Envies d'ailleurs
Adaptation.
Plus de 300 catalogues de voyages sont sortis pour la saison automne-hiver
2003-2004. Du week-end à Venise au trekking au Népal,
du séjour en village-club en Sicile à la méharée
en Mauritanie, du riad marocain à la croisière sur le
Nil, les professionnels du tourisme redessinent chaque saison la carte
des destinations. Qu'est-ce qui pousse les Français à
bouger ainsi ?
Catherine Geffroy
Malgré une année
difficile marquée par une épidémie, une marée
noire, des catastrophes naturelles et quantité d'attentats, et
bien que les agences de voyages aient constaté un recul des séjours
à l'étranger en 2003, les Français n'en continuent
pas moins de partir. Certes, pas tous. Huit Français sur dix
passent leurs vacances en France. Et, parmi ceux qui s'échappent
de l'Hexagone, 40 % seulement passent par une agence de voyages. Leurs
interlocuteurs, les voyagistes, sont de bons observateurs qui, depuis
quelques années, voient se dessiner des attitudes nouvelles parmi
leur clientèle et s'efforcent de s'adapter à leurs attentes.
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| Photo DR |
Fractionnement des vacances.
Tous les professionnels le constatent : aujourd'hui, les Français
partent plus souvent mais moins longtemps. Jorge Gomez, président
du syndicat régional des agences de voyages et responsable
de deux agences à Tours (Atlantis et Solaris Voyages), le confirme
: 'On part désormais un week-end, une semaine, quinze jours
maximum en été. Ce phénomène a d'abord
amené les tours opérateurs à revoir leurs catalogues.
On ne peut plus vendre le Pérou sur trois semaines comme on
le faisait il y a dix ans. Ensuite, les périodes de fort trafic
se modifient : même si l'été reste une valeur
forte, la haute saison se déplace vers l'hiver et le printemps.'
Moins qu'un effet 35 heures, il faut plutôt voir là un
véritable changement de comportement, visible jusqu'en milieu
rural : 'Les gens ont besoin de faire des coupures plus fréquentes',
observe Françoise Mathurin à Loches (responsable de
l'agence Alphatour). En témoigne le succès des courts
séjours et des week-ends prolongés. Départ jeudi
soir, retour dimanche ou lundi : en trois jours, les touristes ont
l'impression d'être partis une semaine. Effet évasion
assuré ! Depuis deux-trois ans, la mode est aux capitales européennes
qui montent de grandes expositions internationales (Amsterdam, Londres)
ou aux villes qui bougent (Barcelone). Les professionnels tourangeaux
entendent bien profiter du phénomène : 'Le week-end
du 11 novembre à Prague, au départ de l'aéroport
de Tours, est l'occasion de découvrir une capitale européenne
en quatre jours : c'est un bon début !' se félicite
Dominique Dhenne (responsable de l'agence Rayssac à Tours).
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| Photo E Amauger |
Plage et cocotiers.
Lorsqu'on leur demande 'quelle est la priorité de vos vacances
?', les Français répondent en choeur 'décompresser'.
Pour réussir leurs vacances, ils ont besoin de calme (pour
62 %), de soleil (pour 51 %), de la mer (pour 48 %). Il semblerait
que le routard des années 70-80 ait posé son sac à
dos : nous ne sommes que 27 % à déclarer avoir besoin
de 'nouveaux horizons' et 27 % à rechercher 'des activités
culturelles' (sondage CSA/Télérama publié dans
le Télérama du 30/07/03). Bien évidemment, l'offre
s'est adaptée. 'Les catalogues ont évolué, relève
Jorge Gomez : il y a dix ans, on y trouvait cinq-six pages de circuits,
aujourd'hui deux au maximum. Le voyage-découverte se fait plus
rare alors que les formules-séjours tirent le marché'.
Parmi les forfaits, le client a le choix entre deux types de formules
: des séjours hôteliers simples, sans loisirs inclus,
et des kits 'tout compris' qui incluent le transport, le séjour
en pension complète et, selon les cas, les activités
sportives gratuites, les animations, et les visites touristiques.
