Stratégie / Territoire


L’Inra de connaissances producteur

Ouverture. Retranchés sur un vaste domaine situé en zone rurale, les chercheurs du centre Inra de Tours font progresser la science sur la reproduction, la croissance et la santé animales, les maladies transmissibles à l’homme. L’Inra n’en est pas moins un organisme largement ouvert sur l’extérieur, désireux de participer activement à l’animation scientifique et au développement économique local

Maï-Anne Tran

Gérard Dubray
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Le domaine du centre Inra de Tours s’étend sur 600 hectares, à la croisée de quatre communes : Nouzilly, Saint-Laurent-en- Gâtines, Crotelles et Monnaie. Environ 700 personnes y travaillent, dont plus de 500 sont des agents permanents de l’Inra, qui habitent aux alentours pour environ la moitié d’entre eux. Depuis plus de trente ans que l’Inra est implanté en Touraine, c’est toute une économie locale que cet organisme de recherche contribue à animer, faisant vivre les écoles, les commerces de proximité, et même les mairies. Plusieurs agents de l’Inra sont en effet devenus conseillers municipaux ou maires dans les communes avoisinantes. Aujourd’hui, l’Inra est sollicité par la communauté de communes du Castel-Renaudais pour prendre part au développement local. “Nous réfléchissons actuellement à un projet de formation à destination de professeurs de l’enseignement secondaire. A l’Inra, nous avons des spécialistes à la pointe de la recherche, dont les connaissances pourraient contribuer à actualiser et animer un cours de biologie” explique Gérard Dubray, chercheur à l’Inra de Tours depuis 1970 (immuno-chimiste) et président du centre depuis 1997. D’autres types de partenariats sont à l’étude, en particulier du côté des éleveurs. Les chercheurs de l’Inra pourraient leur faire partager les conclusions de leurs travaux sur des questions aussi variées que le bien-être animal, l’insémination artificielle...

Recherche
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Partenariat actif.
Gérard Dubray se définit volontiers comme un “initiateur de projets”. Favoriser leur émergence et soutenir ceux qui les portent, donner s’il le faut l’impulsion financière nécessaire à leur démarrage, c’est l’une des missions qu’il se donne. “Nous menons une réflexion interne sur les partenariats que l’Inra peut tisser, localement et régionalement. Le centre de Tours doit rester ouvert sur l’extérieur et cultiver une logique de partenariat qui débouche sur un enrichissement réciproque” affirme Gérard Dubray. C’est ainsi que l’Inra et l’université François-Rabelais de Tours sont liés depuis dix ans par une convention générale. Cette coopération scientifique se traduit par l’existence d’équipes de chercheurs mixtes. Des membres de l’Inra dirigent des thèses au sein de l’école doctorale tandis que des universitaires participent à une unité mixte de recherche sur le site de l’institut tourangeau de recherches agronomiques. En outre, deux Instituts fédératifs de recherche (IFR), dont l’un est déjà opérationnel, sont implantés à l’Inra et à l’université. Les IFR visent à mutualiser compétences scientifiques et moyens techniques pour faire avancer la recherche. L’Inra collabore également avec le CNRS (dans les secteurs de la reproduction des mammifères et de l’éthologie, la science des comportements animaux), les Haras nationaux (programme pluriannuel de recherche consacré à la reproduction du cheval), le CRITT Hyginov (Centre régional d’innovation et de transfert de technologie), etc. Le CRITT est une association soutenue par la filière agroalimentaire, dont le rôle consiste à faciliter les transferts de technologie entre la recherche et le monde industriel. Le CRITT assure notamment une veille technologique, sous la forme de résumés de publications émanant, entre autres, des chercheurs du centre Inra de Tours.


