Convivialité. Confrontés à la baisse
des listes de mariage et à la modification des comportements
alimentaires, les arts de la table sont en train de prendre un vrai
virage. En Touraine, lheure est à la créativité
et à la séduction
Jusquau début des années 90,
le marché des arts de la table a été porté
par les listes de mariage. La diminution du nombre de mariages et
la forte diversification des cadeaux (voyages et matériel hi-fi
notamment) ont déstabilisé tout ce que la France compte
de professionnels de la vaisselle, de la verrerie et des couverts.
Sans compter quen cinq-six ans de nouvelles habitudes alimentaires
se sont installées. Aujourdhui, on mange plus cosmopolite
lheure est à la cuisine chinoise, indienne, marocaine,
et moins formel le traditionnel gigot-haricots verts est facilement
distancé par une soirée pâtes entre amis. Forcément,
les porcelainiers ont été conduits à modifier
leurs propositions : dune part, en adaptant les contenants au
contenu (doù lapparition dassiettes carrées
ou de bols à riz), dautre part en désacralisant
leurs produits. Aujourdhui, tous les professionnels associent
les arts de la table au plaisir de vivre au quotidien et non plus
seulement à des événements exceptionnels. Une
enquête récente du Credoc le confirme : le Français
associe volontiers les arts de la table dune part à la
convivialité, au plaisir dinviter famille et amis, et
dautre part aux plaisirs de la bouche et à la gastronomie.
Et Vincent Garreau (magasin Arbona à Tours) en est le témoin
: Nous sommes sur un marché en très forte mutation.
Hier, on achetait protocolaire, fonctionnel, cétait pour
la vie. Aujourdhui, on a de plus en plus de gens qui ont envie
de faire un bon repas et de mettre la table au diapason. On entre
sur un marché plaisir. Achat réfléchi /
achat dimpulsion : Léquation nest pas
simple ; il faut à la fois rassurer la clientèle traditionnelle
avec des produits classiques et apporter des collections innovantes
pour favoriser les coups de cur, analyse Dominique Debruille,
responsable du secteur maison au Printemps de Tours. Les listes de
mariage ont gardé un certain caractère traditionnel
et donc le choix se porte souvent sur de la porcelaine classique.
Mais il y a par ailleurs des jeunes couples qui vont chercher des
produits pointus.
Toutes proportions gardées, Michelle Lardy (Côté
Déco à Loches), constate le même phénomène
: Il existe toujours une clientèle de femmes qui continuent,
deux assiettes par deux assiettes, à monter leur service. Elles
choisissent quelque chose de simple, sans trop de décor, un
produit dont elles ne vont pas se lasser. Et puis, à côté,
il y a une amorce de marché chez les femmes de 40-45 ans qui
veulent changer de style par rapport à leur service de mariage.
Enfin, les professionnels constatent lexistence dune clientèle
nouvelle, avertie, souvent à bon pouvoir dachat, jeunes
urbains ou quadras (et plus...) : une clientèle qui se caractérise
par la lecture des magazines de décoration. Cette cible veut
avoir le choix, être séduite par des produits plaisir.
Pour le commerçant, la solution consiste à bien choisir
ses fournisseurs. Selon son niveau de gamme, il va puiser dans léventail
des marques q u i , comme Bernardaud, Haviland, Guy Degrenne ou Villeroy
et Boch conservent une bonne offre classique tout en sortant de leur
marché traditionnel avec une offre de caractère.
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| Nappe Beauvillé Ponte vecchio
- Photo DR |
Tendances.
A létage maison du Printemps, les arts de
la table ne sont désormais plus vendus par produits mais par
univers. Au final, quand Dominique Debruille fait ses comptes, il
constate que sur dix achats, cinq sont effectués dans lunivers
charme traditionnel, deux dans le contemporain, un dans lethnique
et un dans le pratique (plus un dans le divers). Sil
nest pas surpris par la permanence du style charme et
traditionnel (avec notamment le succès des thèmes
floraux et botaniques), il souligne la progression du style ethnique
: Lethnique a surgi il y a deux ans seulement mais il
a connu un véritable essor. Palm Leaf de Villeroy et Boch,
un service en forme de feuilles darbres correspond bien aux
nouveaux comportements de consommation. Et il mise sur le développement
du contemporain : des lignes qui privilégient les formes plutôt
que les décors, de la vaisselle signée de grands designers
(Naxos chez Bernardaud), des services faits déléments
qui sassemblent entre eux et dont les couleurs se coordonnent
(ligne Modulo de Guy Degrenne), de la verrerie de couleur (Leonardo).
Une vaisselle qui reflète souvent un nouvel art de vivre parce
que modulable et multi-usage.
Autant dire que, dans ces conditions, le service traditionnel de 44
pièces (et plus !) na plus guère la cote. Brigitte
Mauléon (magasin Vert et Blanc) ne vend plus aujourdhui
que du dépareillé : Le client aime mélanger
les couleurs (les dégradés de trois couleurs plaisent
beaucoup) et les matières : ajouter des assiettes en verre
de couleur à son service de porcelaine, associer de la belle
vaisselle et des verres fantaisie. Bref, il veut créer sa table
et pouvoir la changer en fonction du menu et des convives. Comme
dans la mode, le souci de personnalisation est passé par là.
Ce que confirme Vincent Garreau : Aujourdhui, on commence
à présenter les arts de la table comme la mode. Le client
conçoit sa table comme sa garde-robe. Soit il vient nous voir
avec ce quil a déjà et demande ce quon peut
ajouter pour relever, faire bouger et évoluer sa table : par
exemple, des assiettes de présentation ou des verres originaux.
Soit cest son premier achat, et on lui conseillera de partir
dune base classique. Et derrière, on va trouver et proposer
une infinité daccessoires qui vont réveiller cette
base. Cest ça notre métier aujourdhui :
montrer plusieurs façons de combiner les éléments
pour faire des tables différentes. Chez Arbona, nous sommes
des ensembliers de la table.
Mises en scène.
Les professionnels sont unanimes : la dynamisation du marché
de la table passe par la création dambiances et, le mot
est lâché, par la théâtralisation
de loffre. Explication en clair de Brigitte Mauléon
: Il faut absolument mettre les produits en situation et les
accompagner daccessoires pour les faire ressortir et donner
des idées au consommateur. Et il faut souvent changer les présentations
: ce sont elles qui, bien souvent, vont déclencher des achats
dimpulsion.
Dans les arts de la table, les fêtes de fin dannée
sont justement loccasion de mises en scène spectaculaires
et sophistiquées. Cependant, les magasins ne vont rien rentrer
de nouveau : tout est question de merchandising. Les points de vente
vont puiser dans la palette de leur offre et conforter qui, le rouge
et le vert pour un Noël familial et rassurant, qui, pour un Noël
baroque, lorange, le fuchsia, le violet et lor. Chez Arbona,
Vincent Garreau promet un doux mélange de produits dun
classicisme prestigieux et des accessoires originaux, des assiettes
carrées, de la couleur. A Loches, Michelle Lardy imagine
déjà une vitrine rouge profond, or et blanc des verres
à pied transparents avec boule or, assiettes de présentation
en verre bordées d'un filet or, couverts avec des manches de
couleur nacrée. Bref : de quoi mettre les petits plats dans
les grands.