Ce sont les forfaits complets qui tiennent la vedette. 'C'est que
les gens ont besoin d'être sécurisés, explique
Jorge Gomez. Le besoin de partir dans un cadre rassurant est une tendance
très forte'. Les forfaits ont fait le succès de la République
dominicaine, de Cuba et des Caraïbes. Le genre gagne maintenant
les Antilles françaises et même la Tunisie.
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| Photo E Amauger |
Voyageur au singulier.
Monter des voyages à la carte, tous les professionnels apprécient
de le faire. Même si cela leur consomme beaucoup de temps, ils
aiment la relation de confiance qui s'établit avec le client
et la créativité qu'ils peuvent déployer. Dommage
que l'activité ne représente en général
que 5 à 10 % du chiffre d'affaires. Sauf pour les Voyageurs
Rabelaisiens dont c'est devenu la spécialité. Dans son
agence tourangelle du Vieux-Tours, Jacqueline Landry fait de plus
en plus du sur-mesure. Mais elle le reconnaît, sa clientèle
dépasse les limites de la Touraine et compte nombre de Parisiens.
'Notre clientèle est avant tout une population cultivée
et aisée qui demande du produit sur mesure haut de gamme plusieurs
fois par an sur des durées courtes. Nous sommes plus dans une
optique « voyage » que « vacances » à
proprement parler. L'objectif, c'est de découvrir un pays,
une culture et de rencontrer les habitants.' Le budget moyen ? 3 000
Euros à 3500 Euros. 'Ce n'est pas plus cher qu'un forfait,
affirme-t-elle, parce qu'on traite directement, sans intermédiaires.
Nous sommes spécialistes là où nous avons des
réceptifs : le Laos, l'Inde, le Vietnam, la Chine, le Maroc'.
Senior attitude.
Où le tourisme puise-t-il son dynamisme ? Chez les seniors
: ils sont très disponibles en terme d'emploi du temps et ils
disposent en général de certains moyens économiques.
A la limite, ils ont peut-être plus le goût du voyage
et de la découverte que les trentenaires. Chez Atlantis, Jorge
Gomez constate que les 55-65 ans constituent une clientèle
de plus en plus importante et intéressante : 'Ce sont eux,
les post soixante-huitards, qui sont adeptes de randonnées,
de voyages à la carte et qui me demandent de leur monter des
voyages en Birmanie'. Aux Voyageurs Rabelaisiens, on arriverait même
à ce paradoxe : 'Ceux qui font de l'aventure, ce sont les 40-60
ans. Les jeunes auraient plutôt tendance à buller sur
la plage'. L'aventure n'est pas pour autant terminée à
65 ans. A Loches, Françoise Mathurin soigne cette clientèle
: 'Les 65 ans et plus constituent une clientèle intéressante
et fidélisée. Cela fait 15-20 ans qu'ils voyagent régulièrement.
Ils ont commencé par l'autocar. Aujourd'hui, ils font deux
à trois voyages par an, d'une journée à deux
semaines. Ils ont envie de bouger et ils sont entreprenants s'ils
se sentent bien encadrés'. Le marché a de l'avenir :
la clientèle des baby-boomers va certainement faire prendre
un virage stratégique à la profession.
Conseillers en voyages.
Même si le pourcentage de ventes se développe rapidement
sur Internet, il représente aujourd'hui à peine 10 %
du marché. Malgré les compagnies aériennes qui
tentent de renforcer leurs ventes directes via Internet pour contourner
les agences et malgré l'apparition de véritables agences
en ligne. Pour autant, les agences traditionnelles sont en alerte
: elles sont conscientes que leur avenir réside dans leur fonction
conseil, que l'agence ne doit pas être un simple preneur d'ordres
mais offrir un service, échanger, discuter. Dominique Dhenne
en a fait son credo : 'On est là pour une écoute intelligente
du client, pour un conseil personnalisé et pour lui assurer
la tranquillité et la sérénité'. Jorge
Gomez fait de la relation-client le pivot du métier : 'Le plus
agréable dans notre profession, c'est quand on arrive à
bien cerner les besoins du client, qu'on y répond et qu'on
en a le retour. Dans nos agences, nous appelons systématiquement
nos clients pour savoir si ça c'est bien passé, réactualiser
nos infos sur les hôtels, les animations et garder le contact.
Parce qu'aujourd'hui, on n'a plus le droit de rater ses vacances'.
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