Elevage à l'INRA
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Transferts.
L’Inra ouvre régulièrement des fenêtres sur le monde industriel. Le centre de Tours travaille notamment avec le groupe Pfizer (Amboise), la société Symbiolab (Parçay-Meslay), fabricant de kits de diagnostic de virus aviaires. Autre exemple d’application industrielle de la recherche fondamentale menée à l’Inra : l’exploitation de la géline de Touraine. A la demande du Syndicat interprofessionnel de la géline de Touraine (SIGT), les généticiens du centre de Tours et du Sysaaf (Syndicat des sélectionneurs avicoles et aquacoles français) ont réussi, à l’issue de trois années de recherche, à retrouver la race pure en 1995. Puis, les éleveurs ont pris le relais et la “dame noire”, que la production industrielle de volaille avait fait tomber dans l’oubli, est aujourd’hui vendue par toute la France et jusqu’au Japon. A l’Inra, la recherche continue. Elle vise actuellement à améliorer la nutrition des gélines et déterminer un “parcours label”, grâce auquel les bêtes évolueront dans un espace optimisé, conciliant leur bien-être et l’impératif de rationalisation de l’élevage.

Elevage à l'INRA
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Matière grise.
La vocation première de l’Inra reste celle de la production de connaissances. “La recherche fondamentale se manifeste par des publications scientifiques qui, en tant que telles, sont dénuées de valeur marchande, même si elles concernent des secteurs d’activité économiquement stratégiques” commente Gérard Dubray. Les travaux menés au centre Inra de Tours, entièrement consacré aux recherches sur la reproduction et la santé animale, sont en effet susceptibles d’avoir d’importantes répercussions sur la filière agro-alimentaire. Depuis 1995, les chercheurs tourangeaux travaillent en particulier sur les maladies à prions : la tremblante du mouton et autres zoonoses (maladies animales transmissibles à l’homme), telles que la listériose, la salmonellose... Une Installation nationale protégée pour la recherche sur les encéphalopathies spongiformes transmissibles et les maladies émergentes (Inprest) est actuellement en cours de construction sur le site de l’Inra. Cette structure, conçue pour être hautement sécurisée, sera unique en France. Elle a vocation à accueillir les travaux menés par plusieurs autres organismes de recherche (CNRS, CEA...). L’Inprest devrait être opérationnelle en 2006. Le centre Inra de Tours est également spécialisé dans la recherche avicole qui vise notamment à améliorer la qualité gustative de la viande et des œufs issus de l’élevage de volailles. Un autre domaine de recherche phare de ce centre Inra porte sur la fonction de reproduction des mammifères domestiques, ainsi que sur les comportements animaux. Les travaux se poursuivent sur la fécondation in vitro, la fertilité, etc. Par ailleurs, l’Inra apporte sa contribution à un programme national de préservation de la biodiversité. Une "cryobanque", où sont conservés les gènes de l'espèce poule (gallus gallus) a ainsi été mise en place dans le cadre du Centre de ressources biologiques de Touraine, créé en partenariat avec l'université de Tours, le CHU et l'Etablissement français du sang.

IDENTITE

Face aux grands enjeux Trentenaire en 1996, le centre Inra de Tours, né de la décentralisation d’agents du centre de Jouyen- Josas (Yvelines), emploie aujourd’hui plus de 500 agents permanents sur un site de 600 hectares. Ses travaux se répartissent en cinq domaines de recherche : la reproduction animale ; la santé, de l’animal à l’homme ; la qualité des produits et la sécurité alimentaire ; l’étude des comportements ; la filière avicole. Le budget du centre s’élève à 40 millions d’euros, dont 75 % pour les salaires et 25 % pour le fonctionnement. 70 % des fonds proviennent de l’Etat ; 30 %, de financements européens et de divers partenariats publics et privés. Le centre Inra de Tours est l’un des 21 centres Inra régionaux, qui accueillent les trois-quarts des effectifs de l’Inra (8 700 agents : 4 100 chercheurs et ingénieurs, 4 600 techniciens et administratifs). C’est le seul institut de recherche aussi largement implanté en région. Créé en 1946, l’Institut national de la recherche agronomique est un Etablissement public à caractère scientifique et technologique (EPST), placé sous la double tutelle du ministère de l’Education et de la Recherche et du ministère de l’Agriculture. Il compte parmi les trois plus grands instituts mondiaux en matière de recherche agronomique, alimentaire et environnementale. L’Inra veille en permanence à entretenir un dialogue avec la société sur les enjeux de la recherche, notamment par la présentation des applications de la science, dans le cadre de manifestations professionnelles ou grand public (comme la fête de la Science).
Contact : 02 47 42 77 00 • www.tours.inra.fr