du syndicat des
Patrons Pâtissiers de Touraine. Ce qui plaît aujourdhui
: des gâteaux avec des crèmes aux fruits, des parfums
qui ont un goût franc, des gâteaux où lon
reconnaît lidentité du produit, pomme, poire, framboise,
abricot, des pâtisseries moins sucrées et plus gustatives
quhier. La tendance est générale : on va
vers moins de sucre au profit de saveurs à la fois plus subtiles
et plus marquées. Tout évolue, constate Michel
Blériot, même les gâteaux au chocolat : les mousses
y sont très allégées mais avec des saveurs puissantes.
Au Choiseul comme ailleurs, on travaille aujourdhui du chocolat
à 75 %, voire 80 %, soit un chocolat avec plus damertume
: là on a vraiment le goût du cacao. Le client recherche
donc davantage de raffinement dans les saveurs mais aussi davantage
des en bouche. Pâtissier à Montlouis, Jean-Jacques Sevin
constate quaujourdhui le client demande des gourmandises
avec plus de mlleux et plus de croquant, davantage doppositions
ou de complémentarité dans les textures, bref plus de
sensations en bouche. Cest ce qui explique le succès
de sa bûche glacée Belle-Ile qui mêle le craquant
de la nougatine, le moelleux du caramel au beurre salé et lonctuosité
de la glace. Cest un fait, la classique bûche au chocolat
avec crème au beurre, sapins et lutins a laissé place
pour le Noël 2003 des créations originales aux saveurs
fruitées, épicées ou exotiques. A ce jeu, toutes
les recettes traditionnelles prennent un coup de jeune. Le traditionnel
millefeuilles a été relooké : il est désormais
caramélisé et sa crème est aux fruits. Même
la galette des rois se prête au changement : elle reste ronde
(quoique, carrée... ?) mais elle est garnie de pommes fondantes
ou de raisins macérés au rhum.
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Desserts de Pascal Bouvier,
le Choiseul à Amboise - photo DR |
Traditions et innovations. Cette nouvelle
pâtisserie conquiert tout le monde. Ou presque. Il est clair
quune clientèle rurale se portera plus facilement sur
des desserts traditionnels. Mais la profession, syndicat en tête,
milite pour une pâtisserie inventive, répondant en cela
à une clientèle gourmande en attente de nouveautés.
Jean-Jacques Sevin crée une nouvelle pâtisserie par mois
: il puise ses idées dans les stages (si on ny
va pas, on est fini) et les revues professionnelles. Au restaurant
Le Choiseul, Pascal Bouvier suit les saisons et fait constamment évoluer
son menu. En décembre, parmi les six desserts la carte, il
proposait des rousserolles de potimarron aux agrumes et fruits
caramélisés, crème glacée aux châtaignes
confites. Partir dune recette traditionnelle, en loccurrence
les rousserolles, et la bousculer en innovant (ici, avec des fruits
confits cuits sous vide), cest ce quil préfère.
Mais il précise bien que toute nouvelle recette nécessite
pas mal dessais préliminaires et que tous ne débouchent
pas sur une réalisation. Au Cheval Blanc, Michel Blériot
dit quil ninvente pas à proprement parler mais
quil sinspire de plusieurs techniques et recettes pour
arriver à faire un dessert qui lui plaît et qui plaît
à sa clientèle. Par exemple : La surprise glacée
choco-menthe, chocolat coulant et sorbet menthe : un gâteau
à lapparence de gâteau traditionnel mais pas tout
à fait cuit au centre : lintérieur est liquide
et nappe la cuillère.
Nos quatre professionnels interviewés sont confiants en lavenir.
Bien sûr, on ninventera plus la pâte feuilletée
ni la crème pâtissière, de véritables innovations
qui ont révolutionné la pâtisserie. Mais on
va progresser dans lassemblage et dans la technicité
: par exemple, on est de plus en plus pointus dans la cuisson,
explique Jacques Bouvier. Sappuyant à la fois sur de
nouveaux produits, un grand choix de matières premières
de qualité, des outils toujours plus performants (fours de
cuisson, matériel de cuisson sous vide, cellules de congélation),
ils sentent que de nombreuses possibilités leur sont offertes.
Laissons la conclusion à Jean-Jacques Sevin : Dun
côté, tous ces nouveaux outils facilitent notre travail,
nous donnent plus de liberté pour aller plus loin et ouvrent
des perspectives de créativité. De lautre côté,
on constate chez le consommateur une réelle attente de plaisir
gustatif et de découverte. A nous de profiter de cet appétit
et de présenter des choses nouvelles. Il faut sortir des sentiers
battus.
SAVOIR
- FAIRE
La recette du Cheval Blanc à Bléré
Dabord, accrocher limaginaire avec la carte. Par exemple
: Poire rôtie et glace au lait damandes. Cornet
craquant à la crème légère.
Ensuite, accrocher lil : Chez nous, la cloche
en fils de caramel qui recouvre tous les desserts est un effet
« coup dil ».
Enfin, solliciter lodorat, le goût, voire le toucher.
Et attendre le jugement de la cuillère.